lundi 8 janvier 2018

Avant, j'étais...

Avant, j'étais....

Il arrive parfois qu'à partir d'un certain âge et au vu de quelques dérapages de nos possibilités cognitives, le mode imparfait semble être la seule façon de résister aux aléas du temps. Avant, j'étais....mais avant ? Que cela représentait-t-il ? Les souvenirs sont flous, désordonnés, presque sans consistance. Ils arrivent, s'évaporent aussitôt en ne laissant à la place qu'une interrogation du moment....de quoi étais-je en train de parler ?. Les images deviennent rares, les visages s'estompent jusqu'à disparaître pour ne revenir parfois qu'hachurés, indistincts à l'exemple d'une vie trop remplie ou d'instants stériles.

Puis, les années passent...

Le chemin qui conduit au souvenir devient une voie sans issue où chaque fait se fixe et empêche les autres de progresser dans cette mémoire qui nous fait défaut, alimentant à la fois bredouillages et silences. Le temps s'arrête enfin, marque un moment d'incertitude et de repli sur le dernier mot employé ou la dernière phrase construite avant de s'échapper de notre bouche....le dernier mot que l'on a oublié, la dernière phrase qui s'est envolée....

Avant, j'étais......les jours passent... on devient tributaires des autres, de leurs souvenirs communs avec les nôtres, différents parce que personnels, construits dans leur façon de vivre, étrangers dans la façon de les aborder....ou plus rien n'a de sens parce qu'on a oublié, parce que ça ne nous concerne pas ou plus.
A mesure que le temps passe, on se laisse bercer par l'inconsistance des heures dans un moment suspendu, irréel où chaque visage défile en coup de vent, le reflet d'un miroir sans tain telle la page d'un livre que l'on referme aussitôt sans absorber le sens du moindre mot, un inconnu barbare parce que désappris ou trop vite aperçu.
Alors, le regard se tourne, cherche de l'aide, n'aperçoit que des larmes qui coulent de visages qui se détournent par pudeur ou par affliction ; on essaie de sourire, de tenter de faire savoir que leur présence est salutaire même si elle est éphémère dans la continuité...on saisit la question sans la comprendre...Te rappelles-tu.... Maman ou Père lorsque nous étions enfants, dans le jardin de la maison... ? On acquiesce de la tête par habitude pour rassurer même si on a oublié le sens du terme. Alors, on a plus qu'un souhait... bien vite être seul pour revenir dans le monde où l'on s'est réfugié, aménagé sans contraintes, sans images douloureuses parce qu'inconnues... jusqu 'au lendemain où tout recommence par nécessité mais où, hélas, rien ne reste.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire