L’île
de Lantau est magnifique et tranquille à cette heure de la matinée.
Partis dès l'aube d'Aberdeen sur le sampan de Thieu Log , ce dernier
moyennant cent dollars nous a conduit sur le quai de Silvermine où
nous avons débarqué avec tout le matériel. Nous avons cherché un
coin discret pour y attendre Pham, un collecteur de thé de Tai-O,
employé par le monastère de Notre Dame de Liesse, des trappistes
vivant de la cueillette.
Nous
entendons bientôt le bruit caractéristique d'une vieille
camionnette mercédes montant un raidillon de terre, pétaradant, et
fumant comme un dragon asthmatique.
Pham
a la trentaine. Sa physionomie semble passe partout, pourrait
s'appliquer à tout autre vietnamien si ce n'est sa bouche déformée
par un rictus permanent dû à la section du nerf facial, le faisant
paraître constamment jovial, d'abord sympathique. Une image me
vient, fidèle à son apparence...l'homme qui rit d'Hugo, l'allégorie
d'un Gwynplaine version asiatique, un reflet futile qui s'enfuit
hélas très vite...il y a tant à faire.
Après
avoir tout chargé, nous montons dans le véhicule et nous prenons la
route de la plage de Cheung Sha.
Depuis
notre départ de Victoria Peak sous l’œil bienveillant de Charles,
personne n'a dit mot. Mai était réveillée avant moi et avait
préparé les affaires personnelles à emporter. Mélissa s'était
occupée de la logistique sans oublier l'armement. Quant à
moi....j'avais préparé....un solide petit déjeuner pour trois.....
...c'était
le monde à l'envers....
Depuis
que Mai est avec moi, mon cuir de baroudeur s'est adouci. Mis à part
le pouvoir décisionnaire qui me revient de droit après
concertation, les petits a-côtés comme l'habillement, le
ravitaillement sont laissés aux bons soins de Mai. Elle s'en
attribue le rôle, le peaufine par souci du détail...dont j'ignore
parfois l'importance, détail qui m'a coûté cher quelques mois
auparavant lors d'une sale affaire...mais là, c'est une autre
histoire.
La
plage s'étend sur des kilomètres de sable noir. A une encablure de
la rive, la silhouette du Be-12 se dessine sous le soleil matinal.
Nous déchargeons le matériel et je me charge de gonfler le dinghy.
Le premier voyage est pour Mélissa avec le matériel de bord puis
c'est au tour de Mai avec le reste des paquets.
Pham,
durant ces allers-retours, surveille les environs, talkie-walkie en
main en cas d'intrusion. En effet, il n'est pas rare que des vedettes
de gardes-côtes patrouillent dans les environs. Le coin est isolé
et peu fréquenté, le lieu rêvé pour de la contrebande et du
trafic en tous genres...mais
Le
tout a duré à peine trente minutes.
Il
y a quelques sièges dans cet avion mais je réussis à trouver un
coin protégé pour Mai où elle sera au chaud et en
sécurité....c'est-à-dire près de moi.
Mélissa
pousse les gaz à fond. L'avion accroche les flots, tranchant la
surface, laissant derrière lui un long sillon mêlé d'écume et
d'algues puis, procédant par petits bonds successifs, s'élève
bientôt au dessus des vagues en direction de l'ouest. Pham, en bas,
fait des signes de la main nous souhaitant bon voyage.
Tandis
que l'appareil se stabilise à 8000 pieds, je compulse la carte et
m'adresse à Mélissa cramponnée à son manche :
-Maintenez
le cap sur 18°ouest, c'est bon !....
-où
allons nous ? -
Où
allons-nous ? répète-t-elle
La
carlingue russe fait un bruit d'enfer. Je l'entend à peine.
-Au
nord de Bac Bô, dans la baie d'Along !...crie-je
Maintenant
que j'y repense, Où diable Charles s'est-il procuré ce Beriev
russe ? Et comment ? Bah...Vaut mieux pas le
savoir...pense-je.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire