jeudi 10 juillet 2014

Moon 8





Je repose une nouvelle fois le journal. Il est un fait certain qu'un élément semble évident. La photo que Chris a pris devant le temple est l'élément déclencheur qui a conduit à l'assassinat de nos deux tourtereaux. Deux questions cependant me turlupinent. La première est pourquoi ont-ils attendu si longtemps et aux Seychelles pour perpétrer leur crime ? La seconde : Ont-ils arrêté les coupables ?(bien reconnaissables sur la photo) et pourquoi la presse a cessé tout suivi de l'information après ce crime horrible.... J'ai bien envie d'aller rendre une petite visite au commissaire qui s'est occupé de prendre la déposition de Chris et la pièce à conviction.

-mmmmm.....

Mai maugrée, déçue de ne plus rien entendre. Je lui explique.

Dix minutes plus tard, nous voilà partis à pied vers le Central.
En passant près d'un quartier chaud, des gamins haranguent les passants au sortir d'un bar à la mode, vantant les « produits topless » enfermés dans une atmosphère saturée d'alcool et de fumée.
Quelques occidentaux ventripotents déjà un peu gris jacassent à voix haute, assis sur de hauts tabourets de bar, une singha ou une mékong dans leurs mains fébriles. Prés d'eux, des filles outrageusement maquillées font les cent pas cherchant celui qui les fera danser ou s'amuser contre une consommation....elles n'ont guère plus de quinze ans....

Mai se raccroche à moi. Elle ne connait que trop bien ce genre de fille souvent ravies à leur famille contre quelques centaines de bahts et embrigadées dans l'illusion d'une vie meilleure. Les rabatteurs avaient sans doute promis à leurs parents de faire d'elles des secrétaires, des dactylos ou autres métiers honorables. A la place, elles ont appris à séduire, à s'offrir, à devenir la fille que l'on regarde danser presque nue contre de l'argent. Mai en connaissait de ces filles là, à Saïgon. La différence, leur profession : gogo danseuse avec un statut et une prise en charge sociale efficace même si elles dansaient à moitié nues et par plaisir,

alors que là......

Nous abordons le commissariat aux environs de dix neuf heures. Un policier est en faction devant la porte qu'il ouvre pour nous laisser entrer. Le hall est agréable d'aspect, bien éclairé. Il sent le papier, cette odeur particulière d'encre de rotative qui traverse souvent en coup de vent léger les vieilles bibliothèques.

Derrière un comptoir, un factionnaire fait mine de travailler, son regard amusé porté vers un personnage truculent, imberbe, costumé et maquillé comme une drag queen et encadré de deux policiers au sourire moqueur.

Le commissaire nous reçoit aussitôt. Il est vrai que les affaires n'ont pas l'air de se bousculer en ce moment. Courtois et professionnel, il consent à nous communiquer le suivi de l'affaire qui nous interesse.
Après une enquête rapide claisemée de points d'interrogation, ils ont pu appréhender des suspects...plus suspects que coupables. Les charges retenues contre ces derniers étant irrecevables du fait du manque de preuve et d'alibis cousus de fil blanc, ils ont été relâchés et l'affaire a été classée sans suite.

Une rage sourde m'envahit soudain que la bienséance m'oblige à réfréner dans un silence en chien de faïence.
Soucieux de mon état pivoine préoccupant et par sécurité, l'officier referme le dossier, se dirige vers la porte, l'ouvre et nous invite à le suivre. Mai est à la traîne. Elle s'arrête un instant pour renouer la lanière de son soulier en souriant au commissaire d'un air contrit. Indifférent, celui-ci se dirige vers la porte d'entrée, l'ouvre et s'efface pour nous laisser passer. Mai me rejoint et nous prenons congé du fonctionnaire en le saluant respectueusement...

En cet instant, la moutarde me monte au nez pourtant je n'en fais rien et pour cause...
Mai m'intime de me taire et, discrètement, me montre de facto le dossier de l'enquête subtilisé par ses soins.

Ébloui par tant d'audace, je ne peux qu'approuver son geste, salvateur de mon ressentiment envers la police thaïlandaise et la gratifie d'un waï bossu et obséquieux.

2 commentaires:

  1. Mai c'est bien débrouillée pour prendre le dossier, je me demande ce que tu trouveras dedans ? Il y a toujours beaucoup de suspense dans l'histoire. Amicalement.

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  2. C'est une nouvelle fois bercé par ce parfum de mystère dans les vapeurs d'alcool et le déhanchement lascif de ces jeunes taxis-gilrs que je poursuis avec avidité le cours de cette histoire où ton écriture se mêle à notre imaginaire pour nous faire palpiter et humer en même temps les charmes et la décadence de cet 'extrême-Orient sulfureux...!
    Bon après-midi cher Chris Daniels

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