..................
-Voilà !...
j'ai fini...... regardons ensemble les tirages...dis-je en agitant
bien haut les épreuves à peine sèches.
Mai
et Nuyen se regroupent près de guéridon où j'ai étalé « mes
cinq preuves ».
Sur
la première, on aperçoit l'ensemble de la bibliothèque avec ses
quatre rangées de livres aux trois coins de la pièce. Au centre, le
dosseret du fauteuil-crapaud en cuir fauve dont j'avais aperçu lors de mon
premier passage la patine terne, les accoudoirs tâchés et lustrés
par les fréquentes caresses manuelles....près d'un écritoire en
bois à droite et une bergère Louis XV au tissu brocardé élimé
par le temps à gauche.
Sur
la seconde, une table bar mappemonde à roulette du 18° en acajou.
Au pied du fauteuil, une chaufferette en cuivre rouge semble attendre
les braises de l'âtre. Occupant la quasi totalité du mur du fond,
la fameuse cheminée avec ses deux chenets face de dragon en bronze à
demi-enfoncés dans les cendres ; Quant aux tisonnier, pelle et
longue pince enrubannée d'une lanière de cuir pour une meilleure
saisie, ils sont bien rangés dans le serviteur en cuivre placé
contre le jambage. La base, en pierre, repose sur un parquet en point
de Hongrie verni et rutilant.
La
troisième montre les inscriptions latines sur le manteau supportant
les corbeaux ouvragés d'arabesques....et de signes cabalistiques.
On
aperçoit sur la quatrième le fronton avec le portrait et le nom de
J.Churchward écrit en cyrillique.
La
dernière est la plus énigmatique et, au demeurant, la plus
saisissante. La partie gauche de la photo est légèrement floue et
montre une ombre blanche qui semble se déplacer vers l'objectif. Par
contre, le côté droit est net et l'on peut apercevoir le fond de
l'âtre et le contrecœur en fonte noirci par le feu. De chaque côté,
les jambages sont légèrement convexes et supportent deux lourds
anneaux de cuivre.
-Qu'en
pensez vous?dis-je, dubitatif
Nuyen
tourne et retourne les photos, les rassemble et les étale à
nouveau comme une cartomancienne puis, sans un mot, lève les bras au
ciel dans cette impuissance qui sied à tout problème
indissoluble....
Mai
est plus attentive et dissèque avec une loupe de diamantaire chaque épreuve,
comme le ferait un photographe professionnel,.
Soudain
au bout d'un moment, elle s'écrie, en souriant :
-J'ai
trouvé !....
Puis,
nous faisant face, elle secoue une photo en disant :
-Je
sais ce qui cloche dans ce papier...qui mérite notre attention !
Et,
de facto, elle nous montre, en pointant du doigt l'élément qui a
suscité sa joie.

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