dimanche 23 novembre 2014

Le chat




-Maintenant....une autre question me vient à l'esprit...sur le tirage que nous venons d'examiner....le flou sur le côté gauche... et cette ombre blanche....c'est quoi ?

-Tu as pu bouger...ça expliquerait cette partie de l'image.....

-Impossible ! Si j'avais bougé, c'est toute la photo qui serait floue ! et ça n'explique pas cette ombre...

-Tu ne penses pas que....

-non ! grands dieux..non ! Je sais à quoi tu penses.... restons rationnels ! Il y a forcément une autre explication....une défaillance technique de l'appareil peut-être ?.... pour l'instant, je n'ai aucune hypothèse sauf la plus farfelue !

Un ange passe....

soudain....une odeur de fumée monte jusqu'à nos narines.

-vous ne sentez pas une odeur de fumée ? Dis je de manière innocente...

-mes nems !.....mes banh xeo !...s'écrie Nuyen, levant les bras au ciel et dévalant le grand escalier quatre à quatre...

Mai pouffe de rire à cette démonstration burlesque ce qui ne manque pas de faire boule de neige...

Nuyen se retourna subitement et lança, comme s'adressant à des enfants...

-petits chenapans !
Puis, plus sérieusement, plus discrètement...comme pour Elle

-attention...mes enfants...n'allez pas trop loin....que Bouddha vous garde....
........

Nous allions redescendre lorsque mon attention est attirée par une ombre furtive se déplaçant le long des tentures du vaste hall.
Discrètement, je fais signe à Mai.

De son pas tranquille, un greffier s'en allait, reniflant chaque coin de la pièce ou sautillant parfois sur des souris imaginaires puis soudain il disparaît comme avalé par une tenture.
Surpris par cet entrechat, nous gagnons le lieu de la disparition et surprise, une porte se matérialise devant nous. Nous la poussons et la bibliothèque apparaît à nos yeux.

Mai me regarde, muette, me faisant comprendre par gestes qu'elle s'excuse de son manque de confiance en moi....et, après concertation, nous entrons.

Le chat est là, assis à côté du fauteuil d'où montent des volutes de fumée acres et nauséabondes...pour nos pauvres narines.

J'avance une parole....

-Colonel ?!.....

Comme mû par un ressort, ce dernier saute de son fauteuil et nous regarde, interloqué...
-Que diable faites vous chez moi ?!....et qui êtes vous ?...

Surpris, nous le sommes. L'homme qui nous fait face est le fameux colonel mais avec quelques vingt années de moins que la première fois où je l'ai rencontré.

L'élément de surprise passé, nous engageons la conversation en êtres civilisés que nous sommes.

Il semblerait au vu de ses explications que j'ai exagéré un tant soit peu le grade de ce « futur colonel » et qu'il ne soit en fait que capitaine ; qu'il vient tout juste de louer en profitant d'une permission la grande maison du dignitaire chinois et s'apprête à repartir vers les Indes où il commande une compagnie de Gurkhas du Raj britannique.

Si son explication s'avère difficile à croire pour nos pauvres oreilles, il en de même pour lui car nous voici transportés, par je ne sais quel phénomène temporel, en 1867 du temps de la révolte des Cipayes.
Cet anachronisme a de quoi nous dérouter et Mai se sent de plus en plus fébrile à l'idée que nous ne puissions pas retourner dans notre époque. Pour cela, après quelques minutes de conversation,
nous prenons, semble-t-il, congé du capitaine et regagnons plus facilement que je ne pensais notre époque... à notre grand soulagement.

Toutefois, nous n'avions pas compté sur un élément clé de cette intrusion temporelle : le passage entre les deux époques aussi fluide qu'il puisse être a provoqué une distorsion du temps et une dissociation physique de nos entités avec pour conséquence : un double de nous-mêmes resté prisonnier.....en 1867. Nous demeurons interdits devant cette image car, avant que le passage ne se referme, nous les apercevons en pleine discussion avec l'officier britannique. Si nous avons les mêmes visages, la tenue vestimentaire a changé....la mode au 19° n'est pas vraiment seyante...il faut le voir pour le croire ! Brrr...ça fait froid dans le dos !

Une voix se fait entendre derrière nous.

-Je vous avais dit, Richard, de ne pas insister sur cette bibliothèque......Hélas, maintenant, impossible de revenir en arrière....mes chers enfants...

-Vous le saviez ?! fais je, un peu courroucé

Mai renchérit :

-Tatie ?!!!!.......

-Oui !....oui...je le savais mais je comptais sur votre renoncement...et non votre opiniâtreté....

-c'est bien mal me connaître...Nuyen...je ne laisse JAMAIS rien tomber. Je suis comme un bouledogue, une fois que j'ai mordu dans une affaire intéressante, je vais jusqu'au bout...Mai vous le dira !
.et maintenant ?

-Venez... dit-elle...je vais TOUT vous dire.
Le soir est tombé. Je regarde ma montre. Sept heures se sont écoulées depuis l'intrusion alors que nous y sommes restés qu'une dizaine de minutes....pourrais-tu m'expliquer... Einstein ?

-Vous avez quelle heure...Tatie ?

-20 heures 45. Pourquoi ?...

-Pour rien...merci !

Et de ce pas, nous gagnons le salon éclairé par le grand lustre où, déjà, des rafraîchissements et une table bien garnie nous attendent en prévision d'une longue soirée et d'une longue nuit.





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