Installé
près de l'âtre, Richard regarde les dernières braises se
consumer. Absorbé par le crépitement erratique des soubresauts
incandescents, il n'entend pas les pas feutrés de Mai s'approcher
de lui. La finaude veut-elle le surprendre ou l'éclat de l'acier
dans sa main a-t-il son importance ?
Arrivée
à quelques pas, elle s'élançe soudain, l'arme en avant mais le
déplacement d'air causé par la dynamique fait réagir Richard qui se
redresse vivement, évitant le coup fatal mais la lame, mue par
l'inertie, lui entaille le bras. Il tombe à la renverse et heurte
durement de l'épaule la lourde table en chêne. Mai est sur lui et
s'apprête à lui porter un second coup lorsque Richard, dopé par
l'adrénaline reprend prestement ses esprits et d'un « juji
uke » bloque son bras meurtrier.
-Mai !
hurle-t-il....c'est moi !...c'est moi...ma douce !
Mai
demeure tétanisée un court instant, tremblante, surprise par son
geste. Elle lâche le couteau, ce couteau qui lui semble à présent étranger,
essuie fébrilement ses mains teintées de rouge sur son chemisier et gagne en courant les étages. A peine remis de ses émotions,
Richard s'élançe à sa poursuite pour la rassurer tout en
réfléchissant sur la situation étrange qui n'a pas cessé
d'évoluer depuis la veille.....
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Après
vingt jours de mer, ils avaient décidé de mouiller au large de la
baie de Dam Trau à environ 250 kilomètres à vol d'oiseau de
Saïgon. L'île, face au delta du Mékong, possédait un petit
aéroport. Richard avait dû l'emprunter cinq ans auparavant à différentes reprises pour
gagner Nha Trang avant de s'enfoncer dans les montagnes de Hon
Ba...un voyage d'affaires un tantinet spécial....en toute légalité.
Après
concertation, ils s'étaient partagés la tâche. Chris et Moon
amènent le voilier jusqu'à Ganhrai Bay. Richard et Mai gagnent la
presqu'île de Vungtau par les airs et terminent le reste du chemin
par la route jusqu'à la baie des cocotiers.
En
quittant Dam Trau, Richard regarde avec tendresse le bras de mer qui
le sépare du delta. Mai, à ses côtés, lui serre doucement le
bras. Ce qu'il voit dans ses yeux se passe de commentaire. Elle se
souvient de ses sorties nocturnes pour le rejoindre, rejoindre
Richard, le « nougoai », le seul et unique amour de sa
vie.
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