lundi 9 juin 2014

8-Bauan


Nous traversons en coup de vent Biga accroché au pied d'une colline et surplombons la voie ferrée pour redescendre sur Lipa City.

Pour meubler le silence, Kim part dans des explications de tour opérateur sensées intéresser les filles affalées sur le confortable siège mais à cent lieues de l'entendre....ou comme moi, d'une oreille distraite ; le paysage défile....peuplé de souvenirs
La route de Légazpi a bien changé. Lors de mon dernier passage, c'était un sentier qui contournait le volcan jusqu'aux sources de Tiwi. Les grandes pluies de septembre 75 avaient raviné les flancs de la colline et nivelé le terrain du côté du grand Lac Taal.


Le plus gros du travail ayant été fait par les éléments, les Philippins avaient fait le reste, une route provisoire, parallèle à celle-ci, un provisoire dans la durée vues les difficultés politiques du pays..
l'autoroute de Sorsogon devrait s'étirer jusqu'au Mayon, aux sources chaudes et aux autres plages de Luçon en allégeant Batangas d'un afflux de citadins en mal d'oxygène.

Pour l'instant, nous suivons la voir ferrée qui descend jusqu'à la Baie de Balayan à l'ouest et Tayabas bay à l'est.
Perdu dans mes pensées vagabondes, je jette un coup d'oeil distrait sur les filles. Soo dort, appuyée contre l'accoudoir rembourré de la portière, jambes repliées sur Mai, les yeux perdus dans le vague du paysage...

-Batangas n'est plus qu'à dix kilomètres....

Kim, regardant les filles...encore ensuquées par la chaleur,

-Patience, mes petites fleurs, ce soir, vous allez dormir dans un grand lit tout blanc préparé par Tatie Kim...

murmura-t-elle d'une voix émue, un peu rauque.
 Lorsqu'il s'agissait d'enfants, on touchait une des cordes sensibles de la jeune femme ; elle les aimait mais n'avait jamais pu en avoir. Voyant mon sourire sur ce moment affectif, d'un ton bourru...elle dit :

-Ben quoi ? J'ai le droit, non ?

Puis, elle se retourna et regarda Tuan, impassible.
-Tuan, voulez vous bien fermer votre vitre...s'il vous plaît...il y a trop de poussière...

dit-elle en s'essuyant les yeux avec son mouchoir.
Elle n'avait pas changé. Sous son air de petit dragon, elle possédait un cœur qui occupait tout son être...
J'affectionnais ce petit bout de femme pas comme les autres qui compensait les centimètres que Dieu lui avait dérobés par une grandeur d'âme et une force morale à toute épreuve. C'est la raison pour laquelle j'avais pensé à elle pour Soo comme je l'avais fait pour Mai. Je pouvais m'absenter sans crainte. Notre petite protégée était à l'abri.

Avant d'aborder les premières maisons, Tuan prit à droite, contourna une partie de Batangas-city et rejoignit les abords de la baie par la petite route.
Je tapotais doucement l'épaule de Mai et pointais du doigt un point de l'extérieur. Les premières maisons apparaissaient.
La baie s'étendait devant nous, calme, d'un bleu indigo.


En descendant, on pouvait apercevoir ancrés à quelques encablures des cruisers balançant leur carcasse blanche et suffisante, défiant de leur coque longiligne les corailleuses discrètes des pêcheurs de l'esthétisme. Parfois, leurs chromes étincelaient sous les rayons du soleil dans une pluie d'étoiles d'argent.
Au bout de l'horizon, les Iles Bonito et Puerto Galera accrochées comme un rostre à la grande Ile de Maricaban tentaient de se soustraire aux flots animés du détroit de l'Ile Verte.
Nous longeons l'anse sur un kilomètre pour pénétrer bientôt dans un havre de tranquillité et de fraîcheur ; palmiers nains et parterres de fleurs multicolores entourent des bungalow. 
Au détour d'une allée, la maison apparaît, divinement plantée au milieu d'un jardin rempli d'orchidées et d'azalées. Elle est grande, de plein pied. Une large portion de l'allée est recouverte de petits galets et de débris de coquillages. Deux philippins vêtus traditionnellement sortent de la maison lorsqu'ils entendent le véhicule approcher. Un homme et une femme. L'homme est jeune, élancé. Il porte un barong, une chemise brodée à manches longues surmontée d'un col claudine et un pantalon noir s'arrêtant à mi-cuisse. La femme est belle, vêtue de la même chemise. Seul détail, elle porte une jupe noire fendue à mi-cuisse. De petites sandales noires complètent leur habillement.
La voiture s'arrête devant la véranda qui couvre tout le périmètre. Trois marches longues et larges permettent d'accéder à une tonnelle faite de bambous entrelacés. Tables basses, fauteuils emmanuelle en rotin, hamac et rocking-chair s'y côtoient aisément. Mai, exténuée, entraîne Soo sur le rocking-chair et s'assoit sur l'emmanuelle. Kim me regarde et me dit :

Elle a retrouvé son fauteuil...la petite. Laissons les respirer. Allez...viens ! je vais te faire le tour du propriétaire.. mais en passant par le bar !


prochain épisode : Le bungalow


1 commentaire:

  1. C'est dès poltron-minet que je viens respirer les fragrances suaves des Philipines.
    Bonne journée mon ami à bientôt

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