Deux jours se sont écoulés. Dehors, la pluie a cessé . Le quartier
retrouve ses habituels petits commerces accolés aux devantures de
magasin. Mai et Nuyen sont parties au marché flottant acheter
quelques denrées pour le dîner et quelques fleurs de lotus pour
décorer le long couloir du premier étage.
Muni
d'un appareil photographique, J'en profite pour inspecter ce dernier,
persuadé que je n'ai pas rêvé., en espérant toutefois parvenir à
élucider la disparition visuelle de la bibliothèque fantôme avant
le retour de ces dames.
J'écarte
la tenture rouge sensée cacher l'ouverture et là, quelle n'est pas
ma surprise... La poignée est bien là, devant moi. Pourquoi
n'est-elle pas apparue avec Mai et Nuyen ? Je la pousse
doucement faisant apparaître les hautes rangées de livres anciens.
Une odeur de vieux tabac flotte dans l'air, odeur que je n'avais pas
sentie lors de mon premier passage. Je fais quelques photos afin de
démontrer à ces ravissantes moqueuses que ma tête est encore sur
mon épaule et surtout bien solide. A peine suis-je entré qu'une
voix s'élève :
Devant
mon air un peu décontenancé, il poursuit :
L'homme
qui me fait face a la cinquantaine bien entamée, les trempes
grisonnantes, le visage ouvert, un peu blême faisant ressortir une
moustache bien fournie surplombant une barbiche à la Napoléon III
Je
balbutie...
-Par..pardon ?
Il
s'avance et me tend la main...
-Français...n'est-ce-pas ?
Colonel James Churchward....monsieur ?…vous êtes sans doute
le régisseur ?....vous venez pour le loyer ? Oui..je
présume...tenez !
Il
cherche à l'intérieur de sa redingote et en sort une enveloppe
qu'il me tend.
-Voici...trois
mois d' avance, comme convenu avec son excellence ...trois
livres, une livre par mois...nous sommes bien d'accord ?
-Euh....oui !
Bien sûr....mais...
Il
tranche net...
-Bon !
C'est bien. Maintenant, avec votre permission...j'ai du travail qui
m'attend...veuillez me laisser.
Et
il ajoute....
-Vous
n'êtes guère bavard...mon vieux !
Sur
ces entrefaites, une voix s'élève, du rez de chaussée....
-Richard ?
Mai....
Un peu groggy, désorienté par la rapidité de notre
dialogue...plutôt à sens unique, je quitte la pièce et descend
quatre à quatre le grand escalier de bois.
Mai
me regarde bizarrement.
-Qu'y
a t-il...mon cœur.... ? Tu as l'air préoccupé...tu es blanc
comme un linge...on dirait que tu viens de voir un fantôme !....
-Tu
crois si bien dire...affirme-je
puis
je la prends par la main et regagne à nouveau le second.
-Viens !..je
vais te présenter une personne...
Mais
le sort s'acharne à nouveau ….La bibliothèque a nouveau disparu.
On nage en plein mystère.
Nuyen,
sur ces entrefaites, arrive.
-Toujours
à chercher cette bibliothèque fantôme Richard...fait-elle.....
ironique.
-Eh
oui......rétorque-je..mais cette fois..j'ai une preuve...
Je
sors l'enveloppe de ma veste et la lui tend.
Elle
contient trois billets d'une livre sterling et un mot....ainsi rédigé
Your
Excellency,
Under the terms agreed and granted between his Excellency and myself, I am grateful to find in a quarter fold rent is three pounds sterling.
Wishing you care about its reception,
Please accept, Your Excellency, the assurances of my highest consideration.
Remaining in your debt,
Colonel J.Churchward
Officer of the 9th Royal Lancers Regiment Delhi
and his most gracious Majesty
Queen Victoria 1
Empress of India
Under the terms agreed and granted between his Excellency and myself, I am grateful to find in a quarter fold rent is three pounds sterling.
Wishing you care about its reception,
Please accept, Your Excellency, the assurances of my highest consideration.
Remaining in your debt,
Colonel J.Churchward
Officer of the 9th Royal Lancers Regiment Delhi
and his most gracious Majesty
Queen Victoria 1
Empress of India
Pour
la seconde fois, un silence monacal s'installe sur l'étage
mystérieux. Dehors, la pluie vient de fondre sur Saïgon, drue et
chaude martelant les tôles des commerçants de la rue Nguyen Trai.
-Tiens....
pense-je tout haut...je n'ai pas entendu le calao !
....mais
pourquoi ai-je dit cela ?
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