vendredi 2 janvier 2015

DESTIN

FAIRE-PART de NAISSANCE

Monsieur et Madame Richard Desmond sont heureux de vous annoncer la naissance de leur petite Mai Lan, SuYin, Patricia

Elle a la peau blanche comme la neige,
les joues roses comme des pommes
et les cheveux de jais de sa maman.

Notre petite Mai Lan, SuYin, Patricia
a vu le jour le 05 mai à 06h40.
Elle pèse 2,650kg et mesure 43cm.

C'était il y a un mois déjà. Mai était ressortie très affaiblie de l'accouchement. Un planning surbooké, le stress accumulé par nos derniers voyages, son refus de repos post-natal et les nuits blanches passées n'avaient rien arrangé.

Un matin, alors que le soleil illuminait notre chambre, je m'étais levé comme d'habitude, étiré et gagné, encore endormi, la salle de bains en silence, désireux de laisser dormir Mai. Notre petit ange, quant à elle, devait dormir profondément après une nuit exceptionnellement agitée, ce qui m'avait contraint, comme un somnambule, à descendre à la cuisine pour un ième biberon.
Quelques minutes plus tard, je ressortais lavé, rasé et en meilleure forme pour affronter une journée très particulière : accueillir à Tan Son Nhat Airport la marraine de notre petite Mai : Soo.

J'ai su, en voyant le milieu de lit qu'un drame s'était produit dans la nuit ...une large auréole d'un rouge carmin s'étalait sur le drap de soie blanche. Une odeur âcre très reconnaissable, l'aspect cireux de mon âme sœur et la fixité de son regard perdu dans le vide ont fini par annihiler toute énergie, me laissant sans voix, sans force. Une boule d'angoisse m'enserrait la gorge devenant plus envahissante à mesure que je prenais conscience du drame. Jamais je n'avais connu ça même dans les situations les plus périlleuses qui m'avaient amené à côtoyer de près la mort. Je me sentais si faible qu'un enfant aurait pu me faire tomber sans que je réagisse. Ma tête était compressée comme enserrée dans un carcan brûlant. A ce stade, j'ai su qu'il fallait absolument que j'évacue cette soupape qui me servait de cerveau et...j'explosais dans un cri long et déchirant, m'arrachant un torrent de larmes, les premières depuis... mon enfance ce qui finit par réveiller Nuyen et toute la maison.
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Penché au balcon du premier, je regardais d'un œil absent la vague déferlante de petites gens venus présenter sous la pluie leurs condoléances ; même si Mai leur était étrangère, ils étaient venus par déférence pour Nuyen, sa tante qu'ils connaissaient bien.

Soo était venue en taxi de l'aéroport, consciente qu'une raison bien particulière avait dû nous empêcher de venir la récupérer. Mise en présence du drame, la petite était devenue inconsolable, sa grande sœur du camp n'était plus...

Même le temps était de la partie. Un temps gris, sale, entrecoupé de grains perlés et humides qui martelaient les grandes feuilles de lotus de l'étang en un tempo monocorde et répétitif.

Absorbé par des idées noires, les yeux noyés par le chagrin, je réagis à peine lorsque une main se posa sur mon épaule. Je m'essuyais brusquement, désireux de conserver un semblant de dignité, laquelle fondait comme neige au soleil... c'était peine perdue. Chris était venu avec Moon.
-laisses toi aller frérot...m'avait-il dit simplement d'une voix étranglée par l'émotion et nous nous étions étreints de longues minutes..sans un mot.

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Juin venait de commencer. La petite Mai et moi étions repartis en France, histoire de changer de latitude et revoir les amis que j'avais laissé depuis plus de dix ans.

Nous y sommes restés sept ans...sept années de réflexion avant d'entamer une nouvelle fois un périple qui allait nous conduire à travers l'Asie, en commençant par la Thaïlande. J'avais pris quelques années et un sacré coup de vieux. La disparition de la maman de notre petit ange Mai second, m'avait profondément affecté et demeurait encore comme une plaie qui n'allait jamais se refermer en mon cœur.

Moon et Chris étaient restés à Hong-Kong où ce dernier exerçait en transit la fonction de délégué permanent à l'Unesco pour le compte des Nations Unies.

Soo avait rejoint son petit havre de paix philippin et Nuyen passait les trois quarts de l'année dans sa grande maison de Saïgon. Quant au dernier quart...Dieu sait où elle allait !!!!!

(épisode qui fait suite : l'orchidée rouge)

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