L'orchidée
se balançait, ballottée telle une coquille de noix, tour à tour
entre roulis et tangage. Des rafales de vents violents
s'engouffraient à l'intérieur du roof.
Serrées
l'une contre l'autre, les filles cherchaient péniblement à
respirer, s'attendant à chaque instant qu'une lame plus forte que
les autres ne les envoya par le fond. Tandis que des paquets de mer
se déversaient sur le pont manquant de déséquilibrer Richard et
son frère accrochés à la barre, la côte se rapprochait à toute
vitesse et les premiers écueils affleuraient l'eau de par et d'autre
du bateau.
Soudain,
un long craquement secoua le tribord avant suivi d'un enfournement
qui brisa net le misaine à hauteur d'homme. La bôme d'un mouvement
tournant manqua de peu les hommes pour s'encastrer sur le devant du
roof, enlevant une partie de l'écoutille. Richard pensa aux filles
terrées à l'intérieur et courut vers l'entrée béante mais une
lame venant d'on ne sait où le projeta hors de l'Orchidée. La
dernière chose qu'il entendit avant de sombrer fut les appels
désespérés de son frère encore attaché à la barre. Tous ses
souvenirs revinrent à la surface, le temps d'un flash. Il se dit
qu'il vivait ses derniers instants de vie, eut une pensée pour Mai
et l'impression qu'une lumière aveuglante l'entourait puis il perdit
connaissance.
Lorsqu'il
rouvrit les yeux, il fut surpris par la forte lumière qui
l'entourait. Il se redressa d'un seul bond, se frotta les paupières
et parcourut d'un regard circulaire l'endroit. Puis, il se leva non
sans quelque difficulté, eut l'impression que l'Orchidée lui était
tombée dessus, frotta ses côtes endolories et étira tout son
corps, histoire de se décontracter. Les idées plus claires, il
parcourut la pièce immense, ronde, fortement éclairée mais d'une
lumière diffuse et apaisante. L'endroit était particulier ce qui
intrigua Richard qui n'arrivait pas à définir pourquoi il avait
cette impression de déjà vu. Il s'approcha de la cloison. Au
toucher, la surface était douce comme de la ouate, légèrement
froide. Soudain, il se frappa le front et paraphrasantun célèbre commissaire,
s'écria : Bon sang...mais c'est bien sûr !...le vaisseau
de Gar. Il leva les yeux vers le plafond et dit :
Ok
les amis, je suis réveillé...y a quelqu'un ?... RIEN.
Il
insista:- Ohé ? Du bateau !...(amusé, il sourit)
Un
pan de mur sembla se dérober sous ses doigts, découvrant une cavité
dans laquelle Richard s'engouffra. Il fit quelques mètres et tomba,
stupéfait, sur un spectacle qui le réjouit complètement.
Au
milieu d'une salle identique à celle qu'il venait de quitter, se
trouvait Chris, Mai et Moon. Autour d'eux, se tenaient Gar, Antinéus,
Zora et la jeune Naakéma. Bien que de nombreuses questions
turlupinaient Richard,les retrouvailles furent chaleureuses. Les
effusions passées, Antinéus fit le récit de leurs derniers
déboires....
En
fait, c'est un concours de circonstances heureux qui avait ramené les
voyageurs de Génésis sur Terre. Lors d'un précédent voyage,
la jeune Naakéma avait laissé, par inadvertance, un artefact lui
appartenant et représentant en trois dimensions la nébuleuse
d'Orion, une sorte de boussole intergalactique, un élément trop
perfectionné pour l'antique époque, or il existe une règle absolue
lors d'un voyage temporel, aucun changement ne doit être apporté au
Passé, l'incursion dernière en Assyrie avait déjà été de trop
mais Maître Gar avait mis cette « escapade »
sur le compte d'une simple mise au point et ajouté, bon enfant...
-
pour remettre les pendules à l'heure.... ce qui, tous les quatre
hormis Antinéus, les avait beaucoup amusé.
Après
avoir récupéré l'objet, ils avaient décidé de faire une petite
visite à leurs amis de la quatrième planète, les avaient trouvé
en pleine perdition mais à temps pour les récupérer, Richard en
pleine noyade, l'Orchidée et ses occupants en passe de disparaître.
Richard
avait de la peine à concevoir le fait qu'ils aient pu sauver un
vingt cinq mètres de l'étambot à l'étrave. Devant sa mine
sceptique, Gar les convint à le suivre. Après être passé par
différentes pièces, ils arrivèrent au cœur du vaisseau, un trou
béant aussi grand qu'un stade de foot au milieu duquel trônait
l'Orchidée comme suspendu par des fils invisibles et dans lequel
s'affairaient des clones œuvrant à sa restauration.
Devant
ce spectacle grandiose, Richard avait peur de poser la question. Gar
le prit de court.
-Des
ondes gravitationnelles...tout simplement Richard. dit-il, d'une
petite voix. La suspension idéale !....il vous faudra attendre
quelques années pour ça...si tout se passe bien...finit-il,
sarcastique.
A
ces mots, le visage d'Antinéus s'assombrit. Il soupira et fit un
demi-tour sur lui-même.
Zora
murmura quelques mots à l'oreille de Gar. Ce dernier prit la parole.
-mes
amis....connaissez vous la Grèce antique ?
La
Grèce... oui, pensa Richard mais antique ? Dans quelle galère,
diantre, allaient-ils se rendre ?
-Il
se trouve...continua le Génésien..qu'un ami à moi à quelque souci
avec les Perses en ce moment.....
-Vous
ne pouvez pas vous immiscer...maître !, s'écria Antinéus,
-Non,
mon brave Antinéus, je vais seulement...aux
informations !...répondit Gar, mi-figue, mi-raisin
-mouais...toujours la même chose.....bougonna
le vieux savant en caressant son menton, dubitatif.
Richard se permit quelques mots...
-votre
ami....on le connaît ?
-je
pense que oui, il est rattaché à votre civilisation...il s'appelle
Thémistocle.
Richard
marqua un temps d'arrêt. Sa connaissance de la Grèce antique datait
mais quelques réminiscences s'imposaient encore à son esprit. On
était en pleines guerres médiques, Athènes contre Sparte,
l'envahisseur perse, Léonidas...tout semblait si confus dans sa tête
mais il n'allait pas tarder, au vu de l'engouement de Gar à apporter
une quelconque aide à combler ses lacunes en
histoire....et l'occasion allait sans nul doute lui plaire......
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