Nous
traversons en coup de vent Biga accroché au pied d'une colline et
surplombons la voie ferrée pour redescendre sur Lipa City.
Pour
meubler le silence, Kim part dans des explications de tour opérateur
sensées intéresser les filles affalées sur le confortable siège
mais à cent lieues de l'entendre....ou comme moi, d'une oreille
distraite ; le paysage défile....peuplé de souvenirs
La
route de Légazpi a bien changé. Lors de mon dernier passage,
c'était un sentier qui contournait le volcan jusqu'aux sources de
Tiwi. Les grandes pluies de septembre 75 avaient raviné les flancs
de la colline et nivelé le terrain du côté du grand Lac Taal.
Le
plus gros du travail ayant été fait par les éléments, les
Philippins
avaient fait le reste, une route provisoire, parallèle à celle-ci,
un provisoire dans la durée vues les difficultés politiques du
pays..
l'autoroute
de Sorsogon devrait s'étirer jusqu'au Mayon, aux sources chaudes et
aux autres plages de Luçon en allégeant Batangas d'un afflux de
citadins en mal d'oxygène.
Pour
l'instant, nous suivons la voir ferrée qui descend jusqu'à la Baie
de Balayan à l'ouest et Tayabas bay à l'est.
Perdu
dans mes pensées vagabondes, je jette un coup d'oeil distrait sur
les filles. Soo dort, appuyée contre l'accoudoir rembourré de la
portière, jambes repliées sur Mai, les yeux perdus dans le vague du
paysage...
-Batangas
n'est plus qu'à dix kilomètres....
Kim,
regardant les filles...encore ensuquées par la chaleur,
-Patience,
mes petites fleurs, ce soir, vous allez dormir dans un grand lit tout
blanc préparé par Tatie Kim...
murmura-t-elle
d'une voix émue, un peu rauque.
Lorsqu'il s'agissait d'enfants, on touchait une des cordes sensibles de la jeune femme ; elle les aimait mais n'avait jamais pu en avoir. Voyant mon sourire sur ce moment affectif, d'un ton bourru...elle dit :
Lorsqu'il s'agissait d'enfants, on touchait une des cordes sensibles de la jeune femme ; elle les aimait mais n'avait jamais pu en avoir. Voyant mon sourire sur ce moment affectif, d'un ton bourru...elle dit :
-Ben
quoi ? J'ai le droit, non ?
Puis, elle
se retourna et regarda Tuan, impassible.
-Tuan,
voulez vous bien fermer votre vitre...s'il vous plaît...il y a trop
de poussière...
dit-elle
en s'essuyant les yeux avec son mouchoir.
Elle
n'avait pas changé. Sous son air de petit dragon, elle possédait un
cœur qui occupait tout son être...
J'affectionnais
ce petit bout de femme pas comme les autres qui compensait les
centimètres que Dieu lui avait dérobés par une grandeur d'âme et
une force morale à toute épreuve. C'est la raison pour laquelle
j'avais pensé à elle pour Soo comme je l'avais fait pour Mai. Je
pouvais m'absenter sans crainte. Notre petite protégée était à
l'abri.
Avant
d'aborder les premières maisons, Tuan prit à droite, contourna une
partie de Batangas-city et rejoignit les abords de la baie par la
petite route.
Je
tapotais doucement l'épaule de Mai et pointais du doigt un point de
l'extérieur. Les premières maisons apparaissaient.
La
baie s'étendait devant nous, calme, d'un bleu indigo.
En
descendant, on pouvait apercevoir ancrés à quelques encablures des
cruisers balançant leur carcasse blanche et suffisante, défiant de
leur coque longiligne les corailleuses discrètes des pêcheurs de
l'esthétisme. Parfois, leurs chromes étincelaient sous les rayons
du soleil dans une pluie d'étoiles d'argent.
Au
bout de l'horizon, les Iles Bonito et Puerto Galera accrochées comme
un rostre à la grande Ile de Maricaban tentaient de se soustraire
aux flots animés du détroit de l'Ile Verte.
Nous
longeons l'anse sur un kilomètre pour pénétrer bientôt dans un
havre de tranquillité et de fraîcheur ; palmiers nains et
parterres de fleurs multicolores entourent des bungalow.
Au
détour d'une allée, la maison apparaît, divinement plantée au
milieu d'un jardin rempli d'orchidées et d'azalées. Elle est
grande, de plein pied. Une large portion de l'allée est recouverte
de petits galets et de débris de coquillages. Deux philippins vêtus
traditionnellement sortent de la maison lorsqu'ils entendent le
véhicule approcher. Un homme et une femme. L'homme est jeune,
élancé. Il porte un barong, une chemise brodée à manches longues
surmontée d'un col claudine et un pantalon noir s'arrêtant à
mi-cuisse. La femme est belle, vêtue de la même chemise. Seul
détail, elle porte une jupe noire fendue à mi-cuisse. De petites
sandales noires complètent leur habillement.
La
voiture s'arrête devant la véranda qui couvre tout le périmètre.
Trois marches longues et larges permettent d'accéder à une tonnelle
faite de bambous entrelacés. Tables basses, fauteuils emmanuelle en
rotin, hamac et rocking-chair s'y côtoient aisément. Mai, exténuée,
entraîne Soo sur le rocking-chair et s'assoit sur l'emmanuelle. Kim
me regarde et me dit :
Elle
a retrouvé son fauteuil...la petite. Laissons les respirer.
Allez...viens ! je vais te faire le tour du propriétaire.. mais en
passant par le bar !
prochain
épisode : Le bungalow




C'est dès poltron-minet que je viens respirer les fragrances suaves des Philipines.
RépondreSupprimerBonne journée mon ami à bientôt