A
la file indienne, ils rasèrent les murs de chaux des étroites
ruelles où même un âne avait du mal à passer, craignant à tout
moment de croiser quelque noctambule surpris par l'étrange cortège,
qui l'eut obligé à réagir de façon regrettable.
Ils
arrivèrent sans encombre aux abords de la palmeraie qui fermait
l'enceinte de la cité jusqu'aux premières pierres de la grande
ziqqurat.
L'air
était moite, parsemé de sensations étranges, qui faisait les
rapprocher pour parer à toute éventualité extérieure. Ils
passèrent le dernier bastion de la cité endormie, longèrent le
marais sur trois cents mètres et telle une boucle, refermèrent
leurs pas sur l'extrémité Est de l'imposante architecture.
Pas
un mot, pas un faux-pas qui eusse brisé le silence dans ce cortège
disparate en reptation fait de chair et de métal. Ils contournèrent
l'escalier, cette invite aux dieux à descendre et aux hommes à
s'élancer vers le firmament pour y rejoindre le divin. Ils
parvinrent ainsi à proximité du Grand Egipar aux salles et cours
multiples, pour terminer leur errance dans un chemin en cul-de-sac
jouxtant le marais.
Nammu
fit signe à Gar de s'approcher.
-Nous
y voici...chuchota-t-il. L'excavation est située à trois pas de la
première touffe palustre. L'argile s'effrite facilement. Vous
n'aurez aucune peine à élargir la circonférence. Mon aide
s'arrête là. En cas de problème, je ne vous connais pas, c'est ce
qui était convenu.Bonne chance pour la suite et merci pour ce que
vous allez entreprendre pour le salut de la cité et de ses
habitants. Je regrette toutefois la froideur avec laquelle je vous ai
accueilli dès votre arrivée. Elle était plutôt instinctive et
sans fondement. Si j'ai la chance d'être intronisé comme
prêtre-roi, le peuple me sera gré des notions de justice, d'équité
et de renaissance que je suis en train de parachever, notamment sur
l'agriculture, les constructions de voies navigables pour notre
commerce avec le monde situé au delà d'Ur.
Gar
lui tapota l'épaule, mettant fin à une trop longue palabre....
-Merci
à vous...Nammu. Nous n'oublierons pas votre serviabilité et votre
conviviale réception. Pour ma part,vous avez l'étoffe d'un grand suzerain.
Adieu !
Sur
ces paroles réconfortantes, l'homme tourna les talons et disparut, avalé par la
nuit noire.
Les
androïdes agrandirent en un tour de main l'entrée des anciennes
salles de survie puis Gar et sa troupe entamèrent l'ascension vers les
appartements du prêtre barbare.
Une
quantité impressionnante de céramiques étaient disposées par
catégories, en carrés, occupant toute la salle. Ils louvoyèrent,
en silence, entre les rangées de vases, marmites et jarres finement
décorés. Faites à la main, d'une argile ferrugineuse, légèrement
vitrifiée par la cuisson, les parois étaient minces, les formes
variées et audacieuses pour l'époque. Pots ronds à large col
évasé, jarres trapues aux bords retroussés, calices à longs pieds
côtoyaient de leurs couleurs bols à crème et grandes assiettes au
profil anguleux. A la manière des tapis mésopotamiens, un engobe de
couleurs ocre ou légèrement rosé servait de fond à des motifs
d'abord rouge et noir puis polychromes noir, rouge et blanc couvrant
la quasi totalité du vase. Triangles, carrés, damiers, festons et
petits cercles jouxtaient facilement des fleurs, des oiseaux au
repos, des gazelles couchées, des guépards bondissants, des carrés
et bucranes...
Au
sortir de la salle, se découpait, en toile de fond, l'ombre du
temple dédié au dieu-lune Nanna, placé en plein nord-ouest.
La
grande cour, vaste espace en contrebas du lieu de prières, entourée
de magasins et de bureaux où les offrandes et redevances payées au
temple étaient enregistrées et conservées, était déserte. Gar
bénit l'absence de lune qui les eût facilement démasqués lors de
la traversée de la place découverte.
Le
bâtiment abritant le personnel du temple faisait face au groupe.
Quelques dizaines de mètres les séparait de l'entrée gardée par
des sentinelles. Gar en compta six ; deux à proximité de
l'entrée principale, deux au campement, à trois mètres en coin du
sanctuaire, les deux autres parlant à voix haute tout en effectuant
leur ronde de manière décontractée....quel impudent, imprudent
oserait s'aventurer en ces lieux réservés, interdits, sous peine
d'y trouver le trépas ?.....personne ! Et
pourtant !.....ces derniers venaient vers eux.
L'atmosphère
s'électrisa soudain, créant un long frisson désagréable le long
de l'échine de nos quatre
« terriens » ;
bien qu'habitués aux aventures souvent dangereuses, ils n'en
menaient pas large.
Mai
et Moon, bien que rassurées par la présence de leur compagnon, se
demandaient jusqu'où allaient leur mener leur escapade
temporelle....finir en poussière dans ce désert de sable, berceau
de la civilisation, n'était pas la meilleure chose à envisager même
si elles étaient conscientes de l'efficacité numérique et tactique
du groupe génésien.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire