mardi 12 août 2014

Escale en Baie d'Ha Long



Nous avons quitté l'île de Lantau depuis près d'une heure en surplomb d'une mer d'huile lorsque nous abordons un groupe de petits îlots annonçant un promontoire important.

-Le Viet-nâm ?...demande Mélissa en pointant son doigt en direction de la terre

-Nous sommes à la verticale de Leï-Tchéou. Derrière, se trouve Bac Bô. Nous arrivons. Maintenant, je vais voir si vous êtes aussi douée que semble le croire votre oncle....écoutez bien..Une fois que vous aurez dépassé la péninsule, vous commencerez à descendre rapidement. Il faut que vous soyez à moins de cent pieds avant d'apercevoir les « cheminées » de la baie. Je vous dirais alors lorsqu'il faudra amerrir.

-A moins de cent pieds ?!!...vous êtes fou !...

-Savez vous piloter....oui ou non ? Faites comme je vous ai dit...c'est simplement une question de sécurité....pas autre chose !

Je sens son angoisse....une appréhension de quelques secondes seulement ; Sans doute que pareille manœuvre est une première pour elle mais elle maîtrise le lourd appareil aussi bien que la voiture avec la différence... qu'elle n'a pas à chercher le sens de la circulation.......

Nous dépassons le promontoire et le golfe du Tonkin s'offre à nos yeux. L'appareil descend rapidement et se stabilise à moins de trente mètres de la surface. Aucune embarcation en vue sur cette étendue d'un bleu laiteux teinté d’émeraude. Mélissa attend l'ordre d’amerrir. Je vois arriver au loin les rochers sentinelles. Encore dix kilomètres et nous serons sur eux.

-Commencez à réduire... nous approchons...dis-je calmement. La jeune fille s'exécute et l'hydravion glisse vers la mer.

-On se pose....maintenant !...

Le lourd bimoteur effleure un instant la crête des vagues, effectue quelques rebonds et les flotteurs se stabilisent sur l'étendue liquide.

-Vous pouvez remettre les gaz légèrement...s'il vous plaît Mélissa.

Et je conclus par :

-Pas mal....pas mal du tout....

Nous louvoyons quelques minutes entre les piliers de calcaire abrupts et moussus, les gardiens pétrifiés du delta.
-La jonque à huit heures !...vous vous approchez au plus près de son flanc, vous ne coupez pas les gaz et vous m'attendez, prête à repartir immédiatement....Mai, tu restes avec elle.OK ?...

-OK !..répondent-elles de concert

Chan est au rendez-vous. Le vietnamien est un des plus efficaces et fidèles collaborateurs de l'Agence sur le secteur du sud-est asiatique.
Lorsque l'appareil est assez près, Chan aidée de Trinh, sa fille fait coulisser le long du bordé une pinasse qu'il attache aux deux extrémités du large filet recouvrant le flanc de la jonque. J'ouvre la porte latérale et me laisse glisser dans l'eau de la baie. Après quelques brasses, je rallie l'échelle de coupé et monte à bord. Après quelques échanges de politesses, je demande à Chan s'il a eu des problèmes pour se procurer le matériel. 
-Non, pas de souci lorsqu'on y met le prix , même avec les Australiens....me répond-il...somme toute logique.
Dans la cale, sous une bâche, les deux ballots sont là.

-Tu veux qu'on les ouvre... ?

-Pas la peine...on n'a pas le temps...mon amerrissage n'a pas dû passer inaperçu aussi je les embarque...maintenant. Merci Chan !...merci, mon ami...dis-je en lui donnant l'accolade...
et prend soin de ma filleule...que j'embrasse sur le front.

A l'époque où nous travaillions ensemble, je lui avais fait connaître une jolie vietnamienne habitant Saïgon avant qu'elle ne s'appelle Hô-Chi-Minh-Ville. Ils étaient tombés amoureux et  s'étaient mariés à Mai Chau, un petit village près du lac Nai, un endroit superbe entouré de montagnes où il avait vu le jour après l'indépendance. De cette union était née Trinh Nù. Chan m'avait alors proposé d'être son parrain. J'avais accepté.

Nous embarquons les deux volumineux paquets dans la pinasse que nous faisons dériver le long de la jonque jusqu'à la soute et, après un bref salut de la main, je regagne la cabine de pilotage avec néanmoins un soupir de soulagement...elles ne se sont pas écharpées ; bien au contraire, je les trouve en train de papoter en tout bien tout honneur.

-Mélissa !...pleins gaz.... fais-je en lui désignant d'un signe de la main deux points qui se rapprochaient à grande vitesse en direction de la jonque...les garde-cotes.

-et ton ami Chan ?!...

Mai au grand cœur...fallait-il la rassurer ?

-Ne t’inquiètes pas...ce brave Chan a l'habitude de ce genre de problème ; il saura se débrouiller....

-Où va-t-on ?

J'éludais la question. Il y avait plus urgent...
Puis, m'adressant à Mélissa

-Montez à 3300 pieds et sortez du couloir vietnamien. Cap au sud-ouest vers la haute mer. Nous remonterons le long des cotes du Bengale. Quant à toi, Mai, viens près de moi, reposes toi ou essaies de faire un somme, la route va être longue jusqu'à l'embouchure de la Meghna.....
-pas trop fatiguée, Mélissa ?...

-Non merci...ça va....

-Dans le cas contraire......

-Oui, je sais. Je vous réveille.

-Parfait ! Ça marche !...avanti !

J'ai su en cet instant que nous pouvions dormir sur nos deux oreilles. Je connais peu de mes collègues qui se seraient comportés avec un tel sang-froid. Y a pas à dire....Charles a raison...la petite est vraiment douée.















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