Après
avoir retrouvé Mai, à Saïgon, nous avions décidé, d'un commun
accord, d'aller chercher Soo à l'orphelinat de Kon tum à six cent
kilomètres vers le nord. Des sœurs nous avaient reçu et, muni de
papiers officiels, j'avais pu récupérer Fleur de bambou
comme elle se faisait appeler...
Les
retrouvailles avec Mai furent attendrissantes. Les sœurs de la zone
16 venaient de renouer avec le passé. Ensuite, nous avions pris
l'avion jusqu'à Hong Kong pour y faire quelques emplettes et pour ma
part, revoir quelques amis.
Deux
jours plus tard.....
Manille
1983, un mélange de cultures, de civilisations qui transpiraient le
long de ses murs comme autant de sceaux apposés par les rois dont
elle fut la maîtresse orientale et qui désorientaient celui qui y
venait pour la première fois.
La
saison des pluies allait bientôt s'étendre à toute la région.,
envahissant les routes de montagnes et les rizières à flanc de
collines. Il régnait sur l'agglomération une douce chaleur mêlée
d'humidité.
Mes
mains alourdies de vingt kilos de tendre fraîcheur exotique d'un
côté et cinquante de l'autre, je passais le couloir de sortie de
l'aéroport international.
Pour
circuler aisément dans la capitale philippine, j'avais revêtu pour
l'occasion une chemise hawaïenne et un short de toile bleu.
Pour
Soo et ses douze ans, je lui avais acheté à Hong-Kong une longue
tunique blanche en organdi, légère et un jean qu'elle avait
elle-même choisi. Inutile de dire que nous faisions sensation....un
ours vêtu comme un clown encadré par deux enfants magnifiques....
Pour passer inaperçu, il y avait mieux....!
Mai,
placée un peu à l'écart, se retenait de rire. En la voyant sortir
du magasin, elle s'était écriée en voyant Soo....
-elle
est tout-à-fait adorable
ce
qui m'avait rassuré jusqu'au moment où elle avait pouffé de rire
sur ma tenue...
Quant
aux baskets achetés à Hong Kong, Soo avait dû les enlever
rapidement, ne les supportant pas, habituée à marcher pieds nus.
Soudain,
venant de nulle part, une petite voix s'éleva :
-Tu
as fait un héritage ?
Je
me retournais d'un seul coup.
-Kimberley ?!
Une
femme de petite taille bloquait le passage. Les cheveux longs et
noirs relevés en chignon, un petit nez retroussé lui donnaient
l'air d'un petit lutin facétieux. En dépit de ses petits yeux noirs
constamment mobiles qui vous perçaient jusqu'à l'âme, Je la savais
bonhomme et dévouée.
Je
laissais Soo avec Mai, soulevait Kim à hauteur de mes épaules et
l'embrassais sur le front.
-veux-tu
me poser... gros pachyderme
cria-t-elle, avec un air grognon et indulgent, en remuant bras et
pieds dans tous les sens.
Je
ris de sa mimique et la posais lentement.
-Tu
n'as pas changé...grosse brute ! Toujours aussi barbare !
Puis,
radoucie...
-Alors ?
Comment vas-tu ma vieille branche ? Et toi, ma jolie Mai ?
Mon Dieu qu'elle est belle …. Quel bonheur... mes enfants de vous
revoir ici. Mon Dieu, que j'ai rêvé de ce jour.... depuis le départ
de ma petite Mai.....pour Saïgon.
A
ces mots, elle essuya une larme, me balança une lourde tape dans le
dos puis, prenant la main de Soo lui dit :
- Dis moi comment tu t'appelles...rayon de soleil ?
- Soo... répondis-je
-veux-tu
te taire...ce n'est pas à toi que je demande ça...tendre idiot mais
à la jolie poupée que voici....dit
elle d'un ton bourru en roulant des yeux pleins de tendresse.
Mais
de Soo, plaquée contre Mai, elle n'obtint aucune réponse.
-ça
ne fait rien...elle me répondra plus tard...lorsque nous serons
devenues des amies...n'est-ce-pas ...rayon de soleil ?.....
puis
elle lui prit la main et l'entraîna vers sa voiture, une vieille
Bentley de 1938 garée près du commissariat de l'aéroport. Nous
suivîmes.
Je reviens me plonger comme un rayon de soleil dans la luminescence de cette belle histoire qui nous mène de Saïgon à Manille avec toujours la ravissante Mai à tes côtés cher ChrisDaniels. Je te souhaite . A bientôt une belle fête de l'Ascension
RépondreSupprimerBonjour Chrisdaniels,
RépondreSupprimerJ'ai lu très vite, trop vite, il me faudra revenir te lire la semaine prochaine, car ton écrit mérite bien plus qu'une lecture en diagonale. Hier soir, j'ai regardé un téléfilm sur TV5... " Saïgon, l'été de nos vingt ans , il me faut attendre le 5 juin pour avoir la suite... Saïgon en 1949, c'est bien loin.
Très belle journée à toi.
Amitié
Prima