Le
soleil était au zénith. L'atmosphère était étouffante. Zora
souffla, incommodée par les particules allergènes qui remontaient
du champ en contrebas . La peau synthétique de la cybernaute pouvait
s' acclimater à toutes sortes de climats, de la chaude Calésia
au froid Clostro mais dernièrement celui de Génésis véhiculait
des vents saturés de molécules argentifères, ce qui provoquait
chez les clones et les cyborgs des ratés dans les circuits intégrés,
bloquant leurs articulations. Cette sensation désagréable
s'accompagnait la plupart du temps d'une perte d'autonomie importante
et le maître de Génésis n'aimait pas ça. Chaque « passager »
du vaisseau avait une fonction propre ; si l'un ou plusieurs de
ceux-ci étaient indisponibles, Phaéton était obligé de
réorganiser chacun des éléments participatifs en fonction de leur
inaptitude passagère. Dans ces cas là, l'ensemble du vaisseau était
en standby, privé de tout moyen de défense et donc, à la merci
d'une ingérence hostile.
Il
était nullement question de regagner le passage, Zora devait gagner
un coin plus frais pour retrouver un semblant de bien-être.
Elle
héla Calliope.
La
fillette se retourna brusquement, bouscula un gamin qui s'étala
lourdement dans un buisson d'onopordes. Il cria si fort que le
tintamarre en contrebas s'arrêta net.
-baissez
vous Zora ! Si notre tante nous voit, elle va en référer à
notre père....je n'y tiens pas.....chuchota Calliope, en mettant la
main sur son genou
et,
furieuse envers son frère...
-tu
ne sais plus tenir debout mon pauvre Pan...quel
idiot....termina-t-elle en haussant les épaules.
Le
dénommé Pan devint rouge comme une pivoine, bredouilla quelques
mots et rageur, frappant de son bâton une fleur innocente, s'enfuya.
La
fillette fit mine de courser le flagellateur, se ravisa et revint
vers la cybernaute
-Calliope...y-a-t-il
un coin plus frais aux alentours ?
-Tu
as trop chaud.....tu n'es pas habituée....constata-t-elle
-Oui,
c'est vrai et puis... je voudrais vous connaître tous
-Pourquoi ?
-...mieux
faire connaissance. N'est-ce pas comme cela que l'on devient des
amis ? Ici ?
-Si !
Bien sûr. Mais, nous allons nous rendre à la clairière aux
nymphes. Là-bas, nous serons tranquilles.
Et le
petit groupe tailla le chemin à travers prés et tertres boisés aux
senteurs de pins et d'effluves iodées qui léchaient en zéphirs
subtils les collines de Thessalie.
-Drink !
Drink !
Deux
coups de sonnette venaient de retentir à l'entrée.
je
me levais, écartais le rideau de la glace sans tain de mon bureau
qui communiquait avec l'entrée et remarquait le visiteur à
l'extérieur.
L'homme
était de grande taille, paraissait solide et habillé avec élégance.
Encore un représentant pensais-je. J'allais m'en débarrasser en
deux temps trois mouvements afin de continuer la rédaction de mon
livre.
Cependant,
une chose m'intriguait sur cet individu ; quelque chose de
particulier dans sa posture que je n'arrivais pas à définir, sa
façon de tourner constamment la tête afin de se soustraire à un
examen minutieux de sa personne, son mouvement d'impatience sur le
temps qui s'écoulait sans réponse. Soudain, son visage se figea sur
la vitre de la porte d'entrée.
Des
frissons parcoururent tout mon corps. J'eus l'impression que tout mon
sang se glaçait. Les battements de mon cœur s'accéléraient,
frappant mes tempes en pulsions fortes et régulières....
L'individu
qui me faisait face n'était autre que moi. Quoique plus grand et
plus costaud, il avait le même visage, les mêmes mimiques comme
relever une mèche fantôme qui barrait le front ou pincer d'un doigt
fébrile l'axe médian de la narine, par impatience.
-Drink !
Drink !....
L'autre
« moi » s'impatientait. Je réfléchissais rapidement.
Qui était-il ? Que voulait-il ? Qu'allais-je faire ?
Répondre ? Me taire ?
Les
questions s'embrouillaient, se mélangeaient anarchiquement dans ma
tête. Je décidais de me lancer car cette situation m'intriguait
plus qu'elle ne me troublait. J'ouvrais la porte de communication et
m'avançais jusqu'à l'entrée. Il recula d'un pas et attendit,
complètement soulagé. Je l'étais moins. Je tournais la clé.
Nous
sommes restés quelques secondes à nous regarder en chiens de
faience. Il brisa le silence.
-Bonjour...
dit-il, vous devez trouver cette situation plutôt étrange...à la
limite ubuesque, n'est-ce-pas ?
Même
dans la tessiture de voix, tout concordait. J'avais l'impression de
répéter une tirade devant un miroir....bluffant était le mot que
j'employais dans cette confrontation de style quatrième
dimension....
-c'est
le moins qu'on puisse dire...balbutiais-je, encore désorienté.
-Comme
vous pouvez le constater, je suis VOUS...fit-il en pointant le doigt
dans ma direction.....il faut impérativement que je vous parle.
-mais......avançais-je.
Il
coupa court.
-C'est
important......TRES important. Je dirais mieux....vital !
Subjugué
par son timbre de voix qui fleurait bon la vérité, j'ouvrais grand
la porte et le priais d'entrer...
-Bien
sûr.... ! fais-je, en m'effaçant.
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