Au
milieu du salon, coincé sous la table basse, un imposant cochon
noir est tiraillé d'un côté par un Tuan cramoisi et de l'autre par
les deux serviteurs qui cherchent sans succès à le pousser vers le
chauffeur; mais pire qu'un âne bâté, le quadrupède ne bouge pas
d'une soie.
Derrière moi,
réveillées par le tintamarre de votre serviteur, Mai, Kim et Soo,
les yeux encore embuées de sommeil, se délectent du spectacle
singulier et amusant.
La fin de la nuit
fut épique. L'animal, poursuivi par Tuan, après une heure d'efforts communs, réussit à
se soustraire de son piège de teck et, sans demander son reste,
s'enfuit vers la porte à tambours qui donnait sur l'enclos des
chèvres.
Après un départ du bungalow rempli d'émotion entre Mai et Soo, quelques larmes volées de Tatie Kim sous un beau soleil, nous avons repris la route de l'aéroport.
Après un départ du bungalow rempli d'émotion entre Mai et Soo, quelques larmes volées de Tatie Kim sous un beau soleil, nous avons repris la route de l'aéroport.
Une fois à
Manille, j'avais téléphoné par deux fois chez Anderson mais
personne n'avait décroché. Même silence lorsque je l'avais appelé à
son club. Où etait-il ?
Hong-Kong
Le 747 provenant
de Manille négocie sa courbe avant d'aborder l'aéroport insolite de
Kaï-Tak. Placée à l'arrière droit de l'appareil, Mai apercoit la
mer et la multitude de bateaux faisant partis du cadre quotidien de
celle-ci.. Au delà, identifiable à la colline de Victoria Peak
surplombant la baie : l'Ile de Hong-Kong.
Immeubles
modernes et maisons cossues paradent en façade, bousculant
d'ancestrales demeures chinoises, ce qui procure à l'ensemble un
charme indéfinissable, un mélange surprenant de bigarrure d'Orient
et d'Occident, le tout placé sous la protection mystérieuse d'un
dragon omniprésent... et inquiétant.
L'appareil touche
la piste aménagée au ras des eaux. J'ai pas mal bourlingué mais je
ne connais pas un seul coin dans le monde semblable à celui-ci où,
subodorer l'appareil affleurer l'immense métropole et la piste
aménagée vers la mer provoque sur chaque passager, pour autant
qu'il en soit conscient, une poussée d'adrénaline lui permettant
néanmoins de s'adapter aisément à la canicule, aux effluves
pollués de la cité et au vertige de sa fourmilière humaine.
15 heures 26.
Vingt minutes de retard. A l'ouverture de la porte, une incroyable
bouffée d'air chaud et humide envahit la cabine, clouant une
fraction de seconde les passagers sur place, gênant leur
respiration.
Mai sourit. La
dernière information diffusée par l'hôtesse avant
d'atterrir
avait été..
"la température extérieure est de
23° centigrades.... "
Je reste persuadé par expérience
qu'elle est nettement supérieure à celle annoncée. Je me mets à
détester sournoisement le petit sourire en coin du ravissant petit tailleur
rose laissant échapper courtoisement près de la
descente.... " Agréable séjour à Hong-Kong, porte de la
Chine.... "
...mais, avec un tel sourire, on ne peut que tout
pardonner...n'est-ce-pas ?
Comme à chaque
fois que je me rend sur l'Ile ou sur les Nouveaux Territoires, les
premiers mètres précédant le long couloir climatisé du terminal
me sont difficiles, souvenir de l'époque où tout occidental était
synonyme d'espion, un rappel cuisant me précipitant très loin dans
le passé, me faisant transpirer « froidement ». A
l'époque, j'étais moins enrobé que maintenant mais je transpirais
tout autant....
Mai n'a aucun problème, ses cinquante kilos et des
poussières ne la gênant nullement. De part son hérédité, elle
pouvait supporter un petit 40° C sans broncher. Au Viet-Nâm, la
température avoisinait souvent les 40° et même plus suivant la
région.
Au nord Tonkin,
le long de la rivière noire
en descendant
vers Hanoï , il m'est arrivé de crapahuter sous plus de 50°C. Et
pas question de se rafraîchir dans un des nombreux arroyos qui
sillonnent la vallée, on se retrouve vite envahi de sangsues.
...alors
autant suer.
Mai me regarde et
me présente deux doigts en signe de victoire.
Allez comprendre ce
qu'ils signifient à part victoire,
moi je n'ai jamais compris la façon dont les
adolescents communiquent, à croire qu'ils nous prennent pour des
sourds muets....ou des bonobos.
Après une bonne heure de formalités
et de shopping, nous sommes dehors et montons dans un taxi. Mai
commence à passer la main dans ses longs cheveux, essuyant quelques
gouttes de sueur (enfin) et moi...je perds les miennes.
Très peu de
temps suffisent pour que mon corps s'acclimate à cette fournaise. Ce
pouvoir de récupération vient du fait que mon horloge biologique
retrouve sa normalité, par instinct ou par habitude.
C'est une grave
erreur que d'évaluer la faiblesse d'un personnage à sa bonhommie et
minimiser ainsi le pouvoir de résistance qu'il détient.
Brecht n'a-t-il
pas dit qu'il importe d'être, non pas le plus fort mais le
survivant ?...
Le taximan,
un homme dans la trentaine, nous lance, pour entamer la
conversation :
-U.S....alleady
come ?....
-No.....French...Empress
hôtel and hurry up, please !
-O.K.patlon !
Empless hôtel !...confirme t-il, et, comme pour
lui....Flançais...Palis...la Toul Eiffel....
et il démarre en
trombe, ce qui nous projette contre le siège.
-Ey ! m'écrie-je....quietly !...one !
Perdu dans mes
réflexions, je ne vois pas l'homme qui tourne sournoisement le
compteur....mais Mai veille, me pousse du coude en m'indiquant de la
tête le manège...
-Ey ! Put the meter ! Please !...and two ! Three...no tip ! Dis je
-of
coulse..patlon..of coulse...s'excuse-t-il, en dodelinant de la
tête.
Son attitude
comique me rappelle ces chiens qu'il y a parfois sur la lunette
arrière des véhicules, balançant leur tête en un mouvement asinien et
grotesque.
Ce qui fait rire
Mai.
Le trafic, à
l'approche du centre ville devient plus dense. Les immeubles défilent
collés ou percés d'étroits boyaux qui sentent l'arnaque et le
coupe-gorge.
Bientôt, malgré la douce présence de Mai, ce retour
aux sources devient très pénible. Dix ans que j'ai quitté l'enclave
en rémission. Des visages passent comme des flashes, certains plus
prononcés que d'autres ; c'est, tour à tour, un mélange
d'émotions particulières, d'instants de bonheur ou de drame...par exemple, la
mort de Chris, mon demi-frère et de Moon Lin, sa femme. ….
Une sourde colère
m'envahit au contact de cette réminiscence , une rage
sourde qui se révèle tenace et immuable dans sa propre
absurdité...........
J'ai encore présent à l'esprit cet évènement tragique de juillet 1978 aux Seychelles.


Bonne fête des pères cher Chrisdaniels
RépondreSupprimerAmitiés à bientôt
Bonsoir Chrisdaniels,
RépondreSupprimerLa première et seule fois où je vis un cochon noir, ce fut bien moins loin. Hébergée dans un gîte en baie du Mont Saint-Michel, je fus fort surprise un matin en ouvrant les volets... je ne savais même pas que ça existait, pour moi ils étaient tous roses.
Très bonne soirée.
Amitié
Prima