mardi 26 décembre 2017

Premier jour dans l'inconnu

13 avril 2001-
Un an que je n'ai plus de nouvelles du groupe depuis qu'Ils ont passé le vortex. Ils m'ont laissé la maison à garder. J'y passe fréquemment pour aérer et nourrir les bêtes pour la semaine. Je suis une amie de Chris n°2 comme il se fait appeler. J'ai décidé de rédiger un journal jusqu'à son retour. Le printemps pointe le bout de son nez. Les cerisiers commencent à bourgeonner malgré des pluies de plus en plus incessantes et les mini-tornades qui déracinent les jeunes plants du jardin.

19 avril 2001

Aujourd'hui, je viens d'enterrer un des deux chats. Je crois que le pauvre animal est mort de mélancolie. Triste journée pour la gent féline. Le temps est encore à la pluie, une pluie acide dit-on en milieu informé. La terre fume au contact de ces gouttelettes meurtrières. Je vais essayer de ramener chez moi le chat survivant car tout seul il risque de suivre bientôt le même chemin que son frère.

28 avril 2001

C'est accompagnée par un beau soleil matinal que j'ai abordé le sentier qui conduit à la propriété. Une surprise m'y attendait : des dizaines de feuillets manuscrits provenant de Chris. Mon devoir de mémoire est de les retranscrire sans rien changer dans mon journal. Cette nouvelle me réconforte. Il a trouvé le moyen de traverser le ou les portails menant à cet univers pour y laisser le résumé de ses aventures ainsi qu'un petit mot à mon nom même si, en ouvrant les contre-vents de la cuisine, j'ai découvert une note collée au réfrigérateur qui disait «  où sont passés mes chats ? »....Il faudra bien que je le mette au courant. Le mot qu'il m'a laissé est bref, rédigé en ces termes.....


« Ma tendre amie,
De passage entre deux sauts dans le temps, je te laisse le soin de retranscrire ces quelques pages griffonnées à la hâte : c'est le résumé de nos pérégrinations dans le passé. Beaucoup de choses se sont produites depuis notre départ et je n'ai pas toujours eu l'occasion de les relater plus en détail. Je ne sais si c'est dû aux « sauts temporels inter dimensionnels » mais j'ai des soucis avec ma mémoire, ce qui ne me rassure guère pour la suite à venir. J'ai en cela l'exemple de notre petite Yahma, une jeune hindoue laissée à notre protection qui semble s'être « évanouie » lors du passage vers l'époque pharaonique. Personne à part moi semble s'en souvenir ce qui me conforte, pour l'instant, sur la constance de mes propres neurones mais beaucoup moins sur ceux de mes compagnons de voyage. J'en ai fait part à nos hôtes, lesquels m'ont assuré sans autres explications que tout allait bien et que l'avenir de notre petite protégée n'était pas en danger. Je ne sais ce que cela signifie. »
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Après avoir déposé Wotan à l'endroit qui lui convenait, nous avons remonté le temps et regagné l'époque conforme à la feuille de route du vaisseau. A ce moment même, nous survolons le Pacifique et nous devrions nous diriger vers le continent américain. Les filles ont le nez collé au hublot. Vue dans haut, la Terre est magnifique. Ce n'est pas pour rien qu'on l'appelle la planète bleue. C'est un souvenir inoubliable que nous allons engranger pour nos vieux jours et il est nullement question de perdre une seule parcelle de nos cellules grises à cette évocation. Pour cela, nous suivons le maître des lieux et son épouse jusqu'au complexe Euréka, l'intelligence artificielle, le cœur du vaisseau.
La salle est immense, à la mesure du complexe technologique qui trône en son centre occupé par une multitude d'écrans indiquant toutes les données relatives au temps, à l'époque, aux lieux et aux moindres événements actuels qui s'y rapportent.
Des sièges sont installés devant cette imposante encyclopédie du temps et de l'espace. Chacun choisit le sien non pas que nous soyons fatigués mais parce que le maître de Génésis a donné l'exemple et qu'il semble vouloir se lancer dans un discours on ne peut plus sérieux, intéressant et.... inépuisable.
-mes amis, commence-t-il, nous allons aborder l'Amérique par l'extrême nord, votre Alaska. J'ai voulu, avant de gagner l'endroit programmé par Euréka, vous faire découvrir le lieu où j'ai passé mon enfance...il y a déjà très très longtemps. C'était avant le Déluge....
-le Déluge ?...osais-je
-Oui, mon ami, le Déluge avec un grand D, celui relaté dans les tablettes d'argile du treizième siècle avant Jésus-Christ, celui de l’Épopée d'un roi mésopotamien, Gilgamesh, assimilé à Noé pour le compte de la Bible quelques deux mille six cents ans plus tard.....
A cet instant, il se tut, les invitant à regarder en silence cet écran qui diffusait des images en trois dimensions de cette contrée d'un blanc immaculé qui se présentait devant eux, parsemée d’îlots de verdure, de forets immenses et de lacs d'un indigo magnifique.
C'est renversant de beauté. Les yeux rivés sur ces images, Gar ne peut s'en détacher. A chaque fois qu'il le désirait, il survolait le domaine ancestral si cher à sa jeunesse. De ces espaces encore si présents à sa mémoire, il conservait l'espoir de les revoir toujours, aussi longtemps qu'il vivrait. Cette forme d'introspection avait cependant un défaut, celui aussi des moments pénibles comme celui de son départ précipité de la planète dû à l'absence d'informations, au mutisme des sondes d'explorations, aux catastrophes naturelles qui les avaient propulsés hors de la galaxie. Ils avaient alors remonté le temps en flirtant avec un trou noir et fondé une colonie dans une nouvelle ère face à des ancêtres régressés à l'âge de pierre. Gar se demandait encore comment ils avaient pu survivre au cataclysme du déplacement orbital, confinés dans leur « blockhaus » au centre de l’hyper borée. Mais, c'était ainsi, ils avaient survécu, épargnés par le temps, construit un nouveau domaine au centre d'une terre en plein océan, une nouvelle civilisation qu'on appelait autrefois....l'Atlantide. Au fil des siècles, ils avaient voyagé dans leurs chariots de feu, instruit et amélioré l'aspect génétique de la civilisation montante...jusqu'au Déluge qui s'était abattu sur leur terre, fragmentant l'écorce et engloutissant leur nouveau paradis dans l'océan. Seuls quelques initiés avaient survécu en gagnant les étoiles. Gar avait été de ceux-là, comme tous ceux qui l'accompagnaient, au prix d'énormes sacrifices : celui de son père Zeumésis, sa mère Téléia et sa sœur Héraclia.
En retrouvant pour un instant ces forêts immenses, ces lacs d'un bleu profond habillés de transparence et de reflets montagneux aux pics enneigés, l'esprit de Gar, peu à peu, vagabonde le long de ces prairies à la faune diversifiée, à la flore multicolore, le cours des ruisseaux qu'emprunte une myriade de poissons tachetés remontant le courant des torrents parsemés de cascades printanières, Gar retrouve une partie de son enfance et ferme les yeux à cette évocation. Souvent, à cet instant, Hélis le réveille dans cette douce béatitude...le rêve s'achève...il n'en conserve que le souvenir.

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