dimanche 14 septembre 2014

Saïgon

Quelle que soit la route que l'on prend, le destin nous attend sur chacune de ces routes....

Saïgon-La tante de Mai s'appelle Nuyen. Elle habite une maison en bois rouge de style colonial entourée d'un mur et située dans l'ancien quartier de Cho-lon. En revenant de Philadelphie où elle passa une dizaine d'années, sur la route qui rejoignait l'ancienne capitale de la Cochinchine, elle eut le coup de foudre pour cette bâtisse à un étage ceinturé d'un imposant balcon en teck, balcon qu'elle allait garnir ultérieurement de vasques émaillées de jade et remplies de fleurs aux couleurs chatoyantes.

Aujourd'hui, on peut y voir des pivoines rouges et blanches, des dok champa blancs côtoyant douches d'or et hibiscus gouttes de sang. Sur chaque coin de la maison, entre deux balustres, elle a fait poser un claustra de style mauresque en bois rouge qui sert de support à une jardinière remplie d'azalées blanches.
 

Lorsqu'on contourne l'habitation, on tombe sur un immense jardin à la japonaise planté de bonzaïs et coupé en diagonale par deux allées sablées, croisées qui mènent à un étang rempli de lotus rouges, symbole du Vietnam. Elle n'a aucun vis-à-vis, ce qui lui permet, vu ses goûts excentriques acquis au contact de l'univers de la mode américain, de se vêtir de manière affriolante et totalement décalée.

C'est ainsi qu'elle nous accueille, un matin de septembre, dans le hall d'arrivée du terminal vêtue d'une robe imprimée de plumerias de toutes les couleurs, coiffée d'une capeline de paille rose cerclée d'un ruban long et blanc flottant au vent des climatiseurs du hall et pour couronner le tout, un petit baise-en-ville des années 30 qu'elle s'efforce d'ouvrir avec des gants en dentelle blanche pour y chercher.....un mouchoir...qu'elle porte à ses yeux lorsqu'elle nous voit.

-J'aime bien sa bouille... ! dis-je à Mai en plaisantant.

-Veux-tu !....mon cœur !...c'est ma tatie...un peu de respect ! me répond-elle ironiquement en souriant.

C'est vrai qu'elle est agréable...Nuyen...elle a un visage amène qui respire la gentillesse...

Mai se jette dans ses bras qu'elle referme sur elle, à l'étouffer. Chacune y va de sa larme et moi, j'attends....la fin des effusions. Une minute plus tard, c'est mon tour. Je m'avance, bredouille un hello à damier retroussé et tend la main mais l'espiègle tatie me projette contre elle et me serre dans ses bras. Quelle étreinte...mazette... elle a dû faire de la muscu, la tata ! Je feins d'être ému pour donner le change mais elle s'en aperçoit et me lance, en français, en désignant sa poitrine :

-faut pas vous gêner...laissez vous aller...là...contre moi !

Elle me déstabilise. Je reste interdit quelques secondes...est-ce du lard ou du cochon ?

Mais la finaude a du répondant ; elle se tourne vers Mai et lui dit :

-Eh bien....il n'est pas facile à dérider...ton homme !!

puis,

-allez...venez, mes tourtereaux, on rentre à la maison.

A Saïgon, il y a plus de vélos, de cyclomoteurs ou de vespa que de voitures, trop encombrantes et surtout avec une circulation très désordonnée et un peu laxiste, Nuyen a opté pour deux vespa. Je la regarde, interrogatif...

-Vous avez déjà conduit un de ces engins? me dit-elle

-Oui, réponds-je mais je préfère laisser la conduite à Mai...ça nous rappellera d'excellents souvenirs...n'est-ce-pas ? Mai ?

-Oui, mon cœur.....allez ! Monte ! Dit-elle.

J'enfourche le siège passager, noue mes mains autour de sa taille, ferme à nouveau les yeux, retrouve ces sensations perçues quelques années auparavant lorsque Mai m'avait retrouvé...alors que je la cherchais et nous voilà partis vers Saïgon, la tante en tête sur son vespa en direction de Cho-lon.

Une demi-heure plus tard, nous suivons une rue commerciale aux toits de tôle, les enseignes accolées les unes près des autres puis la rue s'élargit, laisse entrevoir un quartier plus moderne, des villas de style occidental clôturées, bordées d'essences d'arbre et de verdure. Mai ralentit. Nuyen s'est arrêtée devant une entrée fermée par un portail en fer forgé qu'elle ouvre à l'aide d'un boîtier électronique puis pénètre dans une allée gravillonnée bordée de palmiers et de fleurs de la pampa. Puis, elle se retourne, nous fait signe de la suivre et nous dit en montrant sa demeure :

-mi casa es su casa !

-su casa...su casa...pense-je...sait-elle au moins que nous allons rester six mois ?........


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