mardi 27 mai 2014

6-Soo

Après avoir retrouvé Mai, à Saïgon, nous avions décidé, d'un commun accord, d'aller chercher Soo à l'orphelinat de Kon tum à six cent kilomètres vers le nord. Des sœurs nous avaient reçu et, muni de papiers officiels, j'avais pu récupérer Fleur de bambou comme elle se faisait appeler...
Les retrouvailles avec Mai furent attendrissantes. Les sœurs de la zone 16 venaient de renouer avec le passé. Ensuite, nous avions pris l'avion jusqu'à Hong Kong pour y faire quelques emplettes et pour ma part, revoir quelques amis.
Deux jours plus tard.....
Manille 1983, un mélange de cultures, de civilisations qui transpiraient le long de ses murs comme autant de sceaux apposés par les rois dont elle fut la maîtresse orientale et qui désorientaient celui qui y venait pour la première fois.

La saison des pluies allait bientôt s'étendre à toute la région., envahissant les routes de montagnes et les rizières à flanc de collines. Il régnait sur l'agglomération une douce chaleur mêlée d'humidité.
Mes mains alourdies de vingt kilos de tendre fraîcheur exotique d'un côté et cinquante de l'autre, je passais le couloir de sortie de l'aéroport international.
Pour circuler aisément dans la capitale philippine, j'avais revêtu pour l'occasion une chemise hawaïenne et un short de toile bleu.
Pour Soo et ses douze ans, je lui avais acheté à Hong-Kong une longue tunique blanche en organdi, légère et un jean qu'elle avait elle-même choisi. Inutile de dire que nous faisions sensation....un ours vêtu comme un clown encadré par deux enfants magnifiques.... Pour passer inaperçu, il y avait mieux....!
Mai, placée un peu à l'écart, se retenait de rire. En la voyant sortir du magasin, elle s'était écriée en voyant Soo....
-elle est tout-à-fait adorable
ce qui m'avait rassuré jusqu'au moment où elle avait pouffé de rire sur ma tenue...
Quant aux baskets achetés à Hong Kong, Soo avait dû les enlever rapidement, ne les supportant pas, habituée à marcher pieds nus.
Soudain, venant de nulle part, une petite voix s'éleva :
-Tu as fait un héritage ?
Je me retournais d'un seul coup.
-Kimberley ?!
Une femme de petite taille bloquait le passage. Les cheveux longs et noirs relevés en chignon, un petit nez retroussé lui donnaient l'air d'un petit lutin facétieux. En dépit de ses petits yeux noirs constamment mobiles qui vous perçaient jusqu'à l'âme, Je la savais bonhomme et dévouée.
Je laissais Soo avec Mai, soulevait Kim à hauteur de mes épaules et l'embrassais sur le front.
-veux-tu me poser... gros pachyderme cria-t-elle, avec un air grognon et indulgent, en remuant bras et pieds dans tous les sens.
Je ris de sa mimique et la posais lentement.
-Tu n'as pas changé...grosse brute ! Toujours aussi barbare !
Puis, radoucie...
-Alors ? Comment vas-tu ma vieille branche ? Et toi, ma jolie Mai ? Mon Dieu qu'elle est belle …. Quel bonheur... mes enfants de vous revoir ici. Mon Dieu, que j'ai rêvé de ce jour.... depuis le départ de ma petite Mai.....pour Saïgon.
A ces mots, elle essuya une larme, me balança une lourde tape dans le dos puis, prenant la main de Soo lui dit :
  • Dis moi comment tu t'appelles...rayon de soleil ?
  • Soo... répondis-je

-veux-tu te taire...ce n'est pas à toi que je demande ça...tendre idiot mais à la jolie poupée que voici....dit elle d'un ton bourru en roulant des yeux pleins de tendresse.
Mais de Soo, plaquée contre Mai, elle n'obtint aucune réponse.
-ça ne fait rien...elle me répondra plus tard...lorsque nous serons devenues des amies...n'est-ce-pas ...rayon de soleil ?.....
puis elle lui prit la main et l'entraîna vers sa voiture, une vieille Bentley de 1938 garée près du commissariat de l'aéroport. Nous suivîmes.

2 commentaires:

  1. Je reviens me plonger comme un rayon de soleil dans la luminescence de cette belle histoire qui nous mène de Saïgon à Manille avec toujours la ravissante Mai à tes côtés cher ChrisDaniels. Je te souhaite . A bientôt une belle fête de l'Ascension

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  2. Bonjour Chrisdaniels,
    J'ai lu très vite, trop vite, il me faudra revenir te lire la semaine prochaine, car ton écrit mérite bien plus qu'une lecture en diagonale. Hier soir, j'ai regardé un téléfilm sur TV5... " Saïgon, l'été de nos vingt ans , il me faut attendre le 5 juin pour avoir la suite... Saïgon en 1949, c'est bien loin.
    Très belle journée à toi.
    Amitié
    Prima

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