dimanche 20 novembre 2016

Le passage

Après être passés par une multitude de pièces aménagées en laboratoires, chambres de régénération, salles de pause d'activité, ils parvinrent enfin au saint du saint : le nerf central de l’Ovni, un cerveau géant fait de matière et d'atomes qui occupait tout le milieu de l'immense pièce.
-je vous présente Phaéton. Il régit et coordonne l'ensemble du vaisseau. Maintenant, je vous demanderai de bien vouloir satisfaire à une mesure de sécurité et vous approcher de cette lumière bleue, au centre de la pièce.

-Pourquoi ? demanda Richard, un peu hésitant.

-Afin que Phaéton prenne en considération vos paramètres identitaires, vous permettant de circuler sur le vaisseau et continuer la visite. Il faut savoir qu'en cas de conflit interne ou externe, tout élément étranger non répertorié est systématiquement expulsé hors de ces lieux.

Rassurés, ils s'exécutèrent chacun à leur tour.
 La lumière était douce, reposante. Richard sentait qu'il était scanné jusqu'à la moindre parcelle de ses atomes, le rayon remontant doucement le long de son corps vers son visage. Il sentit comme un léger souffle d'air et son image en trois dimensions se profila sur l'écran géant de l'imposant Phaéton.

-Votre identité ? demanda ce dernier. La voix était légèrement métallique mais agréable, presque rassurante.
Il se présenta.
-Richard Desmond !...

Puis chacun se conforma au rituel sécuritaire.

Quelques minutes plus tard...
 
-Tout est bien, Phaéton ? fit le génésien.

-Tout est bien Commander... répondit la machine.
Gar conclut :

-Voilà mes amis, vous faites, officiellement, partis du personnel du vaisseau. Je vais sur le champ faire la présentation des autres navigants auxquels vous aurez affaire durant les différends passages temporels sur Terre.

Ils quittèrent la pièce centrale et suivirent un long couloir, le même qu'ils avaient emprunté pour en rejoindre le cœur où se trouvait l'Orchidée, lorsque Naakéma se matérialisa soudain à deux pas de Gar, lui fit signe de se baisser et lui glissa à l'oreille quelques mots. Le Génésien sembla préoccupé, tira sur sa barbe blonde quelques secondes et appuya sur un artefact situé sur sa poitrine.
-Phaéton....dis à Hélis de venir en ce lieu, qu'elle prenne en mains nos invités et les conduise en salle de repos. Quant à vous, mes amis... il se tourna vers eux...je vous laisse pour un instant entre les mains d'Hélis...une affaire urgente à régler. Puis, il tourna les talons et disparut soudain du couloir.

Quelques secondes plus tard, la dénommée Hélis se matérialisa devant eux et se présenta.

-Bonjour, mes amis. Je suis Hélis. Mon époux a dû s'absenter et m'a chargé de poursuivre avec vos personnes la visite de nos complexes.

-Votre époux ? Maître Gar est votre époux ?.....fit Richard

-Absolument, depuis cent dix ans de votre grégorien. Elle sourit.

C'était la surprise du chef. La jeune femme qui se tenait devant eux ne pouvait avoir guère plus de trente ans ; chevelure Blonde comme les blés, un visage fin d'une grande beauté et un port de tête racé sur un corps magnifiquement proportionné à rendre jalouses Mai et Moon qui, pourtant, n'avaient rien de physiquement négligeable, Quant à Richard et Chris, subjugués par l'apparente beauté de la Génésienne, ils balbutièrent quelques bribes de phrases... dont personne ne saisit le sens. Ils ne baissèrent les yeux que lorsqu'ils aperçurent le regard noir de leurs compagnes et le froncement de sourcils qui l'accompagnait.....

-Maintenant...mes amis, nous allons nous rendre en salle de relaxation....


-Crois-tu qu'elle dorme ?

La voix était cristalline, enfantine. Des rires fusèrent, remplis d'insouciance et de joie curieuse.
-Attends....je vais voir toute de suite....fit une autre voix, tout aussi juvénile.
Zora sentit quelque chose de léger comme du duvet effleurer ses paupières. Instinctivement, elle ouvrit les yeux, les referma aussitôt, aveuglée par la lumière crue du jour. Surprise, elle régla ses capteurs lumineux en fonction de l'intensité du jour. Elle découvrit peu à peu son environnement. Un épi de blé dansait au dessus de sa tête, tenu par une petite frimousse blonde. Une enfant. En agrandissant son champ de vision, elle découvrit le reste de l'attroupement. Une ribambelle de « mômes » comme disait Acadéus, affublés de chasubles blanches aux ourlets cerclés d'une frise de jais et d'or aux motifs méandre.

La Grèce...envoyée par Titan, elle avait réussi le passage du temps.

-Yassou!...dit-elle simplement en appuyant sur son translater.
Surpris par le timbre de sa voix légèrement métallique et en écho, les enfants se turent, reculant instinctivement. Zora ne sut pas si c'était la curiosité qui les anima ou la douceur de son visage sans ride mais ils esquissèrent une approche.

-Yassou...répéta-t-elle...n'ayez pas peur.....je m'appelle Zora. Et vous ?

La plus jeune mais sans nul doute la plus audacieuse des enfants s'avança. Elle tenait encore à la main, l'épi de blé.

-Tu parles d'une voix étrange !...d'où viens-tu ? De quelle cité d'Attique ?

-Et toi....petit ange...qui es-tu ?

-Je suis Calliope, fille de notre père et souverain des cités d'Attique, d'Athènes et de Sparte. Et là...dit-elle en désignant le reste de la troupe...ce sont mes frères et mes sœurs d'Eleusis....

-Eleusis ? Est-ce votre terre ?

-Non ! C'est un petit village d'Attique. Je vois à tes propos et à tes vêtements bizarres que tu n'es pas d'ici....Peut-être as-tu franchi le mur des dieux...Zora ? es-tu une déesse d'Olympie...comme ma tante ?

-Non ! Seulement une voyageuse des étoiles qui a emprunté le passage céleste mais je vais......

Elle ne put terminer sa phrase...

Un bruit continu et sourd comme un ressac d'océan parvint à leurs oreilles, faisant détaler les têtes blondes. Avant de se fondre dans les graminées, Calliope cria :

-Viens avec nous, Zora ! Il vaut mieux ne pas rester ici ! Si Déméter, ma tante te voit, elle risque d'être très....très en colère !

C'était amusant de voir la haute taille de la cybernaute évoluant dans une mer dorée et flattée par les vents ioniens, accompagnée de la suite invisible des bambins qu'elle dépassait de plus de quatre pieds. Bientôt , ils vinrent pointer le nord du champ et entamèrent une remontée vers les collines.
Parvenus au sommet de l'une d'elles, Zora put observer en contrebas le travail de récolte. Des milliers d'éclairs illuminaient le champ, fauchant en gerbes scintillantes les murs épis d'or . Montée sur un chariot de feu, Déméter moissonnait.

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