jeudi 21 août 2014

Arrivée au Sikkim




Nous voilà repartis. L'avion a puisé quelques larmes en quittant le Gange mais la chaleur a vite fait d'essuyer son corps d'argent. Cette pose lui a fait du bien. Nous volons plein ouest direction le district du Sikkim, en Inde.

Mélissa s'est endormie sur les ballots. Quant à Mai, elle scrute au delà du hublot la terre qui s'éloigne et ces fourmis qui gesticulent et s'agglutinent à l'endroit où nous étions. Le petit garçon doit être triste pense-t-elle.....l'oiseau de fer s'est envolé.

Nous survolons en coup de vent les deux ponts sur le Padma, les Lalon Shah Bridge, voie ferrée et route, deux structures métalliques de plus d'un kilomètre chacune. L'endroit est plat à perte de vue entrecoupé de terres et d'eaux. Cap à 24°10/27°Nord. Nous laissons Gouripur, Lalpur, deux petits villages de tôles et de briques pour suivre la voie ferrée qui dessert le Sikkim. La température s'est rafraîchie ce qui a réveillé Mélissa. Nous remettons nos blousons... nous approchons des hautes montagnes...encore une heure de vol  minimum.

Le territoire que nous traversons en ce moment pourrait s'apparenter à n'importe quel relief européen, un patchwork de terres cultivées parsemées de petites maisons entourées de bosquets. Puis, c'est Jalpaiguri, Sevoke et la remontée de la tortueuse Teesta river qui coupe la montagne de la province indienne, avec une descente en arrivée initiale à 600mètres le long du couloir peu encaissé de Sevoke pour passer largement entre les collines.

-C'est fabuleux !...

Mai regarde au-dessus de mon épaule, émerveillée, le serpent vert parfois presque à sec qui tranche le massif et qui s'enfuit vers les hauts sommets de l’Himalaya...vers la continuité de notre voyage.
Pour l'instant, la faible pente ne présente aucune difficulté. On aperçoit sur la gauche, la seule route de terre qui louvoie au pied des collines. On devine le flot incessant et ininterrompu des camions chargés de marchandises diverses effectuer la traversée de Darjeeling à Sevoke, Kalijhora et Birik Dara situé à 400 mètres d'altitude.

Avec toujours la Teesta River en visuel, nous passons au-dessus de la centrale hydroélectrique du Low Dam pour aborder un relief plus encaissé. Les sommets en pente douce atteignent maintenant plus de 1500 mètres et vont croissant.

Deux rivières, deux nuances de couleur, nous arrivons au confluent de la Teesta, vert limon et de la Rajeet, vert émeraude. Nous suivons la Teesta, ce long fil qui remonte comme sa sœur vers le district le plus éloigné de l'Inde. Je plafonne toujours aisément à 600 mètres et la largeur du couloir me permet d'éviter de balancer l'avion pour passer dans le lit de la gorge.

Nous survolons des villages perchés sur des monticules de terre faits de maisons blanchies à la chaux surmontées d'un toit de tôle, agglutinées comme des boîtes de conserves sans espace comme pour se tenir chaud. Il y a des gamins qui jouent dans le lit de la rivière qui, étonnés, à notre approche en coup de vent, nous font des signes cordiaux de la main....tardivement.

 C'est Malli, la foret de Bhaalukhop, celles de Sangser, Rangpo, les villages de Majitar, Bardang, Chisopani, Topakhani, Sangkhola et Gangtok. Je m'aperçois d'une chose. Depuis Rangpo, la rivière n'est plus que filets d'eau, encombrée de gros rochers. Si les barrages retiennent toute l'eau en amont, les forets placées de chaque côté de la montagne manquent d'humidité. La végétation est terne, sèche, jaunie, craquèle comme une vieille photo qui a perdu de sa patine, envahie par la poussière de terre et de pierre, constamment soulevée en un brouillard blanc par les nombreux camions.

-Là ! En bas ! S'écrie Mélissa.

-Oui ma chère, c'est là que nous nous posons.

Un lac laiteux,  calme et désert, enclavé entre la route et la montagne. Je me pose à cinquante mètres de la route. Terminus. Tout le monde descend. Les deux hélices sont à peine arrêtées que chacun s’attelle à la tâche. Mai et Mélissa ouvrent les ballots en silence. Je sors la mallette au dinghy et l'amorce d'un coup. Une fois totalement gonflé, je commence à charger les paquets emballés de plastique.

Une fois tout le matériel sur la rive, Mélissa attend la bonne position du satellite pour prendre contact avec Charles. Il devrait bientôt passer à la verticale. Le timing est parfait. Dix minutes plus tard, Charles est au bout du fil.

La conversation est brève, efficace. Un camion part en ce moment de la station 32 rempli de carburant et préparé deux jours auparavant sur la directive de l'oncle Charles qui a conservé tous ses contacts dans la région. C'est un certain Baba qui doit s'en charger.

En attendant, nous montons les différentes pièces achetées par Chan à Saïgon à une entreprise australienne de surplus américain...à savoir un moteur, une fourche, deux roues, un pot de détente, phare, cale-pieds sans oublier deux selles et deux sacoches ce qui devrait donner...une Harley en kit...fallait le faire !.

Le camion arrive une heure plus tard. Nous venons de terminer l'assemblage et Mélissa a rapproché le Be12 de la rive pour effectuer le plein et revenir avec escale sur une ligne officielle à Hong-Kong avec l'appareil...Charles a fait le nécessaire pour le rapatriement...pas question de le laisser sur le lac, à la vue de tout le monde et des autorités....trop de problèmes soulevés pour la suite de notre voyage même si Charles a toujours conservé de bonnes relations au Sikkim....on ne sait jamais.













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