Les
bras du Meghna sont si nombreux qu'on pourrait s'y perdre. Ses eaux
sont d'une multitude de verts. La terre de sédiments se confond
souvent avec le limon du fleuve parsemé d'îlots et recouverts d'une
végétation uniforme d'un vert soutenu.
C'est
une terre riche mais difficilement exploitable à cause des moussons
qui envahissent le delta.
Nous
survolons un groupe d'îlots annonciateurs d'une rencontre entre le
Gange et le Meghna qui remonte vers le Nord.
-Cap
à l'ouest, Mélissa !
Elle
s'exécute. Le bras du Meghna mesure trois à quatre kilomètres vers
le pont de Mawa que nous dépassons pour rentrer dans le Padma, le
nom indien du Gange. L'endroit est très peu peuplé, mais dans
l'étroit couloir liquide, on peut apercevoir au-dessus de nos têtes,
le couloir de la ligne internationale de Dacca, la capitale, une
javeline qui tranche le ciel d'une traînée blanche et moutonneuse.
Pas
d'avion à l'horizon. Pas d'interception. Silence radio. A croire que
nous passons tel un fantôme et c'est tant mieux. Ce qui m'inquiète
par contre, c'est la jauge du réservoir....je tapote dessus....tout
au plus un quart de carburant...lutter contre les éléments ne nous
a pas favorisé. Ça va être juste.
-un
souci ?.... demande Mai.
-Non,
mon Ange, aucun...juste une vérification....
Nous
arrivons rapidement à l'embranchement du Gange et du Brahmapoutre.
Ferry et bateaux de tous gabarits sont légions. Au croisement, on
aperçoit bien la différence entre les deux fleuves...deux nuances
de couleur, l'alezan du Brahmapoutre, le lapis-lazuli moucheté de
brun du Gange.
Il
va falloir se poser. Les réflexes de Mélissa sont moindres. La
petite est épuisée. En bas, un coin du fleuve semble adapté à un
amerrissage. Désert, protégé par un monticule à l'est, le couloir
du fleuve est tout trouvé pour effectuer la manœuvre de
remplacement.
-Posez
vous à 14 heures, cette embouchure en impasse. Il est temps que je
travaille un peu...pas toujours les mêmes !...et les flotteurs
du coucou sont un peu secs...dis-je en regardant Mélissa
Il
faut ménager les susceptibilités et ne pas prendre la petite à
rebrousse-poil...pour la suite du voyage....Mai me sourit. Elle a
compris. Je lui fais un clin d’œil complice.
Le
soleil est au zénith. Il n'est pas exclu aussi qu'un bain dans les
eaux du Gange nous fasse du bien, physiquement et spirituellement,
étant donné les heures pénibles que nous avons traversées....
Quelques
minutes plus tard, nous barbotons dans ces eaux à la texture
limoneuse d'une couleur indéfinissable mais qui détend nos corps et
purifie notre âme.
A
quelques mètres, sur un monticule de terre, un petit garçon jette
un regard curieux sur cet oiseau de fer qui s'est posé sur son
fleuve sacré puis nous regarde...nous fait un signe bienveillant de
la main et s'enfuit. Il est temps de repartir. Le coin va fourmiller
de monde...et on n'a pas besoin de publicité.
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