jeudi 7 août 2014

Le Grand Départ





L’île de Lantau est magnifique et tranquille à cette heure de la matinée. Partis dès l'aube d'Aberdeen sur le sampan de Thieu Log , ce dernier moyennant cent dollars nous a conduit sur le quai de Silvermine où nous avons débarqué avec tout le matériel. Nous avons cherché un coin discret pour y attendre Pham, un collecteur de thé de Tai-O, employé par le monastère de Notre Dame de Liesse, des trappistes vivant de la cueillette.

Nous entendons bientôt le bruit caractéristique d'une vieille camionnette mercédes montant un raidillon de terre, pétaradant, et fumant comme un dragon asthmatique.

Pham a la trentaine. Sa physionomie semble passe partout, pourrait s'appliquer à tout autre vietnamien si ce n'est sa bouche déformée par un rictus permanent dû à la section du nerf facial, le faisant paraître constamment jovial, d'abord sympathique. Une image me vient, fidèle à son apparence...l'homme qui rit d'Hugo, l'allégorie d'un Gwynplaine version asiatique, un reflet futile qui s'enfuit hélas très vite...il y a tant à faire.

Après avoir tout chargé, nous montons dans le véhicule et nous prenons la route de la plage de Cheung Sha.

Depuis notre départ de Victoria Peak sous l’œil bienveillant de Charles, personne n'a dit mot. Mai était réveillée avant moi et avait préparé les affaires personnelles à emporter. Mélissa s'était occupée de la logistique sans oublier l'armement. Quant à moi....j'avais préparé....un solide petit déjeuner pour trois.....
...c'était le monde à l'envers....

Depuis que Mai est avec moi, mon cuir de baroudeur s'est adouci. Mis à part le pouvoir décisionnaire qui me revient de droit après concertation, les petits a-côtés comme l'habillement, le ravitaillement sont laissés aux bons soins de Mai. Elle s'en attribue le rôle, le peaufine par souci du détail...dont j'ignore parfois l'importance, détail qui m'a coûté cher quelques mois auparavant lors d'une sale affaire...mais là, c'est une autre histoire.



La plage s'étend sur des kilomètres de sable noir. A une encablure de la rive, la silhouette du Be-12 se dessine sous le soleil matinal. Nous déchargeons le matériel et je me charge de gonfler le dinghy. Le premier voyage est pour Mélissa avec le matériel de bord puis c'est au tour de Mai avec le reste des paquets.

Pham, durant ces allers-retours, surveille les environs, talkie-walkie en main en cas d'intrusion. En effet, il n'est pas rare que des vedettes de gardes-côtes patrouillent dans les environs. Le coin est isolé et peu fréquenté, le lieu rêvé pour de la contrebande et du trafic en tous genres...mais

Le tout a duré à peine trente minutes.

Il y a quelques sièges dans cet avion mais je réussis à trouver un coin protégé pour Mai où elle sera au chaud et en sécurité....c'est-à-dire près de moi.

Mélissa pousse les gaz à fond. L'avion accroche les flots, tranchant la surface, laissant derrière lui un long sillon mêlé d'écume et d'algues puis, procédant par petits bonds successifs, s'élève bientôt au dessus des vagues en direction de l'ouest. Pham, en bas, fait des signes de la main nous souhaitant bon voyage.

Tandis que l'appareil se stabilise à 8000 pieds, je compulse la carte et m'adresse à Mélissa cramponnée à son manche :

-Maintenez le cap sur 18°ouest, c'est bon !....

-où allons nous ? -

Où allons-nous ? répète-t-elle

La carlingue russe fait un bruit d'enfer. Je l'entend à peine.

-Au nord de Bac Bô, dans la baie d'Along !...crie-je

Maintenant que j'y repense, Où diable Charles s'est-il procuré ce Beriev russe ? Et comment ? Bah...Vaut mieux pas le savoir...pense-je.

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