Ce
soir, j'ai décidé avec Moon de flâner du côté de Patpong.
L'histoire d'hier a éveillé ma curiosité. Depuis le temps que j'en
entend parler, il serait bon que je puisse me faire une opinion avant
notre départ pour Mahé.
20
heures- voilà, nous sommes prêts. Les valises sont bouclées.
Demain est le grand jour.
23
heures 30-Nous voici revenus à l'hôtel. Cette virée dans ce
quartier chaud me laisse un goût amer. Moon n'a pas aimé s'attarder
et je la comprends.....
je
m'explique.....
Au
sortir de l'hôtel, nous avons repris le chemin de Rama IV Road.
Beaucoup de touristes déambulent comme nous, empruntant la même
direction. Des enfants sortent de ruelles à l'éclairage déficient ;
deux gamins d'une dizaine d'années ; ils nous tendent leurs
mains repoussantes de saleté. Moon les rabroue fermement, sans
animosité...pauvres gosses. Ils hésitent un moment, maugréent
quelques mots inintelligibles pour mon oreille et rejoignent leur
affût malfamé aussi soudainement qu'ils sont apparus.
J'avance
une parole légère.
-J'aurai
pu leur laisser quelques bahts ?....ne crois-tu pas, Moon ?
-non Chris
!... me répond-elle...mâï dih !...mauvais ! eux
travailler sûrement pour patron nàït klap, Patpong. Dangereux !
Dans œil police...naï dtah dtame-rouh-at !....
-Tu
le connais ?
-bahng
tih !...peut-être! Ici, homme très influent ! Patron Body
Body, La Chérie...si lui... alors bon, mais si autre hâhme àhp op
nôoh-at...roule dans grosse américaine,...mauvais
œil...trafic...sahme lih-ame torng kame...Triangle d'or...arrêté
plusieurs fois...relâché vite...caution...jamais condamné !
Dans
l'excitation du moment, Moon mélangeait sa langue maternelle avec la
mienne. Ses yeux brillaient en m'expliquant le pourquoi de son refus
de quelques pièces. J'étais suspendu à ses lèvres même si je
n'avais pas tout compris...
et
elle en « rajoutait une couche ».....
-mari
ma tante, oncle Somsak, vouloir s'attaquer légalement à lui. Un
mois plus tard, oncle tué dans accident tuc-tuc bizarre...police pas
comprendre...laissé tomber...aussi, amour, rester loin de mauvais
homme et ceux qui travaillent pour lui. !
Elle
avait été très explicite. Je la rassurais d'un baiser volé.
Tu
sais Richard que je suis téméraire mais pas suicidaire. Je te
laisse ce soin si ça peut t’intéresser. Toutefois, je te met en
garde sur les méthodes peu orthodoxes de ce monsieur réputé
« intouchable »...
A
ce stade de la lecture, je posais le journal. Une sourde colère me
prend. Chris n'avait pas changé. Toujours à jouer le chevalier
blanc sans se soucier des risques. Je me rappelle, lorsque nous
avions une dizaine d'années, son personnage fétiche était Bayard,
le chevalier sans peur et sans reproche. Combien de fois l'ai-je
sorti du pétrin dans lequel, volontairement, il s'était mis,
n'hésitant pas à s'attaquer à plus grand et plus fort que
lui....bien entendu, lorsque Mère nous voyait revenir lui intact et
moi les vêtements déchirés, celui qui était puni...c'était moi,
prétextant que je m'étais bagarré. Devant l'air farouche de mère,
il laissait tomber ces quelques mots qui étaient sensés la
rassurer... »Oh...mais il a gagné...maman ! » ce
qui la rendait encore plus furieuse....
Je
retrouve l'espace d'un instant le chemin des souvenirs, ce qui
me fait sourire; devant mon air un peu absent, un peu idiot, Mai
passe sa main dans mes cheveux et me frictionne énergiquement......
-Hou...hou..allô,
la Terre !....je ne vous reçois pas !....
puis,
doucement....
-continue...
mon cœur !
Ne
dit-on pas....ce que femme veut...Dieu le veut....je reprenais donc
où je m'étais arrêté....à la grande joie de Mai....qui tire une
langue jusqu'à terre en haletant........
j'esquisse
un sourire.
Ce
soir, l'atmosphère semble différente, plus éclairée, plus
vivante. Sur l'avenue, j'aperçois un sam-lo. Je le hèle. Il arrive,
crachant une fumée nauséabonde. Le tucker est jeune, d'abord
sympathique. Assis sur l'étroite moleskine, nous descendons
rapidement vers le parc.
Suriwongse
Road est toute illuminée mais de toute cette lumière se dégage un
parfum d'artifice et de souffrance morale. Des vitrines dissimulent
des salons de massage, enrubannés de néons criards et multicolores
qui laissent apparaître de frêles et désabusées jeunes filles,
presque des enfants, revêtues de blouses bigarrées comme seul
vêtement sur lequel un numéro sélectif est collé.
Moon,
qui suit mon regard, soupire....
-Phouyng
ha kin !...dit-elle, consciente de la vision que son pays montre
ici, dans toute sa misère....
J'acquiesce.
Elles attendent le client, en regardant l'écran d'une télévision
surannée, prête à suivre sans joie celui qui les aura choisi pour
un instant de bonheur égoïste, rehaussant leur poitrine à peine
naissante ou peignant leurs ongles d'un rouge vif ou noir.
Je sens venir la catastrophe et le récit devient encore plus émouvant et plus inquiétant. Les personnages sont fascinants peut être à cause du sort qui leur sera réservé. Bonne journée, amicalement !
RépondreSupprimerl'atmosphère de ton récit me prend au coeur ... ton récit me rappelle trop ma vision récente du quartier de "Nana Plaza" à Bangkok .... j'étais choquée et surtout triste à pleurer du sort de ces jeunes filles, presque encore des enfants .... la suite de ton récit m'inquiète déjà ....
RépondreSupprimerbisous et bonne soirée
... et merci pour tes gentils compliments qui récompensent largement mon investissement sur mon blog .. merci
re-bonsoir ... pas avant mi-septembre, les grandes vacances !! mais au bord de la méditerranée, l'été, c'est du bonheur !!
RépondreSupprimercette année, pas l'asie pour moi mais l'afrique ... Madagascar !!
bises bonne nuit et encore merci