dimanche 31 juillet 2016

le chamane 3

Il y a un jour déjà qu'ils ont quitté Vung Tau. L'alizé joue avec le soleil poussant les cirrus qui semblent glisser dans le ciel bleu tels des oiseaux aux ailes de lumière..... Allongé contre le roof, Richard guette l'horizon et sa brise d'est qui amène les nuages aux ailes noires. Le pont est sec, terne, sans une éclaboussure. Porté par le vent nouveau, bercé par le chant des vagues sur la carène, le voilier file six nœuds dans cette immensité en pourfendeur de liberté.
Mai rejoint Richard, encore préoccupée et déçue de n'avoir pu revoir son amie. La veille, elle n'avait guère mangé, se contentant d'un thé à la cardamome. Très vite, ils s'étaient endormis jusqu'aux premières lueurs de l'aube où le fumet agréable d'une table servie par Moon et Chris les avait tiré d'un sommeil réparateur.

Ils avaient parcouru plus de cinq cent miles lorsqu'ils aperçurent une goélette blanche tournoyant au dessus des voiles. Sa présence signifiait qu'une terre était proche, cet oiseau ne s'en éloignant guère de vingt miles.

Richard gagna le cockpit, fit le point sur la carte et rejoignit Mai. Il déplia la longue vue et balaya attentivement l'horizon d'ouest en est. Face à l'étrave, il aperçut les contours laiteux d'une terre qu'il supposa être Phu Quy, l'île de la richesse, portail du Vietnam. A l'horizon, un grain approchait. Ils allaient devoir se réfugier dans une des nombreuses criques de l'île en attendant que cela passe. Chris vint rejoindre Richard.

-Il a l'air flippant, le bonhome dit-il en pointant son doigt vers l'horizon. Tu penses arriver jusqu'à Phu Quy ?

  • Bien sûr....déjà nous suivons la route des alizés....nous sommes en plein territoire des moussons et nous traçons à plus de cinq nœuds. Arrivé près de l'île, on arisera les voiles et continuerons au moteur. Ce n'est pas la première fois que nous essuyons un grain, n'est-ce-pas ? Tu te rappelles le détroit de Malacca ?
  • Oh que oui ! S'écrie-t-il

Richard a l'impression que c'était hier. La mousson du sud-ouest leur était tombée dessus à peine sortis du détroit. Ils venaient tout juste de quitter Singapour après une semaine dans la fourmilière indonésienne. Des bourrasques de vent remplis de spectres qui les avaient proprement lessivés, une lutte sans merci en tirant des bords presque plats afin de gagner une meilleure latitude, les alizés de l'océan indien. Près de vingt huit jours dans les montagnes russes à la bave laiteuse et aux crocs acérés jusqu'à cette vingt neuvième aube où ce souffle clair aux effluves océanes avait libéré sa main de la drisse de la grand voile. Puis, le vent s'était infléchi à l'ouest pour presque disparaître. Le voilier s'était relevé intact de cette lutte, écoutes choquées balançant au gré de l'alizé dans une mer calme aux reflets d'argent.....on avait survécu à la mousson. Seule victime, le stock de café pour survivre à l'enfer de Malacca.


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