Sitôt
atterri sur le tarmac du petit aérodrome de la Flight Company, passé
le poste militaire, Richard et Mai louent une vieille Norton pour
trente cinq mille dongs et entament la descente des différents
phuongs conduisant à la baie. Les artères de Vungtau sont
rectilignes ; ils n'ont aucune peine à suivre, tel Panurge, le
flot incessant des vélos se dirigeant vers la plage. Le soleil les frappe de plein fouet lorsqu'ils abordent la large voie de
circulation qui entoure la péninsule. Après avoir laissé la moto
devant le Royal Hôtel, ils se mettent à la recherche du voilier
parmi la multitude désordonnée de bateaux qui occupent Ganhrai Bay.
Chris
et Moon devraient être arrivés.
En effet, ils les aperçoivent près
du promontoire de débarquement, agitant frénétiquement les mains.
En
fin d'après midi, reposée, restaurée au Royal Hôtel, Mai décide d'aller avec Richard rendre visite à Châu Loan, la seule amie de ses années d'école qui restait au Vietnam tandis que Chris et Moon vont devoir s'occuper du ravitaillement pour un nouveau départ prévu dans deux jours.
Après
avoir enfourché la Norton, les voilà partis pour la petite « nia »
près la cascade de Xuan Son. En suivant la large route jouxtant la
côte, Mai respire à pleins poumons les embruns de la Mer de Chine.
Enlaçant la taille de Richard, la tête posée contre lui, elle
ferme les yeux et se repasse en film des souvenirs.
Certains
baignent dans une atmosphère pleine de tendresse, de sérénité ;
d'autres, fugaces, le sont moins ce qui renfrogne son joli petit nez
et plisse son regard....mais seulement un court instant car aussitôt
elle replonge dans ses moments de bonheur tels les derniers où,
profitant des clairs de lune, elle quittait en douce le village pour
rejoindre son « nougoai » en passant par les collines de
Nui-Lon.
Elle revoit les allées de bougainvilliers qui conduisent au
phare Haidang, le chemin serpentant jusqu'au promontoire de bois ;
il lui arrive aussi d'entendre le chant d'une marouette, ce qui
l'avait rasséréné dans ce paysage inquiétant, en noir et blanc et
qui l'avait accompagné jusqu'à Richard...l'homme de son destin.
La
nuit est déjà tombée lorsqu'ils parviennent chez Châu Loan. La
maison est plongée dans l'obscurité. Richard remarque la barrière
de bois vermoulu à demi arrachée, une partie du toit est effondré
et nul bruit ne leur parvient à part celui de la cascade. Richard
sent derrière lui Mai frissonner. Il est temps de se bouger. De sa
voix de stentor, Il appelle....
-Châu
Loan ! Châu Loan ?!!!! C'est Mai !
mais
nul écho. Il s'avance, tente une approche jusqu 'à la porte
d'entrée et frappe trois coups secs contre le battant. Toujours
rien.
Soudain, Richard fait un pas de côté. Un chat noir, tapi dans
l'ombre, s'enfuit ventre à terre, maugréant et crachant d'avoir
été dérangé.
De
la moto, Mai l'appelle....elle a vu la scène.
-Richard !
Viens ! s'il te plaît ! Vite ! Allons nous en !
Ce
n'est pas une invite...c'est une prière. Sa voix est hachurée,
douloureuse, comme une plainte.
Richard
s'exécute. Mai a peur...et c'est plutôt rare.
Mais
Richard le sait. Les vieux fantômes de la superstition refont surface...un chat noir près d'une demeure est mauvais présage.
Des
nuages masquent la Lune, ce qui rajoute une note d'angoisse à
l'atmosphère pesante du lieu.
Quelques
instants plus tard, ils sont à nouveau sur la route qui les ramène
à Vung Tau...vers la civilisation. Derrière lui, Mai est plus
calme....elle renaît à la vie.
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