mercredi 3 septembre 2014

Epilogue




Après les effusions, viennent les explications mais Chris ne tient pas à en parler dans le petit estaminet. Nous serons mieux à l'Institut dit-il. En arrêtant la harley sur la grande place, j'avais remarqué un panneau indicateur sur lequel était marqué en anglais et en Hindi, Institut Namgyal de tibétologie, une imposante infrastructure carrée.

La première chose qui frappe lorsqu'on y entre, c'est bien entendu le silence, celui qui inspire le recueillement...comme dans nos musées occidentaux. Le pouvoir est à l'Art dans ce genre d'endroit mais si les livres sont peu nombreux, on y trouve toutefois tout ce qui se rapporte à l'Art tibétain religieux...statues sacrées de Bouddha d'influence hellénique , sanctuaires bouddhistes, tapisseries d'émergence Mahâyâna ou tantrique, masques d'inspiration chamanique, icônes religieuses.

Chris et Moon nous font pénétrer dans une salle attenante au jardin d'orchidacées. Le lieu est serein orné d'une table et de bancs en bois de teck vernis. C'est là que nous passons les deux heures qui suivent, dans une atmosphère pleine de questions, d'explications et de mystère.

Je vais pour parler, leur faire le reproche de nous avoir laissé Mai et moi dans l'angoisse de leur mort annoncée mais Chris me stoppe et prend la parole.

-Je présume grand frère que vous vous demandez à quoi rime cette petite comédie...

-petite ?!!!

-Oui...enfin...cette grosse comédie....désolé... mais nous ne pouvions vous avertir de notre...disons...résurrection. On appelle ça...la protection de témoins. Je t'explique....

Lorsque nous nous sommes rendus au commissariat pour remettre la bobine de film incriminant les principaux acteurs du meurtre de l'attaché d'ambassade et de sa famille, nous n'avions aucune idée de la galère dans laquelle nous allions mettre les pieds mais l'affaire était engagée, nous ne pouvions plus revenir en arrière. Le commissaire , vu l'importance du personnage et les soupçons qui pesaient déjà sur lui, a tenu à prévenir notre ambassadeur lequel nous a fait suivre tout le temps où nous sommes restés à Bangkok.



Un soir, alors que nous allions sortir pour voir un match de boxe muay thaï, M..Hanson, notre ambassadeur est venu nous voir accompagné par, d'une part, le commissaire de police de Bangkok et le nouvel attaché culturel d'Indonésie, monsieur....je ne me rappelle plus son nom...d'ailleurs assez compliqué à prononcer...bref....

Chris marque une pause, se sert un bol d'eau fraîche et continue....


Afin de confondre le sieur Shiang Fu qui nous a fait suivre dans tout Bangkok, Hanson a mis au point un piège...assez osé...je vous l'accorde mais susceptible de déstabiliser notre futur assassin, à savoir....notre propre mort. Pour cela, il fallait un endroit peu fréquenté, hors saison et suffisamment protégé en cas d'intervention. Ce stratagème impliquait...et je m'en excuse..de ne pas vous impliquer, Toi et Mai, dans le plan même si pour cela il fallait que vous croyiez à notre mort véritable...ceci dans un seul but : la crédibilité. Il fallait que ce soit plus vrai que nature. Votre chagrin non feint devait être la preuve que notre mort était bien réelle et qu'il n'y avait plus rien à faire.

-merci pour le choc frangin !...

-Je sais Richard mais il le fallait ! Je continue...Donc, j'ai donc proposé, avec Moon, les Seychelles....pourquoi ? Aucune idée...ou plutôt si....c'est une île prisée par beaucoup de couples romantiques. J'ai donc soumis ce choix à Moon, qui l'a accepté.



Lorsque nous sommes arrivés sur l’île de Mahé, l'ambassadeur avait déjà fait transférer une semaine auparavant quelques hommes de son ambassade avec mission de sécuriser les lieux et planifier le faux attentat. Quoi de plus rassurant qu'une église comme refuge en cas de problème et de plus dégagé qu'un parvis d’accès difficile visible aussi bien de la petite montagne ceinturant la baie que de la baie elle-même.

Le matin de « notre mort présumée » Shiang Fu arriva par bateau. Je ne sais par quel hasard, il eût vent de la cérémonie et surtout à quel endroit elle se déroulait...toujours est-il qu'à peine débarqué, il se rendit dans une maison proche de l'église. C'est là qu'il fut mis sous surveillance par le major Bourdette et de ses hommes prévenus de son arrivée imminente par le commissaire de Bangkok.....

-STOP !....attends ! J'ai peine à suivre....Tu veux dire que lorsque je suis allé voir le commissaire à fin d'explications...il était déjà au courant de votre fausse mort?

-Exact..petit frère...il fallait bien donner le change, le temps que tout se calme...Shiang Fu avait beaucoup d'accointance dans la pègre et les tueurs à la petite semaine sont légions.....donc...motus.

-Attends que je le vois...celui-là... ! Je vais lui parler du pays ! mais...continue

-Donc, comme je disais...à notre hôtel, j'ai revêtu sous un beau smoking un gilet pare-balles avec soin de scotcher la poche de sang de porc à même la peau à l'emplacement du cœur. Je savais que ça allait faire très mal aussi a-t-on fait différemment pour Moon...une poche de sang porcin qu'elle devait crever par simple pression au moment des coups de feu puis une capsule à base d'isoflurane qu'elle devait presser avec ses doigts au niveau de ses narines pour l'endormir vite et bien. Je reconnais que l'idée de percer cette poche l'avait sur le moment excité....mais lors de la fusillade...ça l'a été beaucoup moins....puis

nous avons attendu pour sortir de l'hôtel que Shiang Fu et ses complices soient en position près de l'église pour prendre le chemin de celle-ci. Les différents acteurs étant en place, on pouvait commencer.

Arrivés en limousine au parvis de l'église, dès la descente,

deux hommes du major, cagoulés, ont tiré deux balles dont une en blanc pour Moon..

.moi, j'ai eu la vraie....la vache ! ce que ça fait mal ! J'avais l'impression que l'on m'arrachait les poumons.... moi qui ai toujours voulu savoir ce que ça faisait de recevoir une balle.....j'ai été servi !!! et une....comme toi, Richard ! combien déjà ? Six... sept ?...donc.....une à sept...mais je m'égare...

...on a bien été dans les vaps, allongés sur le parvis, une bonne demi-heure, le temps que Shiang Fu se rende compte de la scène avec ses jumelles, s'imprègne du désarroi qui a suivi, des gens affolés qui gagnaient l'église, le curé qui se penchait sur nos corps pour nous gratifier d'un signe de croix en guise d'extrême-onction....bla...bla...bla..bla..et ce,....toujours sous la surveillance du major et de ses hommes au cas où il aurait voulu vérifier si nous étions bien morts....mais il en a rien été.



Les sbires ont plié bagage en entendant la sirène de la seule voiture de police du commissariat central de Victoria et regagné illico le bateau par la mer. Shiang Fu faisant l'objet d'un mandat d'arrêt international, il ne s'est pas fait prié pour plier bagage... dans l'heure qui a suivi, il avait disparu.



Le reste a été un jeu d'enfant. Le major et son escouade nous ont discrètement veillé jusqu'à l'aube et, en possession d'une nouvelle identité, nous avons gagné le Népal. Nous avons voyagé de monastère en monastère jusqu'au moment où nous avons appris, récemment d'ailleurs, la mort de notre criminel.

J'ai alors téléphoné à Charles qui a mis en scène nos retrouvailles en préparant avec soin tout l'attirail dont vous vous êtes servis y compris la location de ton Be12 à Vladivostok.

-Charles était donc au courant ?....

-Yes, my dear !

-Mélissa ?

-Yes too...my dear !

-Oh...la petite....

Mai renchérit :

-Je savais qu'elle était pas nette.....tu vois...j'avais raison !

-Qu'importe...le principal..c'est que tout soit fini. Mais...au fait...pourquoi m'avoir fait parvenir cet appel dans le cockpit de l'avion qui nous ramenait à Bangkok ?

-Parce qu'il ne fallait pas que vous alliez à Bangkok et...avec vos nombreux allers-retours....Singapour... Manille...Los Angeles...Hong-Kong et Saïgon...impossible de vous ferrer...une fois dans l'avion, l'espace était plus restreint pour te contacter.

-Tu sais qu'à moins d'une nouvelle grave, les communications privées sont interdites en l'air....
-Oui, je sais mais j'ai un ami à la tour de L.A. qui m'a fait une fleur.

Aujourd'hui..on est quitte.

Je regarde ce couple en face de moi sans vraiment le reconnaître...Ils ont tellement mûri. Tous ces événements qui ne sont pas du domaine de tous les mortels ont changé mon frère...ce n'est plus un loup...c'est un tigre. J'ai un petit pincement au cœur...il n'a plus besoin de moi...maintenant...ou du moins pas autant qu'avant. Et Moon, blottie contre lui, qui le regarde comme un conquérant, c'est un vrai bonheur...comme celui que je vis avec Mai. Qui se ressemble, s'assemble on dit...moi, je dirais que l'homme jouit du bonheur qu'il ressent et la femme de celui qu'elle procure....


Mai !.....Moon !.... Soo !...n'allez pas si loin ! Il y a peut-être des requins dans la baie ! Crie-je

-Laisses-les.... frangin ! Regardes les comme elles sont heureuses et si belles....ah....si Mère nous voyait ?...elle aussi serait heureuse......

-C'est vrai...p'tit frère...elle aussi...serait heureuse....

Au delà de l'horizon, de gros nuages approchent...on aborde la saison des cyclones.......aux Philippines.

FIN



Note de l'auteur :

Nous retrouverons Mai et Richard prochainement dans une nouvelle aventure en Asie. Restez sur écoute. Merci à tous d'avoir consulté mes articles au cours de ces derniers mois. J'espère qu'ils vous ont plu. A bientôt. Amicalement vôtre.
Chris Daniels.







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