dimanche 17 janvier 2016

intrusion nocturne

A la file indienne, ils rasèrent les murs de chaux des étroites ruelles où même un âne avait du mal à passer, craignant à tout moment de croiser quelque noctambule surpris par l'étrange cortège, qui l'eut obligé à réagir de façon regrettable.
Ils arrivèrent sans encombre aux abords de la palmeraie qui fermait l'enceinte de la cité jusqu'aux premières pierres de la grande ziqqurat.

L'air était moite, parsemé de sensations étranges, qui faisait les rapprocher pour parer à toute éventualité extérieure. Ils passèrent le dernier bastion de la cité endormie, longèrent le marais sur trois cents mètres et telle une boucle, refermèrent leurs pas sur l'extrémité Est de l'imposante architecture.
Pas un mot, pas un faux-pas qui eusse brisé le silence dans ce cortège disparate en reptation fait de chair et de métal. Ils contournèrent l'escalier, cette invite aux dieux à descendre et aux hommes à s'élancer vers le firmament pour y rejoindre le divin. Ils parvinrent ainsi à proximité du Grand Egipar aux salles et cours multiples, pour terminer leur errance dans un chemin en cul-de-sac jouxtant le marais.

Nammu fit signe à Gar de s'approcher.

-Nous y voici...chuchota-t-il. L'excavation est située à trois pas de la première touffe palustre. L'argile s'effrite facilement. Vous n'aurez aucune peine à élargir la circonférence. Mon aide s'arrête là. En cas de problème, je ne vous connais pas, c'est ce qui était convenu.Bonne chance pour la suite et merci pour ce que vous allez entreprendre pour le salut de la cité et de ses habitants. Je regrette toutefois la froideur avec laquelle je vous ai accueilli dès votre arrivée. Elle était plutôt instinctive et sans fondement. Si j'ai la chance d'être intronisé comme prêtre-roi, le peuple me sera gré des notions de justice, d'équité et de renaissance que je suis en train de parachever, notamment sur l'agriculture, les constructions de voies navigables pour notre commerce avec le monde situé au delà d'Ur.

Gar lui tapota l'épaule, mettant fin à une trop longue palabre....

-Merci à vous...Nammu. Nous n'oublierons pas votre serviabilité et votre conviviale réception. Pour ma part,vous avez l'étoffe d'un grand suzerain. Adieu !

Sur ces paroles réconfortantes, l'homme tourna les talons et disparut, avalé par la nuit noire.

Les androïdes agrandirent en un tour de main l'entrée des anciennes salles de survie puis Gar et sa troupe entamèrent l'ascension vers les appartements du prêtre barbare.

Une quantité impressionnante de céramiques étaient disposées par catégories, en carrés, occupant toute la salle. Ils louvoyèrent, en silence, entre les rangées de vases, marmites et jarres finement décorés. Faites à la main, d'une argile ferrugineuse, légèrement vitrifiée par la cuisson, les parois étaient minces, les formes variées et audacieuses pour l'époque. Pots ronds à large col évasé, jarres trapues aux bords retroussés, calices à longs pieds côtoyaient de leurs couleurs bols à crème et grandes assiettes au profil anguleux. A la manière des tapis mésopotamiens, un engobe de couleurs ocre ou légèrement rosé servait de fond à des motifs d'abord rouge et noir puis polychromes noir, rouge et blanc couvrant la quasi totalité du vase. Triangles, carrés, damiers, festons et petits cercles jouxtaient facilement des fleurs, des oiseaux au repos, des gazelles couchées, des guépards bondissants, des carrés et bucranes...

Au sortir de la salle, se découpait, en toile de fond, l'ombre du temple dédié au dieu-lune Nanna, placé en plein nord-ouest.

La grande cour, vaste espace en contrebas du lieu de prières, entourée de magasins et de bureaux où les offrandes et redevances payées au temple étaient enregistrées et conservées, était déserte. Gar bénit l'absence de lune qui les eût facilement démasqués lors de la traversée de la place découverte.

Le bâtiment abritant le personnel du temple faisait face au groupe. Quelques dizaines de mètres les séparait de l'entrée gardée par des sentinelles. Gar en compta six ; deux à proximité de l'entrée principale, deux au campement, à trois mètres en coin du sanctuaire, les deux autres parlant à voix haute tout en effectuant leur ronde de manière décontractée....quel impudent, imprudent oserait s'aventurer en ces lieux réservés, interdits, sous peine d'y trouver le trépas ?.....personne ! Et pourtant !.....ces derniers venaient vers eux.

L'atmosphère s'électrisa soudain, créant un long frisson désagréable le long de l'échine de nos quatre
« terriens » ; bien qu'habitués aux aventures souvent dangereuses, ils n'en menaient pas large.
Mai et Moon, bien que rassurées par la présence de leur compagnon, se demandaient jusqu'où allaient leur mener leur escapade temporelle....finir en poussière dans ce désert de sable, berceau de la civilisation, n'était pas la meilleure chose à envisager même si elles étaient conscientes de l'efficacité numérique et tactique du groupe génésien.









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