vendredi 26 décembre 2014

La courbure du temps


Je tourne et retourne les photos dans mes mains. Je tremble légèrement. Dubitatif, je ne veux pas y croire encore et pourtant, quoi de plus probant qu'un visuel qui semble non retouché. L'aspect paradoxal m'apparaît dans toute sa splendeur...je suis à la fois ici dans ce présent qui me sied tout-à-fait...et je suis là...sur ce papier des années 1900 à la texture sépia particulière....à prés d'un siècle de différence.

Mai, qui s'est tue jusqu'à présent semble se réveiller et l'exprime plaisamment à sa façon...

-Elle est jolie cette robe ! Un vrai chef d’œuvre... et elle me va comme un gant !...

ce à quoi, je rétorque :

-Si tu savais..mon cœur...le temps qu'il faut passer pour enfiler ce « chef d’œuvre »...tu l'apprécierais bien moins....toi qui es toujours pressée...

Quelques instants plus tard...

Je viens de faire le point. Mes idées sont plus claires même si mon pragmatisme en a pris un coup. Je ne peux changer ce qui a été... démolir un édifice dans lequel on se trouve, c'est assurément pas la solution intelligente. Par contre, y apporter quelque aménagement sans toucher à l'aspect paradoxal du temps serait plus adéquat mais il faut que nous en parlions tous ensembles...cependant, une bonne nuit de sommeil est nécessaire après l'émotion provoquée par cette révélation.
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La nuit est claire mais je n'arrive pas à dormir. Les hypothèses s'entrechoquent dans ma tête. Mai dort profondément. Je me lève et rejoins le premier étage. Tout est tranquille. La tenture ne laisse apparaître que la cloison. Déçu, je redescends au salon et m'attable lorsque....

-Vous ne pouvez pas dormir, vous aussi...n'est-ce-pas ?

Nuyen se tient dans l'embrasure de la porte, vêtue d'un ao-dai d'une blancheur virginale agrémenté aux extrémités d'un mince liseré or.

-pas vraiment...fais-je. Cette histoire est tout simplement invraisemblable. Je sais que mathématiquement, tout est possible mais de la théorie à la pratique...il y a un fossé...aussi vaste que le Grand Canyon....

-Vous avez parlé d'une faille...Richard...qu'entendez vous par là ?

-eh bien...dans la théorie générale, il existe des probabilités à condition que l'on ôte au temps toutes les propriétés qu'on lui connaît. On a décrété que le temps était le seul et le même dans tous les univers mais il est plus que probable que des temps d'écoulements différents coexistent ce qui détermine des univers différents qui jamais ne devraient se percevoir, On sait aussi qu'il s'écoule toujours dans le même sens et qu'il permet de distinguer sans équivoque le passé et le futur. Mais....ce qui se passe...je crois...c'est qu'il peut exister une déformation de l'espace-temps laissant apparaître des tunnels temporels dans lesquels nous pourrions nous immiscer et explorer notre propre passé....Hélas, cette incursion conduit à des paradoxes troublants...

-C'est-à-dire ?

-Eh bien....mettons que je m'implique dans ce passé et que je commette un acte qui n'a aucune légitimité dans mon propre futur..comme provoquer la mort de mon père...enfant.

-ah oui !...vous ne seriez pas né !

-Vous avez saisi. Bravo ! Mais tout cela....c'est une théorie...encore faut-il le démontrer même si j'ai été mis en présence physique et indiscutable de celle-ci....

-Ah...vous voilà....de quoi parliez vous ?

Mai est accoudée au chambranle de la porte, complètement réveillée dans un pyjama...rempli de Teddy.

Et, dans le creux de mon oreille...avant de s'asseoir...

-Vilain....tu t'amuses sans moi...mon cœur ?

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