….
En
effet, comme toutes les petites gens, Kim marchait en imprimant à
son allure un balancement des bras qui donnait l'impression qu'elle
« roulait des mécaniques » comme prête à dévorer
l'air qu'elle traversait. Quoique de la même taille, Soo avait du
mal à suivre, déséquilibrée par le dandinement involontaire de la
naine.
L'homme
qui était au volant descendit en nous voyant arriver et s'empressa
de nous ouvrir les portières. Vêtu comme un chauffeur de maître,
il en avait la charge mais aussi la classe. Il se décoiffa, nous
salua en une légère courbette de bienvenue et s'effaça pour nous
laisser monter.
Une
fois bien installés, Kim fit les présentations.
-mes
chéris, voici Tuan...mon chauffeur, mon cuisinier et surtout un ami
très fidèle.
Puis,
s'adressant à lui...
-Tuan...nous
allons à la maison !
Pour
briser le silence qui devenait oppressant pour Soo et un bon
kilomètre de route qui m'était inconnu, je demandais à Kim si elle
habitait toujours Quiapo.
-Non,
j'ai changé de résidence il y a huit ans. J'ai acheté un petit
bungalow aux alentours de Batangas, à Bauan plus précisément. Tu verras, c'est un petit paradis. Mai connait. Nous avons une vue superbe sur la baie
et la plage est tout près de l'habitation. C'est aussi très calme
contrairement à ce qu'était devenu Quiapo.
-Pourtant,
la dernière fois que je suis venu, tu m'a affirmé que tu t'y
sentais bien…
-Exact
mais c'était avant l'époque des crimes perpétrés par des
illuminés dont la femme de Tuan fut victime.
-Que
s'est-il passé ?
-En
fait c'est assez simple...tous les ans, les adorateurs du Nazaréen
Noir participent à une manifestation religieuse devant le parvis de
San Sébastian ; tu es sûrement au courant de
l'actualité et de la rébellion musulmane qui a eu lieu en 74 et
l'occupation de l'Ile de Jolo constituée à 90 % de musulmans ?
-Oui,
bien sûr. A l'époque, j'étais à Cali mais si j'en crois
l'information, l'armée a repris les territoires occupés non?
-Exact....mais
à quel prix....des milliers de morts...le foyer se situant à
Mindanao, épisodiquement, nous avions droit à des attentats en
plein Manille. Un de ceux-ci frappa le centre...plus précisément le
Marché Central de Quiapo. J'avais envoyé Chedeng, la femme de Tuan,
acheter quelques provisions pour la réception que je donnais pour
quelques consuls nouvellement arrivés. Les heures passaient et
Chedeng n'était toujours pas revenu. Les premiers invités
commençaient à arriver lorsqu' un commissaire de mes amis m'a
apporté la nouvelle comme quoi Chedeng était au nombre des
victimes.
-ça
a jeté un froid sur la réception, non ?
-comme
tu dis....Dans la semaine qui a suivi les funérailles, nous avons
déménagé.
-et ?
-Tu
verras ! Les trois-quarts des blancs qui habitent autour de chez
moi, sont des Américains mais il y a aussi des vénézuéliens, des
chinois, des Indiens pakistanais et même des Européens, un couple
d'Anglais et un couple d'Allemands. Alors, je te connais....tu te
fais du souci pour Soo mais c'est inutile, je me suis laissé dire
que certains posséderaient des gardes du corps...
-Et
c'est censé me rassurer ?....
Kim
se mit à rire. Elle connaissait mon aversion pour l'amateurisme, le
dilettantisme, du moins en ce qui concernait la sécurité.
Pointilleux à l'extrême sans tomber dans la paranoïa, quelques
années passées sur les points « chauds » de la planète
m'avaient appris à ne rien négliger et permis de survivre à
certaines situations totalement imprévisibles.
Maintenant,
connaissant Kim, je la savais tout-à-fait qualifiée pour assurer sa
fonction de nounou. Elle avait toute ma confiance....mais comme on
dit...chassez le naturel.....
-Tu
es loin de Manille ?
-Cent
dix kilomètres environ. Un peu plus d'une heure de route si tout va
bien.
Nous quittons l'autoroute de Manille et empruntons une voie
secondaire séparée en deux tronçons par une montagne de détritus,
prés des bidonvilles. Après avoir pris à droite, Tuan pila pour ne
pas écraser quelques gamins qui tiraient d'énormes paniers en osier
remplis de vieux chiffons arrachés à la « poubelle » de
Manille....difficile d'ignorer les trente cinq hectares nauséabonds
de la capitale. Mai tourna la tête, écœurée.
Un
grand panneau en bois, bleu foncé, affichait en lettres jaunes :
Tanauan
10 miles-Lipa city 24 miles-Batangas 34 miles-
(à suivre)
(à suivre)

Bonsoir Chrisdaniels,
RépondreSupprimerMerci de ton com, à ma connaissance je n'ai jamais entendu dans mon entourage un reproche quelconque envers les alliés, malgré nos villes détruites et nos nombreux morts. Adolescente j'entendais ma mère en parler, mais au-delà de la Normandie elle se taisait, car je crois qu'il fallait avoir vécu ces moments pour comprendre cette souffrance.
Il me semble que tu as beaucoup voyagé, je crois me souvenir que lors de tes premiers articles nous étions au Vietnam, et bien que la géographie n'a jamais été mon fort, il me semble que Manille ce sont les Philippines.
Très bonne soirée.
Amitiés
Prima
Bonsoir je vois que mon précédent com n'est pas passé et je ne comprend pas pourquoi enfin c'est toujours un plaisir de mon retrouver à Manille au parfum d'exotisme Bon dimanche cher ami amitiés
RépondreSupprimerBonsoir ... je ne connais pas Manille et ton article me met des rêves plein la tête .. remarque, moi, je n'aurais ni Kim ni Soo pour me guider ... j'ai hâte de lire ton texte sur le bungalow .... je l'imagine déjà ...
RépondreSupprimermerci pour cette chanson qui accompagne tes articles ... une chanson qui me fait penser avec beaucoup de douceur à mon cher papa récemment disparu
bonne soirée et gros bisous