mardi 8 juillet 2014

Moon 7




Ce soir, j'ai décidé avec Moon de flâner du côté de Patpong. L'histoire d'hier a éveillé ma curiosité. Depuis le temps que j'en entend parler, il serait bon que je puisse me faire une opinion avant notre départ pour Mahé.

20 heures- voilà, nous sommes prêts. Les valises sont bouclées. Demain est le grand jour.

23 heures 30-Nous voici revenus à l'hôtel. Cette virée dans ce quartier chaud me laisse un goût amer. Moon n'a pas aimé s'attarder et je la comprends.....

je m'explique.....

Au sortir de l'hôtel, nous avons repris le chemin de Rama IV Road. Beaucoup de touristes déambulent comme nous, empruntant la même direction. Des enfants sortent de ruelles à l'éclairage déficient ; deux gamins d'une dizaine d'années ; ils nous tendent leurs mains repoussantes de saleté. Moon les rabroue fermement, sans animosité...pauvres gosses. Ils hésitent un moment, maugréent quelques mots inintelligibles pour mon oreille et rejoignent leur affût malfamé aussi soudainement qu'ils sont apparus.
J'avance une parole légère.

-J'aurai pu leur laisser quelques bahts ?....ne crois-tu pas, Moon ?

-non Chris !... me répond-elle...mâï dih !...mauvais ! eux travailler sûrement pour patron nàït klap, Patpong. Dangereux ! Dans œil police...naï dtah dtame-rouh-at !....

-Tu le connais ?

-bahng tih !...peut-être! Ici, homme très influent ! Patron Body Body, La Chérie...si lui... alors bon, mais si autre hâhme àhp op nôoh-at...roule dans grosse américaine,...mauvais œil...trafic...sahme lih-ame torng kame...Triangle d'or...arrêté plusieurs fois...relâché vite...caution...jamais condamné !

Dans l'excitation du moment, Moon mélangeait sa langue maternelle avec la mienne. Ses yeux brillaient en m'expliquant le pourquoi de son refus de quelques pièces. J'étais suspendu à ses lèvres même si je n'avais pas tout compris...
et elle en « rajoutait une couche ».....

-mari ma tante, oncle Somsak, vouloir s'attaquer légalement à lui. Un mois plus tard, oncle tué dans accident tuc-tuc bizarre...police pas comprendre...laissé tomber...aussi, amour, rester loin de mauvais homme et ceux qui travaillent pour lui. !

Elle avait été très explicite. Je la rassurais d'un baiser volé.

Tu sais Richard que je suis téméraire mais pas suicidaire. Je te laisse ce soin si ça peut t’intéresser. Toutefois, je te met en garde sur les méthodes peu orthodoxes de ce monsieur réputé « intouchable »...

A ce stade de la lecture, je posais le journal. Une sourde colère me prend. Chris n'avait pas changé. Toujours à jouer le chevalier blanc sans se soucier des risques. Je me rappelle, lorsque nous avions une dizaine d'années, son personnage fétiche était Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche. Combien de fois l'ai-je sorti du pétrin dans lequel, volontairement, il s'était mis, n'hésitant pas à s'attaquer à plus grand et plus fort que lui....bien entendu, lorsque Mère nous voyait revenir lui intact et moi les vêtements déchirés, celui qui était puni...c'était moi, prétextant que je m'étais bagarré. Devant l'air farouche de mère, il laissait tomber ces quelques mots qui étaient sensés la rassurer... »Oh...mais il a gagné...maman ! » ce qui la rendait encore plus furieuse....

Je retrouve l'espace d'un instant le chemin des souvenirs, ce qui me fait sourire; devant mon air un peu absent, un peu idiot, Mai passe sa main dans mes cheveux et me frictionne énergiquement......

-Hou...hou..allô, la Terre !....je ne vous reçois pas !....
puis, doucement....

-continue... mon cœur !

Ne dit-on pas....ce que femme veut...Dieu le veut....je reprenais donc où je m'étais arrêté....à la grande joie de Mai....qui tire une langue jusqu'à terre en haletant........
j'esquisse un sourire.

Ce soir, l'atmosphère semble différente, plus éclairée, plus vivante. Sur l'avenue, j'aperçois un sam-lo. Je le hèle. Il arrive, crachant une fumée nauséabonde. Le tucker est jeune, d'abord sympathique. Assis sur l'étroite moleskine, nous descendons rapidement vers le parc.

Suriwongse Road est toute illuminée mais de toute cette lumière se dégage un parfum d'artifice et de souffrance morale. Des vitrines dissimulent des salons de massage, enrubannés de néons criards et multicolores qui laissent apparaître de frêles et désabusées jeunes filles, presque des enfants, revêtues de blouses bigarrées comme seul vêtement sur lequel un numéro sélectif est collé.

Moon, qui suit mon regard, soupire....

-Phouyng ha kin !...dit-elle, consciente de la vision que son pays montre ici, dans toute sa misère....

J'acquiesce. Elles attendent le client, en regardant l'écran d'une télévision surannée, prête à suivre sans joie celui qui les aura choisi pour un instant de bonheur égoïste, rehaussant leur poitrine à peine naissante ou peignant leurs ongles d'un rouge vif ou noir.




3 commentaires:

  1. Je sens venir la catastrophe et le récit devient encore plus émouvant et plus inquiétant. Les personnages sont fascinants peut être à cause du sort qui leur sera réservé. Bonne journée, amicalement !

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  2. l'atmosphère de ton récit me prend au coeur ... ton récit me rappelle trop ma vision récente du quartier de "Nana Plaza" à Bangkok .... j'étais choquée et surtout triste à pleurer du sort de ces jeunes filles, presque encore des enfants .... la suite de ton récit m'inquiète déjà ....
    bisous et bonne soirée
    ... et merci pour tes gentils compliments qui récompensent largement mon investissement sur mon blog .. merci

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  3. re-bonsoir ... pas avant mi-septembre, les grandes vacances !! mais au bord de la méditerranée, l'été, c'est du bonheur !!
    cette année, pas l'asie pour moi mais l'afrique ... Madagascar !!
    bises bonne nuit et encore merci

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