Nous
voilà repartis. L'avion a puisé quelques larmes en quittant le
Gange mais la chaleur a vite fait d'essuyer son corps d'argent. Cette
pose lui a fait du bien. Nous volons plein ouest direction le district du Sikkim, en Inde.
Mélissa
s'est endormie sur les ballots. Quant à Mai, elle scrute au delà du
hublot la terre qui s'éloigne et ces fourmis qui gesticulent et s'agglutinent à
l'endroit où nous étions. Le petit garçon doit être triste
pense-t-elle.....l'oiseau de fer s'est envolé.
Nous
survolons en coup de vent les deux ponts sur le Padma, les Lalon Shah
Bridge, voie ferrée et route, deux structures métalliques de plus
d'un kilomètre chacune. L'endroit est plat à perte de vue
entrecoupé de terres et d'eaux. Cap à 24°10/27°Nord. Nous
laissons Gouripur, Lalpur, deux petits villages de tôles et de briques pour suivre la voie ferrée qui dessert le
Sikkim. La température s'est rafraîchie ce qui a réveillé
Mélissa. Nous remettons nos blousons... nous approchons des
hautes montagnes...encore une heure de vol
minimum.
Le
territoire que nous traversons en ce moment pourrait s'apparenter à n'importe
quel relief européen, un patchwork de terres cultivées parsemées
de petites maisons entourées de bosquets. Puis, c'est Jalpaiguri,
Sevoke et la remontée de la tortueuse Teesta river qui coupe la
montagne de la province indienne, avec une descente en arrivée initiale à
600mètres le long du couloir peu encaissé de Sevoke pour passer
largement entre les collines.
-C'est
fabuleux !...
Mai
regarde au-dessus de mon épaule, émerveillée, le serpent vert
parfois presque à sec qui tranche le massif et qui s'enfuit vers les
hauts sommets de l’Himalaya...vers la continuité de notre voyage.
Pour
l'instant, la faible pente ne présente aucune difficulté. On
aperçoit sur la gauche, la seule route de terre qui louvoie au pied des
collines. On devine le flot incessant et ininterrompu des camions
chargés de marchandises diverses effectuer la traversée de
Darjeeling à Sevoke, Kalijhora et Birik Dara situé à 400 mètres
d'altitude.
Avec
toujours la Teesta River en visuel, nous passons au-dessus de la
centrale hydroélectrique du Low Dam pour aborder un relief plus
encaissé. Les sommets en pente douce atteignent maintenant plus de
1500 mètres et vont croissant.
Deux
rivières, deux nuances de couleur, nous arrivons au confluent de la
Teesta, vert limon et de la Rajeet, vert émeraude.
Nous suivons la Teesta, ce long fil qui remonte comme sa sœur vers
le district le plus éloigné de l'Inde. Je plafonne toujours
aisément à 600 mètres et la largeur du couloir me permet d'éviter
de balancer l'avion pour passer dans le lit de la gorge.
Nous
survolons des villages perchés sur des monticules de terre faits de
maisons blanchies à la chaux surmontées d'un toit de tôle, agglutinées comme des boîtes de conserves sans espace comme
pour se tenir chaud. Il y a des gamins qui jouent dans le lit de la rivière qui, étonnés, à notre approche en coup de vent, nous font des
signes cordiaux de la main....tardivement.
C'est Malli, la foret de
Bhaalukhop, celles de Sangser, Rangpo, les villages de Majitar,
Bardang, Chisopani, Topakhani, Sangkhola et Gangtok. Je m'aperçois
d'une chose. Depuis Rangpo, la rivière n'est plus que filets d'eau,
encombrée de gros rochers. Si les barrages retiennent toute l'eau en
amont, les forets placées de chaque côté de la montagne manquent
d'humidité. La végétation est terne, sèche, jaunie, craquèle
comme une vieille photo qui a perdu de sa patine, envahie par la
poussière de terre et de pierre, constamment soulevée en un
brouillard blanc par les nombreux camions.
-Là !
En bas ! S'écrie Mélissa.
-Oui
ma chère, c'est là que nous nous posons.
Un
lac laiteux, calme et désert, enclavé entre la route et la montagne. Je me pose à cinquante mètres de la route.
Terminus. Tout le monde descend. Les deux hélices sont à peine
arrêtées que chacun s’attelle à la tâche. Mai et Mélissa
ouvrent les ballots en silence. Je sors la mallette au dinghy et l'amorce d'un coup. Une fois totalement gonflé, je commence à
charger les paquets emballés de plastique.
Une
fois tout le matériel sur la rive, Mélissa attend la bonne position
du satellite pour prendre contact avec Charles. Il devrait bientôt passer à
la verticale. Le
timing est parfait. Dix minutes plus tard, Charles est au bout du fil.
La
conversation est brève, efficace. Un camion part en ce moment de la
station 32 rempli de carburant et préparé deux jours auparavant sur
la directive de l'oncle Charles qui a conservé tous ses contacts dans la
région. C'est un certain Baba qui doit s'en charger.
En
attendant, nous montons les différentes pièces achetées par Chan à
Saïgon à une entreprise australienne de surplus américain...à
savoir un moteur, une fourche, deux roues, un pot de détente, phare,
cale-pieds sans oublier deux selles et deux sacoches ce qui devrait
donner...une Harley en kit...fallait le faire !.
Le camion arrive une heure plus tard. Nous venons
de terminer l'assemblage et Mélissa a rapproché le Be12 de la rive
pour effectuer le plein et revenir avec escale sur une ligne
officielle à Hong-Kong avec l'appareil...Charles a fait le
nécessaire pour le rapatriement...pas question de le laisser sur le
lac, à la vue de tout le monde et des autorités....trop de
problèmes soulevés pour la suite de notre voyage même si Charles a
toujours conservé de bonnes relations au Sikkim....on ne sait
jamais.
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