Nous
avons quitté l'île de Lantau depuis près d'une heure en surplomb
d'une mer d'huile lorsque nous abordons un groupe de petits îlots
annonçant un promontoire important.
-Le
Viet-nâm ?...demande Mélissa en pointant son doigt en
direction de la terre
-Nous
sommes à la verticale de Leï-Tchéou. Derrière, se trouve Bac Bô.
Nous arrivons. Maintenant, je vais voir si vous êtes aussi douée
que semble le croire votre oncle....écoutez bien..Une fois que vous
aurez dépassé la péninsule, vous commencerez à descendre
rapidement. Il faut que vous soyez à moins de cent pieds avant
d'apercevoir les « cheminées » de la baie. Je vous
dirais alors lorsqu'il faudra amerrir.
-A
moins de cent pieds ?!!...vous êtes fou !...
-Savez
vous piloter....oui ou non ? Faites comme je vous ai dit...c'est
simplement une question de sécurité....pas autre chose !
Je
sens son angoisse....une appréhension de quelques secondes
seulement ; Sans doute que pareille manœuvre est une première
pour elle mais elle maîtrise le lourd appareil aussi bien que la
voiture avec la différence... qu'elle n'a pas à chercher le sens de
la circulation.......
Nous
dépassons le promontoire et le golfe du Tonkin s'offre à nos yeux.
L'appareil descend rapidement et se stabilise à moins de trente
mètres de la surface. Aucune embarcation en vue sur cette étendue
d'un bleu laiteux teinté d’émeraude. Mélissa attend l'ordre
d’amerrir. Je vois arriver au loin les rochers sentinelles. Encore
dix kilomètres et nous serons sur eux.
-Commencez
à réduire... nous approchons...dis-je calmement. La jeune fille
s'exécute et l'hydravion glisse vers la mer.
-On
se pose....maintenant !...
Le
lourd bimoteur effleure un instant la crête des vagues, effectue
quelques rebonds et les flotteurs se stabilisent sur l'étendue
liquide.
-Vous
pouvez remettre les gaz légèrement...s'il vous plaît Mélissa.
Et
je conclus par :
-Pas
mal....pas mal du tout....
Nous
louvoyons quelques minutes entre les piliers de calcaire abrupts et
moussus, les gardiens pétrifiés du delta.
-La
jonque à huit heures !...vous vous approchez au plus près de
son flanc, vous ne coupez pas les gaz et vous m'attendez, prête à
repartir immédiatement....Mai, tu restes avec elle.OK ?...
-OK !..répondent-elles
de concert
Chan
est au rendez-vous. Le vietnamien est un des plus efficaces et
fidèles collaborateurs de l'Agence sur le secteur du sud-est
asiatique.
Lorsque l'appareil est assez près, Chan aidée de Trinh, sa fille fait coulisser le long du bordé une pinasse qu'il attache aux deux extrémités du large filet recouvrant le flanc de la jonque. J'ouvre la porte latérale et me laisse glisser dans l'eau de la baie. Après quelques brasses, je rallie l'échelle de coupé et monte à bord. Après quelques échanges de politesses, je demande à Chan s'il a eu des problèmes pour se procurer le matériel.
Lorsque l'appareil est assez près, Chan aidée de Trinh, sa fille fait coulisser le long du bordé une pinasse qu'il attache aux deux extrémités du large filet recouvrant le flanc de la jonque. J'ouvre la porte latérale et me laisse glisser dans l'eau de la baie. Après quelques brasses, je rallie l'échelle de coupé et monte à bord. Après quelques échanges de politesses, je demande à Chan s'il a eu des problèmes pour se procurer le matériel.
-Non,
pas de souci lorsqu'on y met le prix , même avec les
Australiens....me répond-il...somme toute logique.
Dans
la cale, sous une bâche, les deux ballots sont là.
-Tu
veux qu'on les ouvre... ?
-Pas
la peine...on n'a pas le temps...mon amerrissage n'a pas dû passer
inaperçu aussi je les embarque...maintenant. Merci Chan !...merci,
mon ami...dis-je en lui donnant l'accolade...
et
prend soin de ma filleule...que j'embrasse sur le front.
A
l'époque où nous travaillions ensemble, je lui avais fait connaître
une jolie vietnamienne habitant Saïgon avant qu'elle ne s'appelle
Hô-Chi-Minh-Ville. Ils étaient tombés amoureux et s'étaient
mariés à Mai Chau, un petit village près du lac Nai, un endroit
superbe entouré de montagnes où il avait vu le jour après
l'indépendance. De cette union était née Trinh Nù. Chan m'avait
alors proposé d'être son parrain. J'avais accepté.
Nous
embarquons les deux volumineux paquets dans la pinasse que nous
faisons dériver le long de la jonque jusqu'à la soute et, après un
bref salut de la main, je regagne la cabine de pilotage avec néanmoins un soupir de
soulagement...elles ne se sont pas écharpées ; bien au
contraire, je les trouve en train de papoter en tout bien tout
honneur.
-Mélissa !...pleins
gaz.... fais-je en lui désignant d'un signe de la main deux points
qui se rapprochaient à grande vitesse en direction de la
jonque...les garde-cotes.
-et
ton ami Chan ?!...
Mai
au grand cœur...fallait-il la rassurer ?
-Ne
t’inquiètes pas...ce brave Chan a l'habitude de ce genre de
problème ; il saura se débrouiller....
-Où
va-t-on ?
J'éludais
la question. Il y avait plus urgent...
Puis,
m'adressant à Mélissa
-Montez
à 3300 pieds et sortez du couloir vietnamien. Cap au sud-ouest vers
la haute mer. Nous remonterons le long des cotes du Bengale. Quant à
toi, Mai, viens près de moi, reposes toi ou essaies de faire un
somme, la route va être longue jusqu'à l'embouchure de la
Meghna.....
-pas
trop fatiguée, Mélissa ?...
-Non
merci...ça va....
-Dans
le cas contraire......
-Oui,
je sais. Je vous réveille.
-Parfait !
Ça marche !...avanti !
J'ai
su en cet instant que nous pouvions dormir sur nos deux oreilles. Je
connais peu de mes collègues qui se seraient comportés avec un tel
sang-froid. Y a pas à dire....Charles a raison...la petite est
vraiment douée.
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