13
avril 2001-
Un
an que je n'ai plus de nouvelles du groupe depuis qu'Ils ont passé
le vortex. Ils m'ont laissé la maison à garder. J'y passe
fréquemment pour aérer et nourrir les bêtes pour la semaine. Je
suis une amie de Chris n°2 comme il se fait appeler. J'ai décidé
de rédiger un journal jusqu'à son retour. Le printemps pointe le
bout de son nez. Les cerisiers commencent à bourgeonner malgré des
pluies de plus en plus incessantes et les mini-tornades qui
déracinent les jeunes plants du jardin.
19
avril 2001
Aujourd'hui,
je viens d'enterrer un des deux chats. Je crois que le pauvre animal
est mort de mélancolie. Triste journée pour la gent féline. Le
temps est encore à la pluie, une pluie acide dit-on en milieu
informé. La terre fume au contact de ces gouttelettes meurtrières. Je
vais essayer de ramener chez moi le chat survivant car tout seul il
risque de suivre bientôt le même chemin que son frère.
28
avril 2001
C'est
accompagnée par un beau soleil matinal que j'ai abordé le sentier
qui conduit à la propriété. Une surprise m'y attendait : des
dizaines de feuillets manuscrits provenant de Chris. Mon devoir de mémoire est
de les retranscrire sans rien changer dans mon journal. Cette nouvelle
me réconforte. Il a trouvé le moyen de traverser le ou les portails
menant à cet univers pour y laisser le résumé de ses aventures
ainsi qu'un petit mot à mon nom même si, en ouvrant les contre-vents de la
cuisine, j'ai découvert une note collée au réfrigérateur qui
disait « où sont
passés mes chats ? »....Il
faudra bien que je le mette au courant. Le mot qu'il m'a laissé est
bref, rédigé en ces termes.....
« Ma
tendre amie,
De
passage entre deux sauts dans le temps, je te laisse le soin de
retranscrire ces quelques pages griffonnées à la hâte : c'est
le résumé de nos pérégrinations dans le passé. Beaucoup de
choses se sont produites depuis notre départ et je n'ai pas toujours
eu l'occasion de les relater plus en détail. Je ne sais si c'est dû aux
« sauts temporels inter dimensionnels » mais j'ai des
soucis avec ma mémoire, ce qui ne me rassure guère pour la suite à
venir. J'ai en cela l'exemple de notre petite Yahma, une jeune
hindoue laissée à notre protection qui semble s'être « évanouie »
lors du passage vers l'époque pharaonique. Personne à part moi
semble s'en souvenir ce qui me conforte, pour l'instant, sur la
constance de mes propres neurones mais beaucoup moins sur ceux de mes
compagnons de voyage. J'en ai fait part à nos hôtes, lesquels m'ont
assuré sans autres explications que tout allait bien et que l'avenir
de notre petite protégée n'était pas en danger. Je ne sais ce que
cela signifie. »
---------
Après
avoir déposé Wotan à l'endroit qui lui convenait, nous
avons remonté le temps et regagné l'époque conforme à la feuille
de route du vaisseau. A ce moment même, nous survolons le Pacifique et nous devrions nous diriger vers le continent américain. Les filles
ont le nez collé au hublot. Vue dans haut, la Terre est magnifique.
Ce n'est pas pour rien qu'on l'appelle la planète bleue. C'est un
souvenir inoubliable que nous allons engranger pour nos vieux jours
et il est nullement question de perdre une seule parcelle de nos
cellules grises à cette évocation. Pour cela, nous suivons le
maître des lieux et son épouse jusqu'au complexe Euréka,
l'intelligence artificielle, le cœur du vaisseau.
La
salle est immense, à la mesure du complexe technologique qui trône
en son centre occupé par une multitude d'écrans indiquant toutes
les données relatives au temps, à l'époque, aux lieux et aux
moindres événements actuels qui s'y rapportent.
Des
sièges sont installés devant cette imposante encyclopédie du temps
et de l'espace. Chacun choisit le sien non pas que nous soyons
fatigués mais parce que le maître de Génésis a donné l'exemple
et qu'il semble vouloir se lancer dans un discours on ne peut plus
sérieux, intéressant et.... inépuisable.
-mes
amis, commence-t-il, nous allons aborder l'Amérique par l'extrême
nord, votre Alaska. J'ai voulu, avant de gagner l'endroit programmé
par Euréka, vous faire découvrir le lieu où j'ai passé mon
enfance...il y a déjà très très longtemps. C'était avant le
Déluge....
-le
Déluge ?...osais-je
-Oui,
mon ami, le Déluge avec un grand D, celui relaté dans les tablettes
d'argile du treizième siècle avant Jésus-Christ, celui de l’Épopée
d'un roi mésopotamien, Gilgamesh, assimilé à Noé pour le compte
de la Bible quelques deux mille six cents ans plus tard.....
A
cet instant, il se tut, les invitant à regarder en silence cet écran
qui diffusait des images en trois dimensions de cette contrée d'un
blanc immaculé qui se présentait devant eux, parsemée d’îlots
de verdure, de forets immenses et de lacs d'un indigo magnifique.
C'est
renversant de beauté. Les yeux rivés sur ces images, Gar ne peut
s'en détacher. A chaque fois qu'il le désirait, il survolait le
domaine ancestral si cher à sa jeunesse. De ces espaces encore si
présents à sa mémoire, il conservait l'espoir de les revoir
toujours, aussi longtemps qu'il vivrait. Cette forme d'introspection
avait cependant un défaut, celui aussi des moments pénibles comme
celui de son départ précipité de la planète dû à l'absence
d'informations, au mutisme des sondes d'explorations, aux
catastrophes naturelles qui les avaient propulsés hors de la
galaxie. Ils avaient alors remonté le temps en flirtant avec un trou
noir et fondé une colonie dans une nouvelle ère face à des
ancêtres régressés à l'âge de pierre. Gar se demandait encore
comment ils avaient pu survivre au cataclysme du déplacement
orbital, confinés dans leur « blockhaus » au centre de
l’hyper borée. Mais, c'était ainsi, ils avaient survécu,
épargnés par le temps, construit un nouveau domaine au centre d'une
terre en plein océan, une nouvelle civilisation qu'on appelait
autrefois....l'Atlantide. Au fil des siècles, ils avaient voyagé
dans leurs chariots de feu, instruit et amélioré l'aspect génétique
de la civilisation montante...jusqu'au Déluge qui s'était abattu
sur leur terre, fragmentant l'écorce et engloutissant leur nouveau
paradis dans l'océan. Seuls quelques initiés avaient survécu en
gagnant les étoiles. Gar avait été de ceux-là, comme tous ceux
qui l'accompagnaient, au prix d'énormes sacrifices : celui de
son père Zeumésis, sa mère Téléia et sa sœur Héraclia.
En
retrouvant pour un instant ces forêts immenses, ces lacs d'un bleu
profond habillés de transparence et de reflets montagneux aux pics
enneigés, l'esprit de Gar, peu à peu, vagabonde le long de ces
prairies à la faune diversifiée, à la flore multicolore, le cours
des ruisseaux qu'emprunte une myriade de poissons tachetés remontant
le courant des torrents parsemés de cascades printanières, Gar
retrouve une partie de son enfance et ferme les yeux à cette
évocation. Souvent, à cet instant, Hélis le réveille dans cette
douce béatitude...le rêve s'achève...il n'en conserve que le
souvenir.
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