Il
y a bien longtemps, insouciamment pris dans la tourmente de la
connaissance, un professeur de philo nous avait taxé, quelques
camarades et moi-même, d'archéens contemplatifs enclins au pensum
permanent.
En
tant qu'êtres doués de raison, quoique certains jours le doute fut
permis, nous admettions dignement cet attribut primaire, cela ne nous
gênant nullement.
Il
va de soi qu'indépendamment de nos formateurs, nous prenions un
malin plaisir à revendiquer ce statut de réformiste ; cet état
de fait ne manquait pas d'influer, souvent de façon catastrophique
et au gré des allégations sermonnaires dont nous étions submergés,
sur notre évolution au sein de la toute puissante institution.
Pour
tout dire, le fait d'être considérés comme des renégats
allergiques aux préceptes traditionnels faisant la renommée des
sempiternelles remises de diplômes nous accordait une part
prépondérante à la propagande de nos idéaux progressistes,
pensant par cette implication altruiste, améliorer le sort de nos
semblables et reconsidérer de façon probable l'arrêt de cet
obscurantisme formateur, séculaire et obsolète auquel ils étaient
asservis.
Aujourd'hui,
avec le recul des années, nous avons su tirer le meilleur de ces
errements canoniques. Fort heureusement, le système a changé et
nous rend les honneurs.
Il
m'arrive souvent, bien que cartésien et rationnel par nécessité,
de penser qu'au fil des prochaines décennies, l'homme devra
surpasser ses rêves de gloire pour vivre au quotidien avec ce qu'il
aura détruit par cupidité, concupiscence ou immobilisme autour de
lui. Seule condition malgré tout, un retour sur lui-même, un examen
de conscience en quelque sorte, une forme d'absence de choix
libertaire, destructeur afin de faire place aux qualités innées,
aux faiblesses peaufinées dont il a été investi à sa naissance.
Il devra limiter sa propre valeur au profit du plus grand nombre,
valeur qu'il a parfois du mal à définir de part ce choix à
refréner ses ambitions félicitaires, cette ambivalence à les
satisfaire et à ses effets les plus désastreux ; ce choix
enfin qu'il n'aurait plus à faire s'il ne conservait de son Créateur
qu'un éphémère droit à la sublimation finale.
Sans
être un utopiste conscient du jugement hâtif porté sur mes
semblables, je présume qu'il serait amusant de jeter un regard
hypnoïde sur la glaise d'une nouvelle civilisation que je pourrais
modeler à ma guise afin qu'elle devienne, entre mes doigts profanes
et habiles, ce que j'aurai voulu qu'elle fut vraiment....simple et
orgueilleux plaisir de mortel sursitaire qui se comparerait, ne fusse
qu'un instant, aux déités dont nous sommes issus, régentes du
Destin des hommes.
Au
terme d'un parcours vallonné d'obstacles, je dérive vers cette
forme d'introspection sensitive qui canalise mes moindres désirs
d'être et d'appartenir.
La
seule efficience absolue dont je suis tributaire demeure en mon
inconscient. En son domaine, je régis ses lois ; j'assume le
pouvoir quantitatif de sa régence ; j'ignore ainsi l'ambiguïté
animale qui me régresse au stade primaire du jugement. La prolixité
de la raison semble être ma seule folie ; je la détiens, la
concentre, la disperse aux quatre coins de mon inconscient ;
j'évolue en elle sans fardage ni chaînes ; j'aborde
allègrement son domaine de plénitude aux dimensions virtuelles en
dépassant mes espérances, mes inhibitions, mes possibilités.
Cet
être imparfait que je suis devient alors à la fois tout puissant et
fragile dans sa complexité. Je suis poussé par l'appel fantasque
d'une évolution qui s'enchevêtre dans un désordre spontané avec
cette incapacité à la maîtriser, à canaliser ce formidable
potentiel hypnotique qui m'assouvit.
Heureusement,
parfois il m'arrive d'entrouvrir une porte donnant sur un monde moins
excessif, un rien magique, qui m'appartient. En effet, l'enfance nous
a laissé la faculté d'y accéder et les réminiscences, celle de
nous y réfugier. Si la vie d'aujourd'hui bouscule l'univers serein
de l'insouciance, l'impondérable laisse souvent la place au
merveilleux ; une soupape de sécurité en quelque sorte.
Une
atteinte au subconscient peut être liée au tangible. Celui-ci peut
être compatible et superposé dans une sorte de no man's land courbe
et immuable. Alors, ressurgissent les années innocentes dont nous
sommes, avec l'incontinence de nos fantasmes d'adultes, les uniques
acteurs.
Édifier
mot après mot le sens que je donne à cet état second, en former
une habile énergie où chaque valeur accordée redevient l'initiée,
où le droit d'être et le respect de sa protection est inaliénable,
où les mutations constantes de l'esprit semblent controversées en
permanence.... tout est balayé comme un torrent païen et
temporel...afin de retrouver, épurées pour survivre, les lois
fondamentales de la Sagesse humaine.
Alors,
me direz vous, où commence le réel et où finit le rêve, ce
présage qui masque souvent la folie, le leurre d'un bonheur au bras
d'un balbutiant landau. J'ai l'espoir de le découvrir, même si
l'attente est illusoire. J'ai vécu un rêve en surnaturel ;
j'ai exploré par delà même les régions les plus obscures, les
plus insolites de la causalité. Une telle attitude ne peut être
contrainte mais soumise à une masse de conditions, de facteurs
indépendants de notre volonté.
Je
pense être un être organisé formant un tout, un système unique et
clos dont les éléments supplétifs concourent à une action édictée
à l'avance.
Avec
cette programmation originelle, aucun élément ne peut être modifié
sans corriger les autres. C'était une Loi universelle et
génétique...jusqu'à ce que la science joue à l'apprentie
sorcière. Si certains ont voulu se substituer au primat créateur,
tels Hybris ou Prométhée, s'ils se sont accordés le temps d'un moment le privilège d'exister comme des demi-dieux de sable au cœur
d'un univers d'airain, ils sont aujourd'hui toujours de chair et de
sang.
Le
temps a passé et l'esprit qui nous a nourris a déserté nos
souvenirs mais ce témoin d'ailleurs, cet initié créateur des étoiles
surveille patiemment la porte qu'il nous arrive, parfois, de rouvrir
sans peine vers le néant... de l'humanité.
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