dimanche 15 juin 2014

10-Hong-Kong

Au milieu du salon, coincé sous la table basse, un imposant cochon noir est tiraillé d'un côté par un Tuan cramoisi et de l'autre par les deux serviteurs qui cherchent sans succès à le pousser vers le chauffeur; mais pire qu'un âne bâté, le quadrupède ne bouge pas d'une soie.
Derrière moi, réveillées par le tintamarre de votre serviteur, Mai, Kim et Soo, les yeux encore embuées de sommeil, se délectent du spectacle singulier et amusant.
La fin de la nuit fut épique. L'animal, poursuivi par Tuan, après une heure d'efforts communs, réussit à se soustraire de son piège de teck et, sans demander son reste, s'enfuit vers la porte à tambours qui donnait sur l'enclos des chèvres.
 Après un départ du bungalow rempli d'émotion entre Mai et Soo, quelques larmes volées de Tatie Kim sous un beau soleil, nous avons repris la route de l'aéroport.

Une fois à Manille, j'avais téléphoné par deux fois chez Anderson mais personne n'avait décroché. Même silence lorsque je l'avais appelé à son club. Où etait-il ?





Hong-Kong

Le 747 provenant de Manille négocie sa courbe avant d'aborder l'aéroport insolite de Kaï-Tak. Placée à l'arrière droit de l'appareil, Mai apercoit la mer et la multitude de bateaux faisant partis du cadre quotidien de celle-ci.. Au delà, identifiable à la colline de Victoria Peak surplombant la baie : l'Ile de Hong-Kong.

Immeubles modernes et maisons cossues paradent en façade, bousculant d'ancestrales demeures chinoises, ce qui procure à l'ensemble un charme indéfinissable, un mélange surprenant de bigarrure d'Orient et d'Occident, le tout placé sous la protection mystérieuse d'un dragon omniprésent... et inquiétant.

L'appareil touche la piste aménagée au ras des eaux. J'ai pas mal bourlingué mais je ne connais pas un seul coin dans le monde semblable à celui-ci où, subodorer l'appareil affleurer l'immense métropole et la piste aménagée vers la mer provoque sur chaque passager, pour autant qu'il en soit conscient, une poussée d'adrénaline lui permettant néanmoins de s'adapter aisément à la canicule, aux effluves pollués de la cité et au vertige de sa fourmilière humaine.

15 heures 26. Vingt minutes de retard. A l'ouverture de la porte, une incroyable bouffée d'air chaud et humide envahit la cabine, clouant une fraction de seconde les passagers sur place, gênant leur respiration.
Mai sourit. La dernière information diffusée par l'hôtesse avant
d'atterrir avait été..

"la température extérieure est de 23° centigrades.... "

 Je reste persuadé par expérience qu'elle est nettement supérieure à celle annoncée. Je me mets à détester sournoisement le petit sourire en coin du ravissant petit tailleur rose laissant échapper courtoisement près de la descente.... " Agréable séjour à Hong-Kong, porte de la Chine.... "
...mais, avec un tel sourire, on ne peut que tout pardonner...n'est-ce-pas ?

Comme à chaque fois que je me rend sur l'Ile ou sur les Nouveaux Territoires, les premiers mètres précédant le long couloir climatisé du terminal me sont difficiles, souvenir de l'époque où tout occidental était synonyme d'espion, un rappel cuisant me précipitant très loin dans le passé, me faisant transpirer « froidement ». A l'époque, j'étais moins enrobé que maintenant mais je transpirais tout autant....
Mai n'a aucun problème, ses cinquante kilos et des poussières ne la gênant nullement. De part son hérédité, elle pouvait supporter un petit 40° C sans broncher. Au Viet-Nâm, la température avoisinait souvent les 40° et même plus suivant la région.
Au nord Tonkin, le long de la rivière noire
 http://mw2.google.com/mw-panoramio/photos/medium/59232716.jpg

en descendant vers Hanoï , il m'est arrivé de crapahuter sous plus de 50°C. Et pas question de se rafraîchir dans un des nombreux arroyos qui sillonnent la vallée, on se retrouve vite envahi de sangsues.
...alors autant suer.

Mai me regarde et me présente deux doigts en signe de victoire.

 Allez comprendre ce qu'ils signifient à part victoire, 

moi je n'ai jamais compris la façon dont les adolescents communiquent, à croire qu'ils nous prennent pour des sourds muets....ou des bonobos.

Après une bonne heure de formalités et de shopping, nous sommes dehors et montons dans un taxi. Mai commence à passer la main dans ses longs cheveux, essuyant quelques gouttes de sueur (enfin) et moi...je perds les miennes.
Très peu de temps suffisent pour que mon corps s'acclimate à cette fournaise. Ce pouvoir de récupération vient du fait que mon horloge biologique retrouve sa normalité, par instinct ou par habitude.

 C'est une grave erreur que d'évaluer la faiblesse d'un personnage à sa bonhommie et minimiser ainsi le pouvoir de résistance qu'il détient.
Brecht n'a-t-il pas dit qu'il importe d'être, non pas le plus fort mais le survivant ?...

Le taximan, un homme dans la trentaine, nous lance, pour entamer la conversation :

-U.S....alleady come ?....
 
-No.....French...Empress hôtel and hurry up, please !

-O.K.patlon ! Empless hôtel !...confirme t-il, et, comme pour lui....Flançais...Palis...la Toul Eiffel....

et il démarre en trombe, ce qui nous projette contre le siège.

-Ey ! m'écrie-je....quietly !...one !



Perdu dans mes réflexions, je ne vois pas l'homme qui tourne sournoisement le compteur....mais Mai veille, me pousse du coude en m'indiquant de la tête le manège...



-Ey ! Put the meter ! Please !...and two ! Three...no tip ! Dis je

-of coulse..patlon..of coulse...s'excuse-t-il, en dodelinant de la tête.

Son attitude comique me rappelle ces chiens qu'il y a parfois sur la lunette arrière des véhicules, balançant leur tête en un mouvement asinien et grotesque.

Ce qui fait rire Mai.

Le trafic, à l'approche du centre ville devient plus dense. Les immeubles défilent collés ou percés d'étroits boyaux qui sentent l'arnaque et le coupe-gorge. 
Bientôt, malgré la douce présence de Mai, ce retour aux sources devient très pénible. Dix ans que j'ai quitté l'enclave en rémission. Des visages passent comme des flashes, certains plus prononcés que d'autres ; c'est, tour à tour, un mélange d'émotions particulières, d'instants de bonheur ou de drame...par exemple, la mort de Chris, mon demi-frère et de Moon Lin, sa femme. ….

Une sourde colère m'envahit au contact de cette réminiscence , une rage sourde qui se révèle tenace et immuable dans sa propre absurdité...........
J'ai encore présent à l'esprit cet évènement tragique de juillet 1978 aux Seychelles.


2 commentaires:

  1. Bonne fête des pères cher Chrisdaniels
    Amitiés à bientôt

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  2. Bonsoir Chrisdaniels,
    La première et seule fois où je vis un cochon noir, ce fut bien moins loin. Hébergée dans un gîte en baie du Mont Saint-Michel, je fus fort surprise un matin en ouvrant les volets... je ne savais même pas que ça existait, pour moi ils étaient tous roses.
    Très bonne soirée.
    Amitié
    Prima

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