Minuit.
La lune est pleine. Le ciel clair est parsemé d'étoiles. Mai, à
l'intérieur de son cercle magique fait face à l'astre de la nuit et
au désert qui s'étend à perte de vue. En position de lotus, elle
s'environne de son frais parfum ocré. L'opale et la pierre de lune
sont posées à côté d'elle. Un léger vent souffle du nord faisant
frémir les pans de sa robe noire. Sous la clarté de l'astre, les
pierres scintillent. Près du bandeau noir, se trouvent un bol et une
coupe. L'un contient des feuilles d’hellébore et de verveine.
L'autre est remplie d'eau de source apportée des étoiles. Elle
invoque le pouvoir de l'air, prend une pincée du mélange d'herbes,
les broie entre ses doigts et les jette au vent qui flatte son
visage. Son esprit, en cet instant, est en liaison avec son père et
protecteur Yonaï. Elle prononce les mots incantatoires qui font
vibrer son cœur et lui donnent la force d'exister....
-Si,
selon toi, le temps est venu, et mon cœur et le tien, dans la vérité
sont unis...par la pierre de lune, l'opale et par la lumière magique
de la lune...viens me retrouver ici...durant cette douce et longue
nuit....donnes moi la force...et la clarté d'esprit
suffisantes...pour rester moi-même...protéger ceux que j'aime...et
conserver de toi... la suprême existence...
Puis,
elle rince ses doigts soigneusement dans l'eau de la coupe et les
essuie sur le bandeau de velours noir. Elle prend les pierres,
s'allonge sur le dos puis les pose sur son cœur. Elle ferme les
yeux, suit le rythme de sa respiration comme s'il se fusse agi d'un
immense océan. Elle imagine les vagues léchant le rivage, l'une
après l'autre, se confondant jusqu'à n'en faire qu'une. Alors, elle
a l'impression de se dissoudre, de ne plus faire qu'une avec la nuit
qui l'entoure, prête à l'apercevoir, à le recevoir dans cette
vision crépusculaire qui lui appartient et dont elle apprécie le
bonheur et la douceur.
A
quelques pas, assis en tailleur, j'attends les yeux fermés le lever
du jour.
Au
loin, un chacal hurle, dérangé par le vent qui se lève et qui se
glisse comme une pieuvre invisible entre les dunes, bousculant les
oyats et léchant les flammes de notre campement de fortune.
Mai
revient et ne sent plus l'alcôve de ses doux secrets la suivre,
dispersés dans la nuit comme un charme magique que l'on ne peut
saisir.
Plusieurs
fois, j'ai tenté de m'assoupir mais c'est peine perdue. On dit que
chaque solitude à son propre mystère. Mai, à mes côtés, comme à
l'accoutumée chaque fois que je veille, ne peut qu'être solidaire
et veille avec moi. Nous sentons dans le silence errer l'âme d'un
bruit, la nuit filtrant le sable qui dort ou l'image de l'instant qui
passe et qui s'enfuit au loin vers le désert.
Trois
jours que nous sommes partis de Manille. Nous avons laissé Soo à sa
chère université. Chris et Moon sont retournés en Europe. Il est
temps de retrouver ce parfum d'aventure qui nous est indispensable.
Le destin conduit les hommes simples sur le chemin tracé par le
hasard...un planisphère, une fléchette et nous voilà
partis.....pour le Pérou....enfin...en principe !
Un
auteur allemand du 18°siècle a dit...et je cite...Tout homme qui se
croit libre est le jouet de puissances sombres et féroces auxquelles
il est vain de vouloir résister ; il n' y a qu'à se soumettre
humblement à ce que le sort a décidé de nous imposer.
Mai
venait de traverser une sale période. Ayant été piquée par une
raie dasiatys, elle était restée alitée durant une bonne semaine
avec des douleurs osseuses et généralisées, accompagnées parfois
de propos incohérents et de nausées incoercibles. Soo et votre
serviteur l'avaient veillé durant tout le temps qu'a duré
l'affection. Puis, le matin du septième jour, elle s'était levée.
Fièvre et symptômes avaient disparu, la laissant fatiguée mais
suffisamment lucide pour se confectionner un petit déjeuner digne
d'un ogre affamé. Après une semaine de convalescence, les séquelles
du mal s'étaient envolées et nous avons retrouvé notre Mai telle
que nous la connaissions, un mélange d'énergie corporelle et
spirituelle. C'est là qu'elle a commencé à parler de Yonaï, ce
père spirituel qu'elle avait côtoyé durant ses accès de fièvre,
celui qui l'a soutenu dans sa guérison du mal qui devait l'emporter.
Elle
le décrivait sous l'aspect d'un être de lumière, forme éthérée
qui lui prenait la main, lui insufflant une douce chaleur qui
dissipait ses craintes et calmait ses douleurs.
Elle
nous avait dit aussi que le cinquième jour alors qu'il était resté
muet durant les quatre jours précédents, qu'il s'était adressé à
elle en lui disant...
-Maintenant,
tu ne crains plus rien. Je dois te laisser. D'autres personnes ont
besoin de moi. Continues dans la voie que tu t'es tracée. Tout
l'amour que contient ton cœur, donnes le autour de toi et en toi
car, par lui et pour lui, tu seras sauvée.....
Elle
n'avait pas tout-à-fait compris ce qui lui était arrivé mais elle
savait que cet ange gardien, en lui laissant ce message, lui avait
permis d'écouter son cœur et d'atteindre ainsi un bonheur spirituel
total et une envie de vivre indéfectible.
Une
semaine plus tard, alors que nous revenions de Manille, j'avais dû
m'arrêter sur le bord de la route. Mai, durant le trajet, s'était
plainte de nausées. Nous étions alors retournés le lendemain
consulter le médecin de Soo qui habitait Batangas.
Il
l'avait ausculté durant plus de dix minutes. Fébrilement,
j'attendais le résultat croyant avoir affaire à une séquelle de sa
dernière affection mais en voyant le sourire de Mai sortant de la
salle d'examen...j'en fus moins sûr et là..... je compris....nous
allions avoir un bébé....un enfant. Des larmes plein les yeux, Mai
me souriait. Je la pris dans mes bras et la serrais très fort, le
cœur au bord des lèvres.
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