Je
repose une nouvelle fois le journal. Il est un fait certain qu'un
élément semble évident. La photo que Chris a pris devant le
temple est l'élément déclencheur qui a conduit à l'assassinat de
nos deux tourtereaux. Deux questions cependant me turlupinent. La
première est pourquoi ont-ils attendu si longtemps et aux Seychelles
pour perpétrer leur crime ? La seconde : Ont-ils arrêté
les coupables ?(bien reconnaissables sur la photo) et pourquoi
la presse a cessé tout suivi de l'information après ce crime
horrible.... J'ai bien envie d'aller rendre une petite visite au
commissaire qui s'est occupé de prendre la déposition de Chris et
la pièce à conviction.
-mmmmm.....
Mai
maugrée, déçue de ne plus rien entendre. Je lui explique.
Dix
minutes plus tard, nous voilà partis à pied vers le Central.
En
passant près d'un quartier chaud, des gamins haranguent les passants
au sortir d'un bar à la mode, vantant les « produits topless »
enfermés dans une atmosphère saturée d'alcool et de fumée.
Quelques
occidentaux ventripotents déjà un peu gris jacassent à voix haute,
assis sur de hauts tabourets de bar, une singha ou une mékong dans
leurs mains fébriles. Prés d'eux, des filles outrageusement
maquillées font les cent pas cherchant celui qui les fera danser ou
s'amuser contre une consommation....elles n'ont guère plus de quinze
ans....
Mai
se raccroche à moi. Elle ne connait que trop bien ce genre de fille
souvent ravies à leur famille contre quelques centaines de bahts et
embrigadées dans l'illusion d'une vie meilleure. Les rabatteurs
avaient sans doute promis à leurs parents de faire d'elles des
secrétaires, des dactylos ou autres métiers honorables. A la place,
elles ont appris à séduire, à s'offrir, à devenir la fille que
l'on regarde danser presque nue contre de l'argent. Mai en
connaissait de ces filles là, à Saïgon. La différence, leur
profession : gogo danseuse avec un statut et une prise en charge
sociale efficace même si elles dansaient à moitié nues et par
plaisir,
alors
que là......
Nous
abordons le commissariat aux environs de dix neuf heures. Un policier
est en faction devant la porte qu'il ouvre pour nous laisser entrer.
Le hall est agréable d'aspect, bien éclairé. Il sent le papier,
cette odeur particulière d'encre de rotative qui traverse souvent en
coup de vent léger les vieilles bibliothèques.
Derrière
un comptoir, un factionnaire fait mine de travailler, son regard
amusé porté vers un personnage truculent, imberbe, costumé et
maquillé comme une drag queen et encadré de deux policiers au
sourire moqueur.
Le
commissaire nous reçoit aussitôt. Il est vrai que les affaires
n'ont pas l'air de se bousculer en ce moment. Courtois et
professionnel, il consent à nous communiquer le suivi de l'affaire
qui nous interesse.
Après
une enquête rapide claisemée de points d'interrogation, ils ont pu
appréhender des suspects...plus suspects que coupables. Les charges
retenues contre ces derniers étant irrecevables du fait du manque
de preuve et d'alibis cousus de fil blanc, ils ont été relâchés
et l'affaire a été classée sans suite.
Une
rage sourde m'envahit soudain que la bienséance m'oblige à réfréner
dans un silence en chien de faïence.
Soucieux
de mon état pivoine préoccupant et par sécurité, l'officier
referme le dossier, se dirige vers la porte, l'ouvre et nous invite à
le suivre. Mai est à la traîne. Elle s'arrête un instant pour
renouer la lanière de son soulier en souriant au commissaire d'un
air contrit. Indifférent, celui-ci se dirige vers la porte d'entrée,
l'ouvre et s'efface pour nous laisser passer. Mai me rejoint et nous
prenons congé du fonctionnaire en le saluant respectueusement...
En
cet instant, la moutarde me monte au nez pourtant je n'en fais rien
et pour cause...
Mai
m'intime de me taire et, discrètement, me montre de facto le
dossier de l'enquête subtilisé par ses soins.
Ébloui
par tant d'audace, je ne peux qu'approuver son geste, salvateur de
mon ressentiment envers la police thaïlandaise et la gratifie d'un
waï bossu et obséquieux.
Mai c'est bien débrouillée pour prendre le dossier, je me demande ce que tu trouveras dedans ? Il y a toujours beaucoup de suspense dans l'histoire. Amicalement.
RépondreSupprimerC'est une nouvelle fois bercé par ce parfum de mystère dans les vapeurs d'alcool et le déhanchement lascif de ces jeunes taxis-gilrs que je poursuis avec avidité le cours de cette histoire où ton écriture se mêle à notre imaginaire pour nous faire palpiter et humer en même temps les charmes et la décadence de cet 'extrême-Orient sulfureux...!
RépondreSupprimerBon après-midi cher Chris Daniels