Quelle
que soit la route que l'on prend, le destin nous attend sur chacune
de ces routes....
Saïgon-La
tante de Mai s'appelle Nuyen. Elle habite une maison en bois rouge de
style colonial entourée d'un mur et située dans l'ancien quartier
de Cho-lon. En revenant de Philadelphie où elle passa une dizaine
d'années, sur la route qui rejoignait l'ancienne capitale de la
Cochinchine, elle eut le coup de foudre pour cette bâtisse à un
étage ceinturé d'un imposant balcon en teck, balcon qu'elle allait
garnir ultérieurement de vasques émaillées de jade et remplies de
fleurs aux couleurs chatoyantes.
Aujourd'hui,
on peut y voir des pivoines rouges et blanches, des dok champa blancs
côtoyant douches d'or et hibiscus gouttes de sang. Sur chaque coin
de la maison, entre deux balustres, elle a fait poser un claustra de
style mauresque en bois rouge qui sert de support à une jardinière
remplie d'azalées blanches.
Lorsqu'on
contourne l'habitation, on tombe sur un immense jardin à la
japonaise planté de bonzaïs et coupé en diagonale par deux allées
sablées, croisées qui mènent à un étang rempli de lotus rouges,
symbole du Vietnam. Elle n'a aucun vis-à-vis, ce qui lui permet, vu
ses goûts excentriques acquis au contact de l'univers de la mode
américain, de se vêtir de manière affriolante et totalement
décalée.
C'est
ainsi qu'elle nous accueille, un matin de septembre, dans le hall
d'arrivée du terminal vêtue d'une robe imprimée de plumerias de
toutes les couleurs, coiffée d'une capeline de paille rose cerclée
d'un ruban long et blanc flottant au vent des climatiseurs du hall et
pour couronner le tout, un petit baise-en-ville des années 30
qu'elle s'efforce d'ouvrir avec des gants en dentelle blanche pour y
chercher.....un mouchoir...qu'elle porte à ses yeux lorsqu'elle nous
voit.
-J'aime
bien sa bouille... ! dis-je à Mai en plaisantant.
-Veux-tu !....mon
cœur !...c'est ma tatie...un peu de respect ! me
répond-elle ironiquement en souriant.
C'est
vrai qu'elle est agréable...Nuyen...elle a un visage amène qui
respire la gentillesse...
Mai
se jette dans ses bras qu'elle referme sur elle, à l'étouffer.
Chacune y va de sa larme et moi, j'attends....la fin des effusions.
Une minute plus tard, c'est mon tour. Je m'avance, bredouille un
hello à damier retroussé et tend la main mais l'espiègle tatie me
projette contre elle et me serre dans ses bras. Quelle
étreinte...mazette... elle a dû faire de la muscu, la tata !
Je feins d'être ému pour donner le change mais elle s'en aperçoit
et me lance, en français, en désignant sa poitrine :
-faut
pas vous gêner...laissez vous aller...là...contre moi !
Elle
me déstabilise. Je reste interdit quelques secondes...est-ce du lard
ou du cochon ?
Mais
la finaude a du répondant ; elle se tourne vers Mai et lui
dit :
-Eh
bien....il n'est pas facile à dérider...ton homme !!
puis,
-allez...venez,
mes tourtereaux, on rentre à la maison.
A
Saïgon, il y a plus de vélos, de cyclomoteurs ou de vespa que de
voitures, trop encombrantes et surtout avec une circulation très
désordonnée et un peu laxiste, Nuyen a opté pour deux vespa. Je la
regarde, interrogatif...
-Vous
avez déjà conduit un de ces engins? me dit-elle
-Oui,
réponds-je mais je préfère laisser la conduite à Mai...ça nous
rappellera d'excellents souvenirs...n'est-ce-pas ? Mai ?
-Oui,
mon cœur.....allez ! Monte ! Dit-elle.
J'enfourche
le siège passager, noue mes mains autour de sa taille, ferme à
nouveau les yeux, retrouve ces sensations perçues quelques années
auparavant lorsque Mai m'avait retrouvé...alors que je la cherchais
et nous voilà partis vers Saïgon, la tante en tête sur son vespa
en direction de Cho-lon.
Une
demi-heure plus tard, nous suivons une rue commerciale aux toits de
tôle, les enseignes accolées les unes près des autres puis la rue
s'élargit, laisse entrevoir un quartier plus moderne, des villas de
style occidental clôturées, bordées d'essences d'arbre et de
verdure. Mai ralentit. Nuyen s'est arrêtée devant une entrée
fermée par un portail en fer forgé qu'elle ouvre à l'aide d'un
boîtier électronique puis pénètre dans une allée gravillonnée
bordée de palmiers et de fleurs de la pampa. Puis, elle se retourne,
nous fait signe de la suivre et nous dit en montrant sa demeure :
-mi
casa es su casa !
-su
casa...su casa...pense-je...sait-elle au moins que nous allons rester
six mois ?........

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