mercredi 7 décembre 2016

Le passage 2


Le soleil était au zénith. L'atmosphère était étouffante. Zora souffla, incommodée par les particules allergènes qui remontaient du champ en contrebas . La peau synthétique de la cybernaute pouvait s' acclimater à toutes sortes de climats, de la chaude Calésia au froid Clostro mais dernièrement celui de Génésis véhiculait des vents saturés de molécules argentifères, ce qui provoquait chez les clones et les cyborgs des ratés dans les circuits intégrés, bloquant leurs articulations. Cette sensation désagréable s'accompagnait la plupart du temps d'une perte d'autonomie importante et le maître de Génésis n'aimait pas ça. Chaque « passager » du vaisseau avait une fonction propre ; si l'un ou plusieurs de ceux-ci étaient indisponibles, Phaéton était obligé de réorganiser chacun des éléments participatifs en fonction de leur inaptitude passagère. Dans ces cas là, l'ensemble du vaisseau était en standby, privé de tout moyen de défense et donc, à la merci d'une ingérence hostile.
Il était nullement question de regagner le passage, Zora devait gagner un coin plus frais pour retrouver un semblant de bien-être.
Elle héla Calliope.
La fillette se retourna brusquement, bouscula un gamin qui s'étala lourdement dans un buisson d'onopordes. Il cria si fort que le tintamarre en contrebas s'arrêta net.
-baissez vous Zora ! Si notre tante nous voit, elle va en référer à notre père....je n'y tiens pas.....chuchota Calliope, en mettant la main sur son genou
et, furieuse envers son frère...
-tu ne sais plus tenir debout mon pauvre Pan...quel idiot....termina-t-elle en haussant les épaules.
Le dénommé Pan devint rouge comme une pivoine, bredouilla quelques mots et rageur, frappant de son bâton une fleur innocente, s'enfuya.
La fillette fit mine de courser le flagellateur, se ravisa et revint vers la cybernaute
-Calliope...y-a-t-il un coin plus frais aux alentours ?
-Tu as trop chaud.....tu n'es pas habituée....constata-t-elle
-Oui, c'est vrai et puis... je voudrais vous connaître tous
-Pourquoi ?
-...mieux faire connaissance. N'est-ce pas comme cela que l'on devient des amis ? Ici ?
-Si ! Bien sûr. Mais, nous allons nous rendre à la clairière aux nymphes. Là-bas, nous serons tranquilles.
Et le petit groupe tailla le chemin à travers prés et tertres boisés aux senteurs de pins et d'effluves iodées qui léchaient en zéphirs subtils les collines de Thessalie.

-Drink ! Drink !
Deux coups de sonnette venaient de retentir à l'entrée.
je me levais, écartais le rideau de la glace sans tain de mon bureau qui communiquait avec l'entrée et remarquait le visiteur à l'extérieur.
L'homme était de grande taille, paraissait solide et habillé avec élégance. Encore un représentant pensais-je. J'allais m'en débarrasser en deux temps trois mouvements afin de continuer la rédaction de mon livre.

Cependant, une chose m'intriguait sur cet individu ; quelque chose de particulier dans sa posture que je n'arrivais pas à définir, sa façon de tourner constamment la tête afin de se soustraire à un examen minutieux de sa personne, son mouvement d'impatience sur le temps qui s'écoulait sans réponse. Soudain, son visage se figea sur la vitre de la porte d'entrée.

 Des frissons parcoururent tout mon corps. J'eus l'impression que tout mon sang se glaçait. Les battements de mon cœur s'accéléraient, frappant mes tempes en pulsions fortes et régulières....

 L'individu qui me faisait face n'était autre que moi. Quoique plus grand et plus costaud, il avait le même visage, les mêmes mimiques comme relever une mèche fantôme qui barrait le front ou pincer d'un doigt fébrile l'axe médian de la narine, par impatience.

-Drink ! Drink !....
L'autre « moi » s'impatientait. Je réfléchissais rapidement. Qui était-il ? Que voulait-il ? Qu'allais-je faire ? Répondre ? Me taire ?
Les questions s'embrouillaient, se mélangeaient anarchiquement dans ma tête. Je décidais de me lancer car cette situation m'intriguait plus qu'elle ne me troublait. J'ouvrais la porte de communication et m'avançais jusqu'à l'entrée. Il recula d'un pas et attendit, complètement soulagé. Je l'étais moins. Je tournais la clé.

Nous sommes restés quelques secondes à nous regarder en chiens de faience. Il brisa le silence.

-Bonjour... dit-il, vous devez trouver cette situation plutôt étrange...à la limite ubuesque, n'est-ce-pas ?

Même dans la tessiture de voix, tout concordait. J'avais l'impression de répéter une tirade devant un miroir....bluffant était le mot que j'employais dans cette confrontation de style quatrième dimension....

-c'est le moins qu'on puisse dire...balbutiais-je, encore désorienté.

-Comme vous pouvez le constater, je suis VOUS...fit-il en pointant le doigt dans ma direction.....il faut impérativement que je vous parle.

-mais......avançais-je. 

Il coupa court.

-C'est important......TRES important. Je dirais mieux....vital ! 

Subjugué par son timbre de voix qui fleurait bon la vérité, j'ouvrais grand la porte et le priais d'entrer...

-Bien sûr.... ! fais-je, en m'effaçant.

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