Lundi
7 mai 2001
Aujourd'hui,
le temps est mitigé, mi-figue, mi-raisin disait à l'époque
Georges, le précepteur de Richard. Le chemin est un véritable
bourbier. Il pleut depuis huit jours, des averses entrecoupées de
rayons de soleil éphémères, sans chaleur....des giboulées à
retardement qui laissent la campagne printanière détrempée et
silencieuse. En arrivant à la maison, l'herbe est déjà haute et le
parc ressemble plutôt à une savane bientôt submergée par des
herbes à éléphants. Autre déception, pas de manuscrit laissé sur
la table. ILme faudra attendre une autre semaine.
Mardi
15 mai 2001
ça
y est. Je crois que c'est parti. Depuis hier, la pluie s'est arrêtée
et un beau soleil réchauffe peu à peu la nature. J'ai décidé
d'amener Albert pour débroussailler autour de la maison. Quant à
moi, je n'ai rien à faire. Toujours pas de manuscrit. Cette
situation commence à me préoccuper. Pourvu qu'il ne leur soit rien
arrivé de fâcheux.
Mercredi
23 mai 2001
Aujourd'hui,
j'ai trouvé un oiseau mort bien en évidence devant la porte de la
maison comme si on l'y avait déposé intentionnellement. En faisant
le tour du propriétaire, j'ai remarqué deux autres pinsons au pied
du cerisier, une des dernières burlats encore dans leur bec. Étrange
vision. Toujours pas de manuscrit. Je vais devoir espacer mes visites
à la propriété.
Jeudi
7 juin 2001
Aujourd'hui,
je suis accompagnée par Albert, notre homme à tout faire. D'origine
anglaise, il se réjouit de venir à la maison pour passer la
débroussailleuse après le second succès de Tony Blair aux
élections législatives de son pays. Une mauvaise surprise nous y
attend. La porte située à l'arrière semble avoir subie une ébauche
d'effraction. Les doubles serrures ont résisté mais jusqu'à
quand ?!! Nous avons averti la maréchaussée qui s'est
empressée de venir constater les faits avec la promesse qu'ils
patrouilleraient plus souvent. De toute manière, rien n'a bougé ou
disparu dans la maison. Rien de nouveau également. Toujours pas de
manuscrit. Je me fais réellement du souci.
Mardi
14 août 2001
Comme
disait Agnès dans l'acte deux de l’École des femmes de
Molière...le petit chat est mort hier soir chez moi. Je suis triste
même s'il est mort de vieillesse...22 ans...ça fait un bail. Il
s'est éteint comme on dit comme la flamme d'une bougie, entre mes
bras. Je l'ai enterré à côté de son compagnon félin dans le
jardin. Le temps a décidé de s'associer à ma peine...il pleut, une
pluie fine, chaude, bienfaitrice contrairement aux premières averses
acides de l'année. Le temps changerait-il ?...mais toujours pas
de manuscrit. J'ai décidé de confier la sécurité de la maison à
une société de gardiennage qui m'avertira s'il y a du nouveau, ce
qui me permettra d'espacer mes visites à la propriété.
Mardi
25 décembre 2001
J'ai
décidé de monter à la propriété en ce jour de Noël. Parait-il
qu'il y a du nouveau. Une fois parvenue, ma surprise a fait long feu.
Une seule photo avec un seul mot était posée sur la table du
salon. » Joyeux noël » disait-il signé par tout le
groupe. Aux dernières nouvelles, il semblerait qu'ils aient
changé...de constellation vu le nombre de lunes en fond
d'image....Ils semblent tous en bonne santé, ce qui me rassure
quelque peu. Mis à part cela, pas d'écrit, pas d'aventure, le calme
plat....
Mardi
13 juillet 2010
Les
années se suivent et se ressemblent. Plus de nouvelles depuis ce
mois de décembre 2001. Je suis passé tous les ans pour laisser le
soin à la nature enfin de reprendre ses droits. La maison est
entourée par une végétation luxuriante et abondante. Le parc est
une forêt vierge et a étouffé peu à peu cerisiers et noyers. La
cabane au fond du jardin disparaît sous le lierre et le tout se
confond avec la nature elle-même. Poussière et toiles d'araignées
ont envahi les pièces d'habitation depuis que je n'y passe plus.
C'est triste une maison vide de ses occupants. C'est comme une petite
mort....la vie...la solitude....l'oubli. J'entendais parfois, lorsque
ma santé me le permettait et que j'allais aux nouvelles, des rires
d'enfants courant des les couloirs et les supplications des adultes
intimant le silence ou le griffonnage saccadé de la plume sur le
papier lors de l'écriture du premier roman de mon ami dans la
bibliothèque ou bien l'odeur particulière des milliers de livres
qui ornaient la pièce d'où s'échappaient parfois des fumerolles
empreintes d'aventure, aux senteurs des îles sous le vent balayées
par la brise marine iodée et vivifiante. Tout cela avait disparu,
d'un autre âge....celui d'un souvenir éternel et puissant.
Ainsi
s'achève ces quelques phrases comme une vie aux portes du passé. Je
ne reviendrai pas dans cet espace entre vallée et côteau, cette
maison entourée d'essences odoriférantes et de lierre grimpeur. Je
ne suis plus très jeune et comme toutes les vieilles personnes, il
ne me reste que la mémoire....la plus importante...celle du cœur.
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