mercredi 4 juin 2014

7-Manille

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En effet, comme toutes les petites gens, Kim marchait en imprimant à son allure un balancement des bras qui donnait l'impression qu'elle « roulait des mécaniques » comme prête à dévorer l'air qu'elle traversait. Quoique de la même taille, Soo avait du mal à suivre, déséquilibrée par le dandinement involontaire de la naine.
L'homme qui était au volant descendit en nous voyant arriver et s'empressa de nous ouvrir les portières. Vêtu comme un chauffeur de maître, il en avait la charge mais aussi la classe. Il se décoiffa, nous salua en une légère courbette de bienvenue et s'effaça pour nous laisser monter.
Une fois bien installés, Kim fit les présentations.

-mes chéris, voici Tuan...mon chauffeur, mon cuisinier et surtout un ami très fidèle.

Puis, s'adressant à lui...

-Tuan...nous allons à la maison !

Pour briser le silence qui devenait oppressant pour Soo et un bon kilomètre de route qui m'était inconnu, je demandais à Kim si elle habitait toujours Quiapo.

-Non, j'ai changé de résidence il y a huit ans. J'ai acheté un petit bungalow aux alentours de Batangas, à Bauan plus précisément. Tu verras, c'est un petit paradis. Mai connait. Nous avons une vue superbe sur la baie et la plage est tout près de l'habitation. C'est aussi très calme contrairement à ce qu'était devenu Quiapo.

-Pourtant, la dernière fois que je suis venu, tu m'a affirmé que tu t'y sentais bien…

-Exact mais c'était avant l'époque des crimes perpétrés par des illuminés dont la femme de Tuan fut victime.

-Que s'est-il passé ?

-En fait c'est assez simple...tous les ans, les adorateurs du Nazaréen Noir participent à une manifestation religieuse devant le parvis de San Sébastian ; tu es sûrement au courant de l'actualité et de la rébellion musulmane qui a eu lieu en 74 et l'occupation de l'Ile de Jolo constituée à 90 % de musulmans ?

-Oui, bien sûr. A l'époque, j'étais à Cali mais si j'en crois l'information, l'armée a repris les territoires occupés non?

-Exact....mais à quel prix....des milliers de morts...le foyer se situant à Mindanao, épisodiquement, nous avions droit à des attentats en plein Manille. Un de ceux-ci frappa le centre...plus précisément le Marché Central de Quiapo. J'avais envoyé Chedeng, la femme de Tuan, acheter quelques provisions pour la réception que je donnais pour quelques consuls nouvellement arrivés. Les heures passaient et Chedeng n'était toujours pas revenu. Les premiers invités commençaient à arriver lorsqu' un commissaire de mes amis m'a apporté la nouvelle comme quoi Chedeng était au nombre des victimes.

-ça a jeté un froid sur la réception, non ?

-comme tu dis....Dans la semaine qui a suivi les funérailles, nous avons déménagé.

-et ?

-Tu verras ! Les trois-quarts des blancs qui habitent autour de chez moi, sont des Américains mais il y a aussi des vénézuéliens, des chinois, des Indiens pakistanais et même des Européens, un couple d'Anglais et un couple d'Allemands. Alors, je te connais....tu te fais du souci pour Soo mais c'est inutile, je me suis laissé dire que certains posséderaient des gardes du corps...

-Et c'est censé me rassurer ?....

Kim se mit à rire. Elle connaissait mon aversion pour l'amateurisme, le dilettantisme, du moins en ce qui concernait la sécurité. Pointilleux à l'extrême sans tomber dans la paranoïa, quelques années passées sur les points « chauds » de la planète m'avaient appris à ne rien négliger et permis de survivre à certaines situations totalement imprévisibles.
Maintenant, connaissant Kim, je la savais tout-à-fait qualifiée pour assurer sa fonction de nounou. Elle avait toute ma confiance....mais comme on dit...chassez le naturel.....

-Tu es loin de Manille ?

-Cent dix kilomètres environ. Un peu plus d'une heure de route si tout va bien.

Nous quittons l'autoroute de Manille et empruntons une voie secondaire séparée en deux tronçons par une montagne de détritus, prés des bidonvilles. Après avoir pris à droite, Tuan pila pour ne pas écraser quelques gamins qui tiraient d'énormes paniers en osier remplis de vieux chiffons arrachés à la « poubelle » de Manille....difficile d'ignorer les trente cinq hectares nauséabonds de la capitale. Mai tourna la tête, écœurée.
Un grand panneau en bois, bleu foncé, affichait en lettres jaunes :
Tanauan 10 miles-Lipa city 24 miles-Batangas 34 miles-

                                                                          (à suivre) 



3 commentaires:

  1. Bonsoir Chrisdaniels,
    Merci de ton com, à ma connaissance je n'ai jamais entendu dans mon entourage un reproche quelconque envers les alliés, malgré nos villes détruites et nos nombreux morts. Adolescente j'entendais ma mère en parler, mais au-delà de la Normandie elle se taisait, car je crois qu'il fallait avoir vécu ces moments pour comprendre cette souffrance.
    Il me semble que tu as beaucoup voyagé, je crois me souvenir que lors de tes premiers articles nous étions au Vietnam, et bien que la géographie n'a jamais été mon fort, il me semble que Manille ce sont les Philippines.
    Très bonne soirée.
    Amitiés
    Prima

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  2. Bonsoir je vois que mon précédent com n'est pas passé et je ne comprend pas pourquoi enfin c'est toujours un plaisir de mon retrouver à Manille au parfum d'exotisme Bon dimanche cher ami amitiés

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  3. Bonsoir ... je ne connais pas Manille et ton article me met des rêves plein la tête .. remarque, moi, je n'aurais ni Kim ni Soo pour me guider ... j'ai hâte de lire ton texte sur le bungalow .... je l'imagine déjà ...
    merci pour cette chanson qui accompagne tes articles ... une chanson qui me fait penser avec beaucoup de douceur à mon cher papa récemment disparu
    bonne soirée et gros bisous

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