Je
tourne et retourne les photos dans mes mains. Je tremble légèrement.
Dubitatif, je ne veux pas y croire encore et pourtant, quoi de plus
probant qu'un visuel qui semble non retouché. L'aspect paradoxal
m'apparaît dans toute sa splendeur...je suis à la fois ici dans ce
présent qui me sied tout-à-fait...et je suis là...sur ce papier
des années 1900 à la texture sépia particulière....à prés d'un
siècle de différence.
Mai,
qui s'est tue jusqu'à présent semble se réveiller et l'exprime
plaisamment à sa façon...
-Elle
est jolie cette robe ! Un vrai chef d’œuvre... et elle me va
comme un gant !...
ce
à quoi, je rétorque :
-Si
tu savais..mon cœur...le temps qu'il faut passer pour enfiler ce
« chef d’œuvre »...tu l'apprécierais bien
moins....toi qui es toujours pressée...
Quelques
instants plus tard...
Je
viens de faire le point. Mes idées sont plus claires même si mon
pragmatisme en a pris un coup. Je ne peux changer ce qui a été...
démolir un édifice dans lequel on se trouve, c'est assurément pas
la solution intelligente. Par contre, y apporter quelque aménagement
sans toucher à l'aspect paradoxal du temps serait plus adéquat mais
il faut que nous en parlions tous ensembles...cependant, une bonne
nuit de sommeil est nécessaire après l'émotion provoquée par
cette révélation.
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La
nuit est claire mais je n'arrive pas à dormir. Les hypothèses
s'entrechoquent dans ma tête. Mai dort profondément. Je me lève et
rejoins le premier étage. Tout est tranquille. La tenture ne laisse
apparaître que la cloison. Déçu, je redescends au salon et
m'attable lorsque....
-Vous
ne pouvez pas dormir, vous aussi...n'est-ce-pas ?
Nuyen
se tient dans l'embrasure de la porte, vêtue d'un ao-dai d'une
blancheur virginale agrémenté aux extrémités d'un mince liseré
or.
-pas
vraiment...fais-je. Cette histoire est tout simplement
invraisemblable. Je sais que mathématiquement, tout est possible
mais de la théorie à la pratique...il y a un fossé...aussi vaste que le
Grand Canyon....
-Vous
avez parlé d'une faille...Richard...qu'entendez vous par là ?
-eh
bien...dans la théorie générale, il existe des probabilités à
condition que l'on ôte au temps toutes les propriétés qu'on lui
connaît. On a décrété que le temps était le seul et le même
dans tous les univers mais il est plus que probable que des temps
d'écoulements différents coexistent ce qui détermine des univers
différents qui jamais ne devraient se percevoir, On sait aussi qu'il s'écoule
toujours dans le même sens et qu'il permet de distinguer sans
équivoque le passé et le futur. Mais....ce qui se passe...je
crois...c'est qu'il peut exister une déformation de l'espace-temps
laissant apparaître des tunnels temporels dans lesquels nous
pourrions nous immiscer et explorer notre propre passé....Hélas,
cette incursion conduit à des paradoxes troublants...
-C'est-à-dire ?
-Eh
bien....mettons que je m'implique dans ce passé et que je commette
un acte qui n'a aucune légitimité dans mon propre futur..comme
provoquer la mort de mon père...enfant.
-ah
oui !...vous ne seriez pas né !
-Vous
avez saisi. Bravo ! Mais tout cela....c'est une théorie...encore
faut-il le démontrer même si j'ai été mis en présence physique
et indiscutable de celle-ci....
-Ah...vous
voilà....de quoi parliez vous ?
Mai
est accoudée au chambranle de la porte, complètement réveillée
dans un pyjama...rempli de Teddy.
Et,
dans le creux de mon oreille...avant de s'asseoir...
-Vilain....tu
t'amuses sans moi...mon cœur ?
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