dimanche 7 septembre 2014

Surprise !







Minuit. La lune est pleine. Le ciel clair est parsemé d'étoiles. Mai, à l'intérieur de son cercle magique fait face à l'astre de la nuit et au désert qui s'étend à perte de vue. En position de lotus, elle s'environne de son frais parfum ocré. L'opale et la pierre de lune sont posées à côté d'elle. Un léger vent souffle du nord faisant frémir les pans de sa robe noire. Sous la clarté de l'astre, les pierres scintillent. Près du bandeau noir, se trouvent un bol et une coupe. L'un contient des feuilles d’hellébore et de verveine. L'autre est remplie d'eau de source apportée des étoiles. Elle invoque le pouvoir de l'air, prend une pincée du mélange d'herbes, les broie entre ses doigts et les jette au vent qui flatte son visage. Son esprit, en cet instant, est en liaison avec son père et protecteur Yonaï. Elle prononce les mots incantatoires qui font vibrer son cœur et lui donnent la force d'exister....

-Si, selon toi, le temps est venu, et mon cœur et le tien, dans la vérité sont unis...par la pierre de lune, l'opale et par la lumière magique de la lune...viens me retrouver ici...durant cette douce et longue nuit....donnes moi la force...et la clarté d'esprit suffisantes...pour rester moi-même...protéger ceux que j'aime...et conserver de toi... la suprême existence...

Puis, elle rince ses doigts soigneusement dans l'eau de la coupe et les essuie sur le bandeau de velours noir. Elle prend les pierres, s'allonge sur le dos puis les pose sur son cœur. Elle ferme les yeux, suit le rythme de sa respiration comme s'il se fusse agi d'un immense océan. Elle imagine les vagues léchant le rivage, l'une après l'autre, se confondant jusqu'à n'en faire qu'une. Alors, elle a l'impression de se dissoudre, de ne plus faire qu'une avec la nuit qui l'entoure, prête à l'apercevoir, à le recevoir dans cette vision crépusculaire qui lui appartient et dont elle apprécie le bonheur et la douceur.

A quelques pas, assis en tailleur, j'attends les yeux fermés le lever du jour.

Au loin, un chacal hurle, dérangé par le vent qui se lève et qui se glisse comme une pieuvre invisible entre les dunes, bousculant les oyats et léchant les flammes de notre campement de fortune.

Mai revient et ne sent plus l'alcôve de ses doux secrets la suivre, dispersés dans la nuit comme un charme magique que l'on ne peut saisir.

Plusieurs fois, j'ai tenté de m'assoupir mais c'est peine perdue. On dit que chaque solitude à son propre mystère. Mai, à mes côtés, comme à l'accoutumée chaque fois que je veille, ne peut qu'être solidaire et veille avec moi. Nous sentons dans le silence errer l'âme d'un bruit, la nuit filtrant le sable qui dort ou l'image de l'instant qui passe et qui s'enfuit au loin vers le désert.

Trois jours que nous sommes partis de Manille. Nous avons laissé Soo à sa chère université. Chris et Moon sont retournés en Europe. Il est temps de retrouver ce parfum d'aventure qui nous est indispensable. Le destin conduit les hommes simples sur le chemin tracé par le hasard...un planisphère, une fléchette et nous voilà partis.....pour le Pérou....enfin...en principe !



Un auteur allemand du 18°siècle a dit...et je cite...Tout homme qui se croit libre est le jouet de puissances sombres et féroces auxquelles il est vain de vouloir résister ; il n' y a qu'à se soumettre humblement à ce que le sort a décidé de nous imposer.

Mai venait de traverser une sale période. Ayant été piquée par une raie dasiatys, elle était restée alitée durant une bonne semaine avec des douleurs osseuses et généralisées, accompagnées parfois de propos incohérents et de nausées incoercibles. Soo et votre serviteur l'avaient veillé durant tout le temps qu'a duré l'affection. Puis, le matin du septième jour, elle s'était levée. Fièvre et symptômes avaient disparu, la laissant fatiguée mais suffisamment lucide pour se confectionner un petit déjeuner digne d'un ogre affamé. Après une semaine de convalescence, les séquelles du mal s'étaient envolées et nous avons retrouvé notre Mai telle que nous la connaissions, un mélange d'énergie corporelle et spirituelle. C'est là qu'elle a commencé à parler de Yonaï, ce père spirituel qu'elle avait côtoyé durant ses accès de fièvre, celui qui l'a soutenu dans sa guérison du mal qui devait l'emporter.
Elle le décrivait sous l'aspect d'un être de lumière, forme éthérée qui lui prenait la main, lui insufflant une douce chaleur qui dissipait ses craintes et calmait ses douleurs.
Elle nous avait dit aussi que le cinquième jour alors qu'il était resté muet durant les quatre jours précédents, qu'il s'était adressé à elle en lui disant...

-Maintenant, tu ne crains plus rien. Je dois te laisser. D'autres personnes ont besoin de moi. Continues dans la voie que tu t'es tracée. Tout l'amour que contient ton cœur, donnes le autour de toi et en toi car, par lui et pour lui, tu seras sauvée.....

Elle n'avait pas tout-à-fait compris ce qui lui était arrivé mais elle savait que cet ange gardien, en lui laissant ce message, lui avait permis d'écouter son cœur et d'atteindre ainsi un bonheur spirituel total et une envie de vivre indéfectible.

Une semaine plus tard, alors que nous revenions de Manille, j'avais dû m'arrêter sur le bord de la route. Mai, durant le trajet, s'était plainte de nausées. Nous étions alors retournés le lendemain consulter le médecin de Soo qui habitait Batangas.
Il l'avait ausculté durant plus de dix minutes. Fébrilement, j'attendais le résultat croyant avoir affaire à une séquelle de sa dernière affection mais en voyant le sourire de Mai sortant de la salle d'examen...j'en fus moins sûr et là..... je compris....nous allions avoir un bébé....un enfant. Des larmes plein les yeux, Mai me souriait. Je la pris dans mes bras et la serrais très fort, le cœur au bord des lèvres.

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