jeudi 25 décembre 2014

La faille temporelle



-J'ai besoin d'un verre... fais-je en me laissant tomber lourdement sur un siège, devant la grande table remplie de petits plats abondamment garnis.

Un moment après...

Mai tourne et retourne la cuillère de miel dans la tasse de thé encore fumante tandis que je tapote en mesure la table attendant que Nuyen, qui s'est absentée, entame l'explication promise que nous attendons avec impatience depuis notre descente de l'étage.

Au bout de quelques instants, Nuyen revient de ses appartements, un coffre en bois précieux magnifiquement ouvragé sous son bras, qu'elle dépose délicatement sur un coin de la table en terminant d'un spontané « voilà...maintenant, on peut y aller... »

-Te rappelles-tu...Mai...ta grand-mère ?

-pas trop....elle est décédée avant ma naissance....pourquoi ?

-Plus tard....réponds Nuyen....et ton grand-père ?...t'en souviens-tu ?

-pas vraiment...sinon par ce que m'en a dit maman. Je ne l'ai pas connu mais elle m'en parlait comme d'un homme bon et généreux, plein de ressources, qui l'aimait beaucoup. Il, semble t-il, était médecin et responsable d'un hôpital en Cochinchine. Il était aussi propriétaire d'une petite plantation d'hévéas. C'est tout ce que j'en sais. Maman n'était guère prolixe sur ses origines...bien qu'elle ait eut une jeunesse heureuse mais ça, tu le sais aussi bien que moi puisque vous avez été élevées ensembles...alors, je réitère...pourquoi ?

Nuyen élude la question et continue sur sa lancée...

-Ma sœur...ta mère, avant de décéder, m'a laissé quelques photos et papiers de grand-mère et de son grand amour qu'était ton grand-père.....je les ai conservées jalousement jusqu'à ce jour. J'avais pour devoir de te les montrer lorsque le moment s'y prêterait....ce moment est arrivé de par l'expérience que vous avez vécus...ce soir...mes chers enfants.

Puis elle étale quelques photos devant nous et attend...notre réaction.

Cette dernière est immédiate.

-C'est une plaisanterie ?..... dis je en regardant Nuyen, le visage légèrement défait. Quant à Mai......elle est ébranlée et s'écroule soudain, vaincue par l'émotion.

Le temps de la surprise passée, Mai ayant repris ses esprits, nous nous penchons tous les deux sur ces photos surréalistes si jalousement gardées...et pour cause...par Nuyen.

La première photographie représente deux personnes, un homme et une femme. L'homme...c'est tout simplement MOI ou un sosie si parfait qu'il me ressemble de façon incroyable, habillé d'un costume 1900 avec redingote, les poings sur les hanches façon conquérant, le buste légèrement penché vers l'arrière. Quant à l'autre personne, c'est tout simplement MAI en miroir, vêtue d'une robe blanche à demi-crinolines parsemée de petites fleurs de tissu rose pâle. Sa longue chevelure ébène est ramassée en une tresse unique ramenée vers un bustier échancré dont le contenu.... est d'un naturel avantageux.

La seconde montre les mêmes personnages avec, en toile de fond une ville reconnaissable à sa tour montant vers les nuages et au pied de laquelle s'étale.....Paris. La photo, à la patine jaunie, est prise du parvis de la basilique de Montmartre. On y aperçoit quelques péquins en costume trois pièces et haut de forme auxquels d'élégantes dames à grands chapeaux tiennent le bras, ombrelle au vent. Un homme, visiblement jeune, est monté sur un grand bi et, d'un air hautain se fraye un chemin à lente allure.

Comment est-ce possible ? Un tel anachronisme défie toutes les lois naturelles de la génétique comme celles de la relativité restreinte.

Et si Einstein avait tort...Et si la vitesse de la lumière franchissait le seuil des 300000 kms par seconde...si le voyage à travers le temps était possible......tous ces conditionnels qui me flanquent le tournis sont à cent lieues de toute logique mathématique, mais alors...comment expliquer ce qui nous arrive ?


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