samedi 9 décembre 2017

les visiteurs

Une odeur de bière...c'est la première sensation olfactive que l'on découvrit en posant le pied sur le sol de notre nouveau monde. On tâtonnait dans un environnement froid, obscur ; on se bousculait sans bruit hormis les excuses de circonstance. En progressant sur ce sol irrégulier mais sans aspérités, nous soulevions une légère poussière aux relents de terre froide et de sable humide qui remontait vers nos vibrisses.

Puis, ce fut...le silence....cette ambiance tapie au fond d'un environnement dénué de sons, à la limite du supportable qui nous enveloppait par instants et où se raccrochaient quelques couinements jetés au hasard de nos pas mal assurés.

Il y avait quelque chose de menaçant dans ce trop grand silence.

A mesure que nous avançions, nous sentions l'atmosphère se réchauffer. La lumière était au bout de ce long couloir. Nous la vîmes, nous la sentions par réflexion...c'était une lueur vive, bienfaitrice qu'accompagnait un air chaud, piquant et sec. De chaque côté nous distinguions de hautes jarres scellées par un bouchon fait de paille et d'argile. Sur leur ventre, des idéogrammes y étaient apposés....difficiles à décrypter sans connaître.
Aveuglés par le soleil au sortir de la pénombre, nous avons eu le temps de planter le décor, un décor fait de palmiers, de maisons basses, au toit balcon, blanchies à la chaux, entourées de roseaux et de dunes de sable. Au détour d'une rue, nous sommes tombés sur un atelier en plein air. Notre tenue, anachronique, avait fait sensation auprès d'une dizaine d'ouvriers, torse nu, à genoux sur de grandes pierres plates en plein travail de broyage. A côté d'eux, des paniers en osier étaient remplis de froment, d'herbes diverses et de sucre de dattes.
A proximité d'un four archaïque, un homme se tenait debout vêtu d'un pagne versant des pâtons frais dans des moules brûlants, prêt à en faire dorer la croûte.
Plus loin, on entendait des cris d'enfants, près du fleuve.

-le Nil ?... avança le jeune Wotan .
-Exact, Wotan....nous sommes en Egypte....mais à quelle époque...çà...je l'ignore...il faudrait que ma vision s'élargisse, alors ...avançons ! dit Richard.

Le terrain était plat, pavé de grandes dalles crayeuses. Au bout, le fleuve avec la rive et un grand ponton où étaient amarrées quelques felouques. Nous remontâmes discrètement vers le nord en suivant une dune en surplomb du fleuve pour finalement nous arrêter près d'un mur en ruines. Trente mètres plus bas, le plateau de Giseh....sans les pyramides !

Le moment de surprise passé, Richard nous affranchit....

-Mes amis....en tablant sur l'histoire et l'archéologie de l'Egypte, la première pyramide aurait été érigée entre les années 2500 et 2200 avant Jésus-Christ. L'époque où nous sommes ?!....(il marqua une pause)....pour tout dire....je l'ignore.

Il continua sur sa lancée...

-maintenant...d'éminents archéologues après déchiffrage de hiéroglyphes ou d'anciens papyrus, ont prétendu que le Sphinx fut le premier monument à être construit.....et...

A peine avait-il fini sa phrase qu'une forme gigantesque remplit l'espace, masquant le soleil et le ciel sur plus d'un kilomètre...Le vaisseau glissa le long du désert et s'arrêta net à trois cent mètres du sol. Il resta ainsi quelques secondes. Puis, un faisceau de lumière translucide et bleuté descendit du centre du vaisseau, formant un couloir ascensionnel jusqu'à terre pour y déposer d'énormes blocs de pierre à peine dégrossis. Le déchargement effectué, il s'éleva et disparut vers le désert à la vitesse de l'éclair.
Tapis derrière notre abri de fortune, le temps pour nous de respirer à nouveau et nous eûmes droit à une autre surprise... l'arrivée d'un char finement décoré tiré par deux chevaux blancs et suivi par trois autres chars plus communs remplis de soldats armés d'arcs et de glaives .
Du premier descendit un homme de taille moyenne au visage régulier, d'une noblesse certaine. Il était vêtu d'un pagne finement orné de motifs dorés. Il était coiffé du némès à tête de cobra. Il arborait une barbe symbolisant la toute puissance d'un pharaon. Le second personnage était plus énigmatique, très éloigné de la représentation que l'on pouvait se faire de la race humaine. Sa taille surprenait..plus de huit pieds de haut, il semblait de constitution fragile tant ses membres supérieurs et inférieurs étaient démesurés et d'une extrême maigreur. Sa tête était longue, ovoïde, proéminente vers l'arrière, une face d'où ressortaient deux gros yeux noirs et globuleux qui se mouvaient tel un obturateur photographique. Il avait la peau comme le reste de son corps... gris souris, deux orifices en guise de nez qui humaient l'air en permanence et une fente sans lèvres en guise de bouche. Il se déplaçait avec difficulté et semblait souffrir de la chaleur. Il désigna d'une main à quatre métacarpes onychopathes le monticule de blocs laissés par le premier voyage puis, d'un geste en éventail, il balaya l'espace, soulevant un bloc plus important qu'il déposa sur un terrain plat , loin des autres.

Entre-temps, l'énorme vaisseau était revenu, masquant une nouvelle fois le soleil, avec un second chargement mais pas seulement. Du couloir ascensionnel glissa un engin ressemblant à un char circulaire métallique dans lequel deux visiteurs étaient à priori assis. L'un d'eux ressemblait à l'alien...même morphologie. L'autre aurait pu passer pour un humain de la Terre mais un humain extra large, un véritable colosse car il devait mesurer plus de huit pieds, sans parler d'une abondante chevelure blonde qui retombait sur des épaules impressionnantes.
-Il me semble.....s'écria Richard puis il se ravisa....non !.....c'est impossible !.....

-Quoi ?....interrogea Mai

-Rien chérie....la chaleur m'indispose...j'ai des hallucinations...conclut-il.

Le spectacle était plus bas...

Le chariot en lévitation resta un moment suspendu puis il s’éleva au-dessus du site. Tout le groupe demeura coi devant ce décor surréaliste et futuriste. Ce qui se passait devant leurs yeux était incontestablement inouï.
Soudain, de l'avant de la plate-forme volante, un faisceau bleu sortit d'un rostre métallique et enveloppa le plus important des blocs resté à l'écart qu'il scanna verticalement à plusieurs reprises, effectuant une taille nette aux arêtes à la fois douces et vives suivant un modèle bien spécifique, celui d'un Sphinx sans âge et éternel.

-Mes amis...s'exclama Richard....je sais à quelle époque nous nous trouvons....c'est le Sphinx qui m'a montré la voie...nous sommes sous le règle du pharaon Khéphren ou Khâef-Ré si vous préférez....le Sphinx a été taillé à son image...durant le vingt cinquième millénaire avant Jésus-Christ sous la quatrième dynastie....Par contre, je croyais voir érigée en premier la pyramide de Khéops....or, c'est celle de Khéphren... bah...

Soudain, en balayant l'air pour accompagner sa mise au point, sa main poussa par inadvertance un pan du mur qui s'effondra, entraînant une coulée de pierres qui dévalèrent la pente en direction du premier char.
Surpris, le pharaon fit un pas de côté et son regard en chercha l'origine. Pour la déconfiture du groupe, il les vit, cria en direction des soldats qui s'élancèrent vers les fauteurs de trouble....

-Il est temps de tirer notre révérence ! vite ! Retour à la case départ !....allez...allez !!! s'écria Richard.

C'était une course contre la montre...compte tenu des difficultés qu'ils auraient à surmonter s'ils étaient appréhendés...perdus dans ce siècle antique... sans parler de la barrière de la langue.

La distance diminuait entre la soldatesque et le groupe. Wotan avait du mal à suivre dans le sable et Moon avait, dans la précipitation, perdu du temps à rechercher son bracelet que lui avait offert Chris en Thaïlande.....si bien qu'ils furent bientôt entourés par une escouade d'hommes armés peu sympathiques enclins à tailler d'abord et parlementer ensuite....

qu'allait-il advenir d'eux ? chacun se regarda, n'osant imaginer ce qui allait suivre.....aléa jacta est !




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