Moon
veut devenir généticienne. Elle entame son troisième cycle
universitaire de médecine. Le programme additionnel de médecines
traditionnelles l'intéresse beaucoup ; c'était la raison de sa
présence à Hong-Kong lors de ses vacances annuelles.
Aujourd'hui,
je vais faire la connaissance de sa tante Zita. Moon me sent angoissé
et minimise mon appréhension pour cette intime confrontation en me
couvrant de délicates attentions.
Tante Zita ?....je crois que je lui plais...mais...
La civilisation que nous représentons peut
resserrer les distances, envahir, bousculer la tranquillité d'un
pays aussi traditionaliste que la Thaïlande, il n'en demeure pas
moins vrai que les fondements basés sur le respect des traditions
ancestrales et son esprit de conservation ne sont pas, malgré une
certaine impatience, pour me déplaire. Si nous sommes, Moon et moi,
libres d'aller où bon nous semble et d'agir, dans la limite
consentie, à notre guise, la façon fleur bleue exigée par les
mœurs désuètes d'un Orient moraliste respecté par Moon me
ravissait au plus haut point.
L'être
impur que je suis devient le temps d'une cour effrénée, l'homme
respectable le plus heureux de la Terre.
Une
semaine a passé. Un tête-à-tête à trois, un huit-clos d'acteurs
consentants qui parfois me paralyse lorsque mes manières
d'occidental reprennent le dessus comme un baiser réfréné ou une
caresse indécente. Zita est toujours là, assise, muette et détachée
en apparence, un sourire affiché en permanence construit par
tradition, face à Moon, sa nièce, une jeune fille ravissante, au
minois d'enfant hâlé au parfum des rizières, touchant presque
votre serviteur, plus âgé qu'elle, mes mains dans les siennes
caressantes, protectrices.
Je
reprends ce journal. Deux mois se sont écoulés depuis que j'ai
entamé cette cour à trois. Un jour, j'ai décidé de changer le
programme habituel de nos rencontres afin de commencer à vivre,
briser cet enchaînement lassant, traumatisant qui m'étouffe....
J'avais
coutume, chaque jour en passant près du Grand Marché, d'acquérir
une orchidée de couleur pourpre. Ce matin là, j'en achetais deux.
Muni de ces témoignages d'affection, j'arrivais au lieu habituel de
rendez-vous. Je donnais l'une à Moon et l'autre à Zita. Cette
dernière ne parut pas surprise. Elle me regarda, me gratifia d'un
waï et, toujours en souriant, dit quelque chose à Moon dans le
creux de l'oreille puis elle se leva et quitta la pièce.
Pendant
ce temps, Moon se retenait toujours de rire. Enfin, devant mon air
insistant et interrogatif, elle me mit au courant.
Ce
que Zita avait dit à Moon était tout simplement comique.
Appréciez !
-Enfin !
Il y a mis le temps, ton farang.... Il aurait dû commencer par là
et je vous aurai laissé tranquille...j'ai du travail Moi !...
Ce
fut la dernière fois que nous la vîmes s'immiscer dans notre
intimité. J'avais acquis le droit de passage, d'usage et m'accordais
la faveur de courtiser sa nièce, une acceptation au sein de la
famille et un droit de confiance. Pour cette ancienne dame de la
noblesse Thaïe, le temps était venu de tirer sa révérence, elle
me passait le relais. J'en étais fier et, à ce jour, je n'ai jamais
failli.
J'arrêtais
là ma lecture, conscient que Mai ne suivait plus, endormie contre ma
poitrine. Je fermais le journal, le posais sur le guéridon près du
lit et rejoignit Mai dans les bras de Morphée.
Demain
sera un autre jour.

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