17
heures-Installés sur la véranda, nous attendons le coucher de
soleil. Le soir tombe vite sous le quatorzième parallèle. Le
crépuscule est magnifique...ooi kekko comme on dit au Japon. Nous
avons tous marché vers la plage pour l'apercevoir, frisant la ligne
rouge de l'horizon, s'enfonçant immuablement dans les flots comme un
décor qui s'affaisse derrière une scène de Butterfly, laissant un
ciel bleu aux multiples nuances.
La
fraîcheur vespérale nous ravit à cette plage, nous obligeant à
rentrer au bungalow reconnaissable aux lumignons placés aux quatre
coins de l'habitation, sensés éloigner les mauvais esprits et
conforter l'âme et le corps de ceux dont elle assure la
protection.
Quoique
fatigués, nous mangeons de bon appétit. Les mets sont succulents et
préparés avec raffinement. A la fois légers, variés et
rafraîchissants, ils sont étalés avec goût sur l'immense table du
salon.
Autour
d'une dizaine de plats de riz, de pansits (nouilles chinoises), de
galettes de sagou frit et d'asperges, on y voit du poulet
préalablement découpé, du léchon (fines tranches de porc), une
curacha (mi-crabe, mi-écrevisse), un maya-maya (une espèce de
vivaneau à queue jaune)
additionné
de bagoong (sorte de nuoc-mâm)
Sur
une table jouxtant la table principale, je remarque les desserts ;
des calamay (sorte de riz au lait de coco additionné de sucre
candy),de l'ananas, du pomelo et des glaces à l'ube (sorte d'igname
à chair brune) le tout préparé dans des coupelles de porcelaine.
Pour
faire descendre le tout, du lait de coco, du jus de papaye...pour les
filles ; quant aux grands, Kim a prévu du basi (vin rouge de
canne à sucre) et...cerise sur le gâteau...une bouteille de Pomerol
l'Evangile de 1980 qu'elle s'est procurée Je ne sais où !
Il
est 21 heures lorsque nous terminons le repas. Tout le monde est
fatigué. Soo s'étire en baillant longuement. Mai me regarde et me
désigne un coin de la table. Kim est repliée, affalée sur son
assiette. Le Pomerol était bon... Elle dort déjà. Je me lève pour
la réveiller mais Tuan, gentiment, pose sa main sur mon bras en
souriant. D'un bras vigoureux, il soulève doucement la naine, nous
fait un signe de la tête du style bonsoir et, sans bruit, emporte
Kim derrière les tentures d'organdi qui masquent les chambres.
Mai
et Soo sont réveillées et n'ont plus sommeil.
Jhonel
et Joramae, les deux serviteurs entrent pour débarrasser la table,
ce qui nous oblige à battre en retraite au salon. Un bon feu nous y
attend. Mai a rentré son fauteuil et Soo son rocking-chair. Il ne me
reste qu'un fauteuil crapaud, ma foi bien confortable. La question se
pose : où allons-nous dormir ?
La
réponse est de courte durée. Tuan revient et nous invite à le
suivre.
Nous
lui emboîtons le pas, passons sans bruit devant une chambre dans
laquelle j'aperçois Kim, déjà endormie et pénétrons dans la
nôtre, car je présume que c'est la nôtre...ce qui frappe en
premier c'est un imposant ventilateur central puis, entre deux
appliques, deux grands lits enveloppés chacun d'une immense
moustiquaire blanche en polyester, deux tables basses en rotin, une à
la tête du lit, l'autre au pied. Petit plus étonnant.. posé sur
les draps blancs, une Bible....les Philippins sont très croyants....
Mai
et Soo dans un lit, moi dans l'autre. Bientôt, elles ne tardent pas
à rejoindre Morphée, malgré le léger claquement ininterrompu des
pales du ventilateur ...et ce, sans passer par la case prière. Je
les comprends.
Y
a t-il une échelle de mesure pour dire jusqu'à quel point un
chrétien doit souffrir afin d'attendre la clémence d'un Dieu qui
demeure muet ?
La
bible en mains (c'est moins long que la Comédie Humaine), je jette
parfois un coup d'oeil sur ces deux anges sans ailes, au sourire béat
et je me dis que le fait de vivre ma vie telle que je l'entendais
avant me convenait, du moins le pensais-je. J'avais exclu certaines
spécificités incompatibles avec ma profession telle que l'absurdité
d'une vie de famille rangée ou ma recherche stérile du bonheur mais
en fin de compte, je m'aperçois qu'au fond de moi-même, ces valeurs
existaient déjà et la présence de Mai et Soo me les ont faites
redécouvrir. Elles sont en train de donner un sens à ma vie de
« vagabond » ; elles m'ont fourni le moyen d'avoir
ce que je désirais depuis longtemps sans toutefois y obéir.
La
main involontairement posé sur le livre sacré comme pour prêter
serment ou par mea culpa...
j'ai
toujours réagi par égoïsme professionnel et je reste persuadé que
mes deux anges sauront canaliser mes responsabilités de façon
constructive et évolutive.
J'ai
toujours été un franc-tireur et elles sont, par leur présence, la
bouée de sauvetage qui va me permettre de surmonter l'amertume de la
solitude, voire...autre chose... Il est un âge où ce terme de
solitude s'apparente...à la vieillesse....mais je ne le dirais pas.
Zut ! Trop tard !
Egaré
dans ce soliloque intérieur, j'ai conscience d'une menace imminente
mais j'ignore encore laquelle... vieux réflexe de baroudeur. Le
mieux, pense-je, c'est d'aller voir …..
Je
me lève, ferme l'applique, m'avance prudemment vers le rai de
lumière qui filtre de la tenture, prête une oreille attentive à
quelque éventuel bruit mais rien. Je tire un pan léger de
l'organdi....
et
pars d'un rire tonitruant qui réveille bientôt toute l'habitation.
prochainement : Hong-Kong
prochainement : Hong-Kong
Me voici de retour vers la suite de cette belle histoire exotique et emmène mes rêves vers les Philippines. passe une belle journée à bientôt amitiés
RépondreSupprimerBonjour Chris Daniels,
RépondreSupprimerQuelle belle aventure !
Les couchers de soleil sur la mer sont aussi très beaux en Bretagne ! _ Une cuisine bien raffinée, mais je ne sais, bien qu'ayant déjà goûté à ces cuisines lointaines, si j'aurais tout apprécié.
Très belle fin de journée.
Amitié.
Prima
Bonjour, en rentrant hier j'ai lu ce que j'avais manqué, je suis prise par cette histoire qui me passionne et je me demande tout le temps et après ? Amitié et bon week-end !
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