dimanche 17 août 2014

Le long du Gange



Les bras du Meghna sont si nombreux qu'on pourrait s'y perdre. Ses eaux sont d'une multitude de verts. La terre de sédiments se confond souvent avec le limon du fleuve parsemé d'îlots et recouverts d'une végétation uniforme d'un vert soutenu.

C'est une terre riche mais difficilement exploitable à cause des moussons qui envahissent le delta.

Nous survolons un groupe d'îlots annonciateurs d'une rencontre entre le Gange et le Meghna qui remonte vers le Nord.

-Cap à l'ouest, Mélissa !

Elle s'exécute. Le bras du Meghna mesure trois à quatre kilomètres vers le pont de Mawa que nous dépassons pour rentrer dans le Padma, le nom indien du Gange. L'endroit est très peu peuplé, mais dans l'étroit couloir liquide, on peut apercevoir au-dessus de nos têtes, le couloir de la ligne internationale de Dacca, la capitale, une javeline qui tranche le ciel d'une traînée blanche et moutonneuse.

Pas d'avion à l'horizon. Pas d'interception. Silence radio. A croire que nous passons tel un fantôme et c'est tant mieux. Ce qui m'inquiète par contre, c'est la jauge du réservoir....je tapote dessus....tout au plus un quart de carburant...lutter contre les éléments ne nous a pas favorisé. Ça va être juste.

-un souci ?.... demande Mai.

-Non, mon Ange, aucun...juste une vérification....

Nous arrivons rapidement à l'embranchement du Gange et du Brahmapoutre. Ferry et bateaux de tous gabarits sont légions. Au croisement, on aperçoit bien la différence entre les deux fleuves...deux nuances de couleur, l'alezan du Brahmapoutre, le lapis-lazuli moucheté de brun du Gange.

Il va falloir se poser. Les réflexes de Mélissa sont moindres. La petite est épuisée. En bas, un coin du fleuve semble adapté à un amerrissage. Désert, protégé par un monticule à l'est, le couloir du fleuve est tout trouvé pour effectuer la manœuvre de remplacement.

-Posez vous à 14 heures, cette embouchure en impasse. Il est temps que je travaille un peu...pas toujours les mêmes !...et les flotteurs du coucou sont un peu secs...dis-je en regardant Mélissa

Il faut ménager les susceptibilités et ne pas prendre la petite à rebrousse-poil...pour la suite du voyage....Mai me sourit. Elle a compris. Je lui fais un clin d’œil complice.

Le soleil est au zénith. Il n'est pas exclu aussi qu'un bain dans les eaux du Gange nous fasse du bien, physiquement et spirituellement, étant donné les heures pénibles que nous avons traversées....

Quelques minutes plus tard, nous barbotons dans ces eaux à la texture limoneuse d'une couleur indéfinissable mais qui détend nos corps et purifie notre âme.

A quelques mètres, sur un monticule de terre, un petit garçon jette un regard curieux sur cet oiseau de fer qui s'est posé sur son fleuve sacré puis nous regarde...nous fait un signe bienveillant de la main et s'enfuit. Il est temps de repartir. Le coin va fourmiller de monde...et on n'a pas besoin de publicité.





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