Depuis
cinq minutes, nous sommes en plein cumulonimbus. L'avion n'arrête
pas de tanguer. Mélissa a de la peine à tirer sur le yoke ou le
pousser.
-Un
coup de main ?...propose-je
-Non
merci, ça va aller... Ce sont mes premières vraies turbulences.
Mai
demande :
-J'ai
de quoi me faire du souci ?...
-Non,
mon ange. Pour faire simple, ce sont ces nuages qui, en se déplaçant,
créent des courants verticaux qui s'entrecroisent.
-C'est
ce qu'on appelle des trous d'air ?!...
-Pas
faux.....en fait, l'origine du phénomène vient des extrémités des
ailes où l'air est en surpression et vient colmater si je puis dire
les zones en dépression. C'est cette rencontre qui crée un
vortex.....
-vortex
?...
-un
tourbillon...un exemple....lorsque tu vides la baignoire d'eau après
le bain, tu t'aperçois qu'il se forme un entonnoir plus ou moins
grand suivant la vitesse d'écoulement des eaux. C'est ça qu'on
appelle un vortex...
-Okay,
j'ai compris.
-Bien !....c'est
ce vortex qui provoque ces turbulences et plus l'avion est gros comme
le notre, plus le phénomène est perceptible....quant aux trous
d'air, c'est dû principalement à un
changement de mouvement soudain de l’air autour de l’avion qui
cause des saccades avec cette impression d’être sur des montagnes
russes...
-Et
Mélissa doit stabiliser alors l'appareil ?
-C'est
un peu ça.....
Mai
regarde Mélissa qui joue au yoyo marteau piqueur avec le manche.....
-Elle
a l'air de souffrir...ironise-t-elle
-Laisses-là
se concentrer...calme-je en souriant.
J'espère
que nous n'allons pas subir le jumeau du cyclone de Bhola qui a
frappé le Bangladesh en 70, une vraie calamité...mais le ciel se
dégage, laissant apparaître au loin les mangroves du Sundarban
situées à l'embouchure du Bangladesh. Encore vingt kilomètres et
nous serons dessus. Avant de survoler le territoire, nous descendons
à 5000 pieds. Un petit coup d’œil sur l'assiette, bonne et le
cap, un dernier tracé de vérification sur le computer et nouveau
cap sur 22°Nord direction le Sikkim.
Maintenant,
on survole les mangroves. Elles s'étalent sur plus de 300
kilomètres.
-On
arrive quand ?
-Une
heure, une heure et demie...si tout va bien. On va suivre le Jamuna,
éviter Dacca à cause des longs courriers, et dériver sur le
district de Kurigram vers Chilmari. On atterrit là-bas.
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