mercredi 16 novembre 2016

Retrouvailles

L'orchidée se balançait, ballottée telle une coquille de noix, tour à tour entre roulis et tangage. Des rafales de vents violents s'engouffraient à l'intérieur du roof. 
Serrées l'une contre l'autre, les filles cherchaient péniblement à respirer, s'attendant à chaque instant qu'une lame plus forte que les autres ne les envoya par le fond. Tandis que des paquets de mer se déversaient sur le pont manquant de déséquilibrer Richard et son frère accrochés à la barre, la côte se rapprochait à toute vitesse et les premiers écueils affleuraient l'eau de par et d'autre du bateau.

Soudain, un long craquement secoua le tribord avant suivi d'un enfournement qui brisa net le misaine à hauteur d'homme. La bôme d'un mouvement tournant manqua de peu les hommes pour s'encastrer sur le devant du roof, enlevant une partie de l'écoutille. Richard pensa aux filles terrées à l'intérieur et courut vers l'entrée béante mais une lame venant d'on ne sait où le projeta hors de l'Orchidée. La dernière chose qu'il entendit avant de sombrer fut les appels désespérés de son frère encore attaché à la barre. Tous ses souvenirs revinrent à la surface, le temps d'un flash. Il se dit qu'il vivait ses derniers instants de vie, eut une pensée pour Mai et l'impression qu'une lumière aveuglante l'entourait puis il perdit connaissance.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, il fut surpris par la forte lumière qui l'entourait. Il se redressa d'un seul bond, se frotta les paupières et parcourut d'un regard circulaire l'endroit. Puis, il se leva non sans quelque difficulté, eut l'impression que l'Orchidée lui était tombée dessus, frotta ses côtes endolories et étira tout son corps, histoire de se décontracter. Les idées plus claires, il parcourut la pièce immense, ronde, fortement éclairée mais d'une lumière diffuse et apaisante. L'endroit était particulier ce qui intrigua Richard qui n'arrivait pas à définir pourquoi il avait cette impression de déjà vu. Il s'approcha de la cloison. Au toucher, la surface était douce comme de la ouate, légèrement froide. Soudain, il se frappa le front et paraphrasantun célèbre commissaire, s'écria : Bon sang...mais c'est bien sûr !...le vaisseau de Gar. Il leva les yeux vers le plafond et dit :

Ok les amis, je suis réveillé...y a quelqu'un ?... RIEN.
Il insista:- Ohé ? Du bateau !...(amusé, il sourit)

Un pan de mur sembla se dérober sous ses doigts, découvrant une cavité dans laquelle Richard s'engouffra. Il fit quelques mètres et tomba, stupéfait, sur un spectacle qui le réjouit complètement.

Au milieu d'une salle identique à celle qu'il venait de quitter, se trouvait Chris, Mai et Moon. Autour d'eux, se tenaient Gar, Antinéus, Zora et la jeune Naakéma. Bien que de nombreuses questions turlupinaient Richard,les retrouvailles furent chaleureuses. Les effusions passées, Antinéus fit le récit de leurs derniers déboires....

En fait, c'est un concours de circonstances heureux qui avait ramené les voyageurs de Génésis sur Terre. Lors d'un précédent voyage, la jeune Naakéma avait laissé, par inadvertance, un artefact lui appartenant et représentant en trois dimensions la nébuleuse d'Orion, une sorte de boussole intergalactique, un élément trop perfectionné pour l'antique époque, or il existe une règle absolue lors d'un voyage temporel, aucun changement ne doit être apporté au Passé, l'incursion dernière en Assyrie avait déjà été de trop mais Maître Gar avait mis cette « escapade »  sur le compte d'une simple mise au point et ajouté, bon enfant...

- pour remettre les pendules à l'heure.... ce qui, tous les quatre hormis Antinéus, les avait beaucoup amusé.

Après avoir récupéré l'objet, ils avaient décidé de faire une petite visite à leurs amis de la quatrième planète, les avaient trouvé en pleine perdition mais à temps pour les récupérer, Richard en pleine noyade, l'Orchidée et ses occupants en passe de disparaître.
Richard avait de la peine à concevoir le fait qu'ils aient pu sauver un vingt cinq mètres de l'étambot à l'étrave. Devant sa mine sceptique, Gar les convint à le suivre. Après être passé par différentes pièces, ils arrivèrent au cœur du vaisseau, un trou béant aussi grand qu'un stade de foot au milieu duquel trônait l'Orchidée comme suspendu par des fils invisibles et dans lequel s'affairaient des clones œuvrant à sa restauration.
Devant ce spectacle grandiose, Richard avait peur de poser la question. Gar le prit de court.
-Des ondes gravitationnelles...tout simplement Richard. dit-il, d'une petite voix. La suspension idéale !....il vous faudra attendre quelques années pour ça...si tout se passe bien...finit-il, sarcastique.
A ces mots, le visage d'Antinéus s'assombrit. Il soupira et fit un demi-tour sur lui-même.

Zora murmura quelques mots à l'oreille de Gar. Ce dernier prit la parole.
-mes amis....connaissez vous la Grèce antique ?

La Grèce... oui, pensa Richard mais antique ? Dans quelle galère, diantre, allaient-ils se rendre ?

-Il se trouve...continua le Génésien..qu'un ami à moi à quelque souci avec les Perses en ce moment.....

-Vous ne pouvez pas vous immiscer...maître !, s'écria Antinéus,
-Non, mon brave Antinéus, je vais seulement...aux informations !...répondit Gar, mi-figue, mi-raisin

-mouais...toujours la même chose.....bougonna le vieux savant en caressant son menton, dubitatif.

Richard se permit quelques mots...
-votre ami....on le connaît ?
-je pense que oui, il est rattaché à votre civilisation...il s'appelle Thémistocle.

Richard marqua un temps d'arrêt. Sa connaissance de la Grèce antique datait mais quelques réminiscences s'imposaient encore à son esprit. On était en pleines guerres médiques, Athènes contre Sparte, l'envahisseur perse, Léonidas...tout semblait si confus dans sa tête mais il n'allait pas tarder, au vu de l'engouement de Gar à apporter une quelconque aide à combler ses lacunes en histoire....et l'occasion allait sans nul doute lui plaire......

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