Après
les effusions, viennent les explications mais Chris ne tient pas à
en parler dans le petit estaminet. Nous serons mieux à l'Institut
dit-il. En arrêtant la harley sur la grande place, j'avais remarqué
un panneau indicateur sur lequel était marqué en anglais et en
Hindi, Institut Namgyal de tibétologie, une imposante infrastructure
carrée.
La
première chose qui frappe lorsqu'on y entre, c'est bien entendu le
silence, celui qui inspire le recueillement...comme dans nos musées
occidentaux. Le pouvoir est à l'Art dans ce genre d'endroit mais si
les livres sont peu nombreux, on y trouve toutefois tout ce qui se
rapporte à l'Art tibétain religieux...statues sacrées de Bouddha
d'influence hellénique , sanctuaires bouddhistes, tapisseries
d'émergence Mahâyâna ou tantrique, masques d'inspiration
chamanique, icônes religieuses.
Chris
et Moon nous font pénétrer dans une salle attenante au jardin
d'orchidacées. Le lieu est serein orné d'une table et de bancs en
bois de teck vernis. C'est là que nous passons les deux heures qui
suivent, dans une atmosphère pleine de questions, d'explications et
de mystère.
Je
vais pour parler, leur faire le reproche de nous avoir laissé Mai et
moi dans l'angoisse de leur mort annoncée mais Chris me stoppe et
prend la parole.
-Je
présume grand frère que vous vous demandez à quoi rime cette
petite comédie...
-petite ?!!!
-Oui...enfin...cette
grosse comédie....désolé... mais nous ne pouvions vous avertir de
notre...disons...résurrection. On appelle ça...la protection de
témoins. Je t'explique....
Lorsque
nous nous sommes rendus au commissariat pour remettre la bobine de
film incriminant les principaux acteurs du meurtre de l'attaché
d'ambassade et de sa famille, nous n'avions aucune idée de la galère
dans laquelle nous allions mettre les pieds mais l'affaire était
engagée, nous ne pouvions plus revenir en arrière. Le commissaire , vu l'importance du personnage et les soupçons qui pesaient
déjà sur lui, a tenu à prévenir notre ambassadeur lequel nous a
fait suivre tout le temps où nous sommes restés à Bangkok.
Un
soir, alors que nous allions sortir pour voir un match de boxe muay
thaï, M..Hanson, notre ambassadeur est venu nous voir accompagné
par, d'une part, le commissaire de police de Bangkok et le nouvel
attaché culturel d'Indonésie, monsieur....je ne me rappelle plus
son nom...d'ailleurs assez compliqué à prononcer...bref....
Chris
marque une pause, se sert un bol d'eau fraîche et continue....
Afin
de confondre le sieur Shiang Fu qui nous a fait suivre dans tout
Bangkok, Hanson a mis au point un piège...assez osé...je vous
l'accorde mais susceptible de déstabiliser notre futur assassin, à
savoir....notre propre mort. Pour cela, il fallait un endroit peu
fréquenté, hors saison et suffisamment protégé en cas
d'intervention. Ce stratagème impliquait...et je m'en excuse..de ne
pas vous impliquer, Toi et Mai, dans le plan même si pour cela il
fallait que vous croyiez à notre mort véritable...ceci dans un seul
but : la crédibilité. Il fallait que ce soit plus vrai que
nature. Votre chagrin non feint devait être la preuve que notre mort
était bien réelle et qu'il n'y avait plus rien à faire.
-merci
pour le choc frangin !...
-Je
sais Richard mais il le fallait ! Je continue...Donc, j'ai donc
proposé, avec Moon, les Seychelles....pourquoi ? Aucune
idée...ou plutôt si....c'est une île prisée par beaucoup de
couples romantiques. J'ai donc soumis ce choix à Moon, qui l'a
accepté.
Lorsque
nous sommes arrivés sur l’île de Mahé, l'ambassadeur avait déjà
fait transférer une semaine auparavant quelques hommes de son
ambassade avec mission de sécuriser les lieux et planifier le faux
attentat. Quoi de plus rassurant qu'une église comme refuge en cas
de problème et de plus dégagé qu'un parvis d’accès difficile
visible aussi bien de la petite montagne ceinturant la baie que de la
baie elle-même.
Le
matin de « notre mort présumée » Shiang Fu arriva par
bateau. Je ne sais par quel hasard, il eût vent de la cérémonie et
surtout à quel endroit elle se déroulait...toujours est-il qu'à
peine débarqué, il se rendit dans une maison proche de l'église.
C'est là qu'il fut mis sous surveillance par le major Bourdette et
de ses hommes prévenus de son arrivée imminente par le commissaire
de Bangkok.....
-STOP !....attends !
J'ai peine à suivre....Tu veux dire que lorsque je suis allé voir
le commissaire à fin d'explications...il était déjà au courant de
votre fausse mort?
-Exact..petit
frère...il fallait bien donner le change, le temps que tout se
calme...Shiang Fu avait beaucoup d'accointance dans la pègre et les
tueurs à la petite semaine sont légions.....donc...motus.
-Attends
que je le vois...celui-là... ! Je vais lui parler du pays !
mais...continue
-Donc,
comme je disais...à notre hôtel, j'ai revêtu sous un beau smoking
un gilet pare-balles avec soin de scotcher la poche de sang de porc à
même la peau à l'emplacement du cœur. Je savais que ça allait
faire très mal aussi a-t-on fait différemment pour Moon...une poche
de sang porcin qu'elle devait crever par simple pression au moment
des coups de feu puis une capsule à base d'isoflurane qu'elle devait
presser avec ses doigts au niveau de ses narines pour l'endormir vite
et bien. Je reconnais que l'idée de percer cette poche l'avait sur
le moment excité....mais lors de la fusillade...ça l'a été
beaucoup moins....puis
nous
avons attendu pour sortir de l'hôtel que Shiang Fu et ses complices
soient en position près de l'église pour prendre le chemin de
celle-ci. Les différents acteurs étant en place, on pouvait
commencer.
Arrivés
en limousine au parvis de l'église, dès la descente,
deux
hommes du major, cagoulés, ont tiré deux balles dont une en blanc
pour Moon..
….moi,
j'ai eu la vraie....la vache ! ce que ça fait mal !
J'avais l'impression que l'on m'arrachait les poumons.... moi qui ai
toujours voulu savoir ce que ça faisait de recevoir une
balle.....j'ai été servi !!! et une....comme toi, Richard !
combien déjà ? Six... sept ?...donc.....une à
sept...mais je m'égare...
...on
a bien été dans les vaps, allongés sur le parvis, une bonne
demi-heure, le temps que Shiang Fu se rende compte de la scène avec
ses jumelles, s'imprègne du désarroi qui a suivi, des gens affolés
qui gagnaient l'église, le curé qui se penchait sur nos corps pour
nous gratifier d'un signe de croix en guise
d'extrême-onction....bla...bla...bla..bla..et ce,....toujours sous
la surveillance du major et de ses hommes au cas où il aurait voulu
vérifier si nous étions bien morts....mais il en a rien été.
Les
sbires ont plié bagage en entendant la sirène de la seule voiture
de police du commissariat central de Victoria et regagné illico le
bateau par la mer. Shiang Fu faisant l'objet d'un mandat d'arrêt
international, il ne s'est pas fait prié pour plier bagage... dans
l'heure qui a suivi, il avait disparu.
Le
reste a été un jeu d'enfant. Le major et son escouade nous ont
discrètement veillé jusqu'à l'aube et, en possession d'une
nouvelle identité, nous avons gagné le Népal. Nous avons voyagé
de monastère en monastère jusqu'au moment où nous avons appris,
récemment d'ailleurs, la mort de notre criminel.
J'ai
alors téléphoné à Charles qui a mis en scène nos retrouvailles
en préparant avec soin tout l'attirail dont vous vous êtes servis y
compris la location de ton Be12 à Vladivostok.
-Charles
était donc au courant ?....
-Yes,
my dear !
-Mélissa ?
-Yes
too...my dear !
-Oh...la
petite....
Mai
renchérit :
-Je
savais qu'elle était pas nette.....tu vois...j'avais raison !
-Qu'importe...le
principal..c'est que tout soit fini. Mais...au fait...pourquoi
m'avoir fait parvenir cet appel dans le cockpit de l'avion qui nous
ramenait à Bangkok ?
-Parce
qu'il ne fallait pas que vous alliez à Bangkok et...avec vos
nombreux allers-retours....Singapour... Manille...Los
Angeles...Hong-Kong et Saïgon...impossible de vous ferrer...une fois
dans l'avion, l'espace était plus restreint pour te contacter.
-Tu
sais qu'à moins d'une nouvelle grave, les communications privées
sont interdites en l'air....
-Oui,
je sais mais j'ai un ami à la tour de L.A. qui m'a fait une fleur.
Aujourd'hui..on
est quitte.
Je
regarde ce couple en face de moi sans vraiment le reconnaître...Ils
ont tellement mûri. Tous ces événements qui ne sont pas du domaine
de tous les mortels ont changé mon frère...ce n'est plus un
loup...c'est un tigre. J'ai un petit pincement au cœur...il n'a plus
besoin de moi...maintenant...ou du moins pas autant qu'avant. Et
Moon, blottie contre lui, qui le regarde comme un conquérant, c'est
un vrai bonheur...comme celui que je vis avec Mai. Qui se ressemble,
s'assemble on dit...moi, je dirais que l'homme jouit du bonheur qu'il
ressent et la femme de celui qu'elle procure....
Mai !.....Moon !....
Soo !...n'allez pas si loin ! Il y a peut-être des requins
dans la baie ! Crie-je
-Laisses-les....
frangin ! Regardes les comme elles sont heureuses et si
belles....ah....si Mère nous voyait ?...elle aussi serait
heureuse......
-C'est
vrai...p'tit frère...elle aussi...serait heureuse....
Au
delà de l'horizon, de gros nuages approchent...on aborde la
saison des cyclones.......aux Philippines.
FIN
Note
de l'auteur :
Nous
retrouverons Mai et Richard prochainement dans une nouvelle aventure
en Asie. Restez sur écoute. Merci à tous d'avoir consulté mes
articles au cours de ces derniers mois. J'espère qu'ils vous ont
plu. A bientôt. Amicalement vôtre.
Chris
Daniels.
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