mardi 1 juillet 2014

Moon 4





Moon veut devenir généticienne. Elle entame son troisième cycle universitaire de médecine. Le programme additionnel de médecines traditionnelles l'intéresse beaucoup ; c'était la raison de sa présence à Hong-Kong lors de ses vacances annuelles.

Aujourd'hui, je vais faire la connaissance de sa tante Zita. Moon me sent angoissé et minimise mon appréhension pour cette intime confrontation en me couvrant de délicates attentions.


Tante Zita ?....je crois que je lui plais...mais...

 La civilisation que nous représentons peut resserrer les distances, envahir, bousculer la tranquillité d'un pays aussi traditionaliste que la Thaïlande, il n'en demeure pas moins vrai que les fondements basés sur le respect des traditions ancestrales et son esprit de conservation ne sont pas, malgré une certaine impatience, pour me déplaire. Si nous sommes, Moon et moi, libres d'aller où bon nous semble et d'agir, dans la limite consentie, à notre guise, la façon fleur bleue exigée par les mœurs désuètes d'un Orient moraliste respecté par Moon me ravissait au plus haut point.
L'être impur que je suis devient le temps d'une cour effrénée, l'homme respectable le plus heureux de la Terre.

Une semaine a passé. Un tête-à-tête à trois, un huit-clos d'acteurs consentants qui parfois me paralyse lorsque mes manières d'occidental reprennent le dessus comme un baiser réfréné ou une caresse indécente. Zita est toujours là, assise, muette et détachée en apparence, un sourire affiché en permanence construit par tradition, face à Moon, sa nièce, une jeune fille ravissante, au minois d'enfant hâlé au parfum des rizières, touchant presque votre serviteur, plus âgé qu'elle, mes mains dans les siennes caressantes, protectrices.

Je reprends ce journal. Deux mois se sont écoulés depuis que j'ai entamé cette cour à trois. Un jour, j'ai décidé de changer le programme habituel de nos rencontres afin de commencer à vivre, briser cet enchaînement lassant, traumatisant qui m'étouffe....

J'avais coutume, chaque jour en passant près du Grand Marché, d'acquérir une orchidée de couleur pourpre. Ce matin là, j'en achetais deux. Muni de ces témoignages d'affection, j'arrivais au lieu habituel de rendez-vous. Je donnais l'une à Moon et l'autre à Zita. Cette dernière ne parut pas surprise. Elle me regarda, me gratifia d'un waï et, toujours en souriant, dit quelque chose à Moon dans le creux de l'oreille puis elle se leva et quitta la pièce.

Pendant ce temps, Moon se retenait toujours de rire. Enfin, devant mon air insistant et interrogatif, elle me mit au courant.

Ce que Zita avait dit à Moon était tout simplement comique. Appréciez !

-Enfin ! Il y a mis le temps, ton farang.... Il aurait dû commencer par là et je vous aurai laissé tranquille...j'ai du travail Moi !...

Ce fut la dernière fois que nous la vîmes s'immiscer dans notre intimité. J'avais acquis le droit de passage, d'usage et m'accordais la faveur de courtiser sa nièce, une acceptation au sein de la famille et un droit de confiance. Pour cette ancienne dame de la noblesse Thaïe, le temps était venu de tirer sa révérence, elle me passait le relais. J'en étais fier et, à ce jour, je n'ai jamais failli.

J'arrêtais là ma lecture, conscient que Mai ne suivait plus, endormie contre ma poitrine. Je fermais le journal, le posais sur le guéridon près du lit et rejoignit Mai dans les bras de Morphée.
Demain sera un autre jour.


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