-J'ai
besoin d'un verre...
fais-je en me laissant tomber lourdement sur un siège, devant la
grande table remplie de petits plats abondamment garnis.
Un
moment après...
Mai
tourne et retourne la cuillère de miel dans la tasse de thé encore
fumante tandis que je tapote en mesure la table attendant que Nuyen,
qui s'est absentée, entame l'explication promise que nous attendons
avec impatience depuis notre descente de l'étage.
Au
bout de quelques instants, Nuyen revient de ses appartements, un
coffre en bois précieux magnifiquement ouvragé sous son bras,
qu'elle dépose délicatement sur un coin de la table en terminant
d'un spontané « voilà...maintenant,
on peut y aller... »
-Te
rappelles-tu...Mai...ta grand-mère ?
-pas
trop....elle est décédée avant ma naissance....pourquoi ?
-Plus
tard....réponds Nuyen....et ton grand-père ?...t'en
souviens-tu ?
-pas
vraiment...sinon par ce que m'en a dit maman. Je ne l'ai pas connu
mais elle m'en parlait comme d'un homme bon et généreux, plein de
ressources, qui l'aimait beaucoup. Il, semble t-il, était médecin
et responsable d'un hôpital en Cochinchine. Il était aussi
propriétaire d'une petite plantation d'hévéas. C'est tout ce que
j'en sais. Maman n'était guère prolixe sur ses origines...bien
qu'elle ait eut une jeunesse heureuse mais ça, tu le sais aussi bien
que moi puisque vous avez été élevées ensembles...alors, je
réitère...pourquoi ?
Nuyen
élude la question et continue sur sa lancée...
-Ma
sœur...ta mère, avant de décéder, m'a laissé quelques photos et papiers de grand-mère et de son grand amour qu'était ton grand-père.....je
les ai conservées jalousement jusqu'à ce jour. J'avais pour devoir
de te les montrer lorsque le moment s'y prêterait....ce moment est
arrivé de par l'expérience que vous avez vécus...ce soir...mes chers
enfants.
Puis
elle étale quelques photos devant nous et attend...notre réaction.
Cette
dernière est immédiate.
-C'est
une plaisanterie ?..... dis je en regardant Nuyen, le visage
légèrement défait. Quant à Mai......elle est ébranlée et
s'écroule soudain, vaincue par l'émotion.
Le
temps de la surprise passée, Mai ayant repris ses esprits, nous nous
penchons tous les deux sur ces photos surréalistes si jalousement
gardées...et pour cause...par Nuyen.
La
première photographie représente deux personnes, un homme et une
femme. L'homme...c'est tout simplement MOI ou un sosie si parfait
qu'il me ressemble de façon incroyable, habillé d'un costume 1900 avec redingote, les
poings sur les hanches façon conquérant, le buste légèrement
penché vers l'arrière. Quant à l'autre personne, c'est tout simplement MAI en miroir, vêtue d'une robe blanche à
demi-crinolines parsemée de petites fleurs de tissu rose pâle. Sa
longue chevelure ébène est ramassée en une tresse unique ramenée
vers un bustier échancré dont le contenu.... est d'un naturel
avantageux.
La
seconde montre les mêmes personnages avec, en toile de fond une
ville reconnaissable à sa tour montant vers les nuages et au pied de
laquelle s'étale.....Paris. La photo, à la patine jaunie, est prise
du parvis de la basilique de Montmartre. On y aperçoit quelques
péquins en costume trois pièces et haut de forme auxquels
d'élégantes dames à grands chapeaux tiennent le bras, ombrelle
au vent. Un homme, visiblement jeune, est monté sur un grand bi et, d'un air hautain se fraye un chemin à lente allure.
Comment
est-ce possible ? Un tel anachronisme défie toutes les lois
naturelles de la génétique comme celles de la relativité
restreinte.
Et
si Einstein avait tort...Et si la vitesse de la lumière franchissait le
seuil des 300000 kms par seconde...si le voyage à travers le temps
était possible......tous ces conditionnels qui me flanquent le
tournis sont à cent lieues de toute logique mathématique,
mais alors...comment expliquer ce qui nous arrive ?
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire