dimanche 7 janvier 2018

Ultime écrit

Lundi 7 mai 2001

Aujourd'hui, le temps est mitigé, mi-figue, mi-raisin disait à l'époque Georges, le précepteur de Richard. Le chemin est un véritable bourbier. Il pleut depuis huit jours, des averses entrecoupées de rayons de soleil éphémères, sans chaleur....des giboulées à retardement qui laissent la campagne printanière détrempée et silencieuse. En arrivant à la maison, l'herbe est déjà haute et le parc ressemble plutôt à une savane bientôt submergée par des herbes à éléphants. Autre déception, pas de manuscrit laissé sur la table. ILme faudra attendre une autre semaine.

Mardi 15 mai 2001

ça y est. Je crois que c'est parti. Depuis hier, la pluie s'est arrêtée et un beau soleil réchauffe peu à peu la nature. J'ai décidé d'amener Albert pour débroussailler autour de la maison. Quant à moi, je n'ai rien à faire. Toujours pas de manuscrit. Cette situation commence à me préoccuper. Pourvu qu'il ne leur soit rien arrivé de fâcheux.

Mercredi 23 mai 2001

Aujourd'hui, j'ai trouvé un oiseau mort bien en évidence devant la porte de la maison comme si on l'y avait déposé intentionnellement. En faisant le tour du propriétaire, j'ai remarqué deux autres pinsons au pied du cerisier, une des dernières burlats encore dans leur bec. Étrange vision. Toujours pas de manuscrit. Je vais devoir espacer mes visites à la propriété.

Jeudi 7 juin 2001

Aujourd'hui, je suis accompagnée par Albert, notre homme à tout faire. D'origine anglaise, il se réjouit de venir à la maison pour passer la débroussailleuse après le second succès de Tony Blair aux élections législatives de son pays. Une mauvaise surprise nous y attend. La porte située à l'arrière semble avoir subie une ébauche d'effraction. Les doubles serrures ont résisté mais jusqu'à quand ?!! Nous avons averti la maréchaussée qui s'est empressée de venir constater les faits avec la promesse qu'ils patrouilleraient plus souvent. De toute manière, rien n'a bougé ou disparu dans la maison. Rien de nouveau également. Toujours pas de manuscrit. Je me fais réellement du souci.

Mardi 14 août 2001

Comme disait Agnès dans l'acte deux de l’École des femmes de Molière...le petit chat est mort hier soir chez moi. Je suis triste même s'il est mort de vieillesse...22 ans...ça fait un bail. Il s'est éteint comme on dit comme la flamme d'une bougie, entre mes bras. Je l'ai enterré à côté de son compagnon félin dans le jardin. Le temps a décidé de s'associer à ma peine...il pleut, une pluie fine, chaude, bienfaitrice contrairement aux premières averses acides de l'année. Le temps changerait-il ?...mais toujours pas de manuscrit. J'ai décidé de confier la sécurité de la maison à une société de gardiennage qui m'avertira s'il y a du nouveau, ce qui me permettra d'espacer mes visites à la propriété.


Mardi 25 décembre 2001

J'ai décidé de monter à la propriété en ce jour de Noël. Parait-il qu'il y a du nouveau. Une fois parvenue, ma surprise a fait long feu. Une seule photo avec un seul mot était posée sur la table du salon. » Joyeux noël » disait-il signé par tout le groupe. Aux dernières nouvelles, il semblerait qu'ils aient changé...de constellation vu le nombre de lunes en fond d'image....Ils semblent tous en bonne santé, ce qui me rassure quelque peu. Mis à part cela, pas d'écrit, pas d'aventure, le calme plat....



Mardi 13 juillet 2010


Les années se suivent et se ressemblent. Plus de nouvelles depuis ce mois de décembre 2001. Je suis passé tous les ans pour laisser le soin à la nature enfin de reprendre ses droits. La maison est entourée par une végétation luxuriante et abondante. Le parc est une forêt vierge et a étouffé peu à peu cerisiers et noyers. La cabane au fond du jardin disparaît sous le lierre et le tout se confond avec la nature elle-même. Poussière et toiles d'araignées ont envahi les pièces d'habitation depuis que je n'y passe plus. C'est triste une maison vide de ses occupants. C'est comme une petite mort....la vie...la solitude....l'oubli. J'entendais parfois, lorsque ma santé me le permettait et que j'allais aux nouvelles, des rires d'enfants courant des les couloirs et les supplications des adultes intimant le silence ou le griffonnage saccadé de la plume sur le papier lors de l'écriture du premier roman de mon ami dans la bibliothèque ou bien l'odeur particulière des milliers de livres qui ornaient la pièce d'où s'échappaient parfois des fumerolles empreintes d'aventure, aux senteurs des îles sous le vent balayées par la brise marine iodée et vivifiante. Tout cela avait disparu, d'un autre âge....celui d'un souvenir éternel et puissant.

Ainsi s'achève ces quelques phrases comme une vie aux portes du passé. Je ne reviendrai pas dans cet espace entre vallée et côteau, cette maison entourée d'essences odoriférantes et de lierre grimpeur. Je ne suis plus très jeune et comme toutes les vieilles personnes, il ne me reste que la mémoire....la plus importante...celle du cœur.


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