Avant,
j'étais....
Il
arrive parfois qu'à partir d'un certain âge et au vu de quelques
dérapages de nos possibilités cognitives, le mode imparfait semble
être la seule façon de résister aux aléas du temps. Avant,
j'étais....mais avant ? Que cela représentait-t-il ? Les
souvenirs sont flous, désordonnés, presque sans consistance. Ils
arrivent, s'évaporent aussitôt en ne laissant à la place qu'une
interrogation du moment....de quoi étais-je en train de parler ?.
Les images deviennent rares, les visages s'estompent jusqu'à
disparaître pour ne revenir parfois qu'hachurés, indistincts à
l'exemple d'une vie trop remplie ou d'instants stériles.
Puis,
les années passent...
Le
chemin qui conduit au souvenir devient une voie sans issue où chaque
fait se fixe et empêche les autres de progresser dans cette mémoire
qui nous fait défaut, alimentant à la fois bredouillages et
silences. Le temps s'arrête enfin, marque un moment d'incertitude et
de repli sur le dernier mot employé ou la dernière phrase
construite avant de s'échapper de notre bouche....le dernier mot que
l'on a oublié, la dernière phrase qui s'est envolée....
Avant,
j'étais......les jours passent... on devient tributaires des autres,
de leurs souvenirs communs avec les nôtres, différents parce que
personnels, construits dans leur façon de vivre, étrangers dans la
façon de les aborder....ou plus rien n'a de sens parce qu'on a
oublié, parce que ça ne nous concerne pas ou plus.
A
mesure que le temps passe, on se laisse bercer par l'inconsistance
des heures dans un moment suspendu, irréel où chaque visage défile
en coup de vent, le reflet d'un miroir sans tain telle la page d'un
livre que l'on referme aussitôt sans absorber le sens du moindre
mot, un inconnu barbare parce que désappris ou trop vite aperçu.
Alors,
le regard se tourne, cherche de l'aide, n'aperçoit que des larmes
qui coulent de visages qui se détournent par pudeur ou par
affliction ; on essaie de sourire, de tenter de faire savoir que
leur présence est salutaire même si elle est éphémère dans la
continuité...on saisit la question sans la comprendre...Te
rappelles-tu.... Maman ou Père lorsque nous étions enfants, dans le
jardin de la maison... ? On acquiesce de la tête par habitude
pour rassurer même si on a oublié le sens du terme. Alors, on a
plus qu'un souhait... bien vite être seul pour revenir dans le monde
où l'on s'est réfugié, aménagé sans contraintes, sans images
douloureuses parce qu'inconnues... jusqu 'au lendemain où tout
recommence par nécessité mais où, hélas, rien ne reste.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire