Il
y a un jour déjà qu'ils ont quitté Vung Tau. L'alizé joue avec le
soleil poussant les cirrus qui semblent glisser dans le
ciel bleu tels des oiseaux aux ailes de lumière..... Allongé contre le
roof, Richard guette l'horizon et sa brise d'est qui amène les
nuages aux ailes noires. Le pont est sec, terne, sans une
éclaboussure. Porté par le vent nouveau, bercé par le chant des
vagues sur la carène, le voilier file six nœuds dans cette
immensité en pourfendeur de liberté.
Mai
rejoint Richard, encore préoccupée et déçue de n'avoir pu revoir
son amie. La veille, elle n'avait guère mangé, se contentant d'un
thé à la cardamome. Très vite, ils s'étaient endormis jusqu'aux
premières lueurs de l'aube où le fumet agréable d'une table
servie par Moon et Chris les avait tiré d'un sommeil réparateur.
Ils
avaient parcouru plus de cinq cent miles lorsqu'ils aperçurent une
goélette blanche tournoyant au dessus des voiles. Sa présence
signifiait qu'une terre était proche, cet oiseau ne s'en éloignant
guère de vingt miles.
Richard
gagna le cockpit, fit le point sur la carte et rejoignit Mai. Il
déplia la longue vue et balaya attentivement l'horizon d'ouest en
est. Face à l'étrave, il aperçut les contours laiteux d'une terre
qu'il supposa être Phu Quy, l'île de la richesse, portail du
Vietnam. A l'horizon, un grain approchait. Ils allaient devoir se
réfugier dans une des nombreuses criques de l'île en attendant que
cela passe. Chris vint rejoindre Richard.
-Il
a l'air flippant, le bonhome dit-il en pointant son doigt vers
l'horizon. Tu penses arriver jusqu'à Phu Quy ?
- Bien sûr....déjà nous suivons la route des alizés....nous sommes en plein territoire des moussons et nous traçons à plus de cinq nœuds. Arrivé près de l'île, on arisera les voiles et continuerons au moteur. Ce n'est pas la première fois que nous essuyons un grain, n'est-ce-pas ? Tu te rappelles le détroit de Malacca ?
- Oh que oui ! S'écrie-t-il
Richard
a l'impression que c'était hier. La mousson du sud-ouest leur était
tombée dessus à peine sortis du détroit. Ils venaient tout juste
de quitter Singapour après une semaine dans la fourmilière
indonésienne. Des bourrasques de vent remplis de spectres qui les
avaient proprement lessivés, une lutte sans merci en tirant des
bords presque plats afin de gagner une meilleure latitude, les alizés
de l'océan indien. Près de vingt huit jours dans les montagnes
russes à la bave laiteuse et aux crocs acérés jusqu'à cette vingt
neuvième aube où ce souffle clair aux effluves océanes avait
libéré sa main de la drisse de la grand voile. Puis, le vent
s'était infléchi à l'ouest pour presque disparaître. Le voilier
s'était relevé intact de cette lutte, écoutes choquées balançant
au gré de l'alizé dans une mer calme aux reflets d'argent.....on
avait survécu à la mousson. Seule victime, le stock de café pour
survivre à l'enfer de Malacca.
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