vendredi 20 juin 2014

Moon 1

L'amie de Mai et de Richard s'appelle Dinah.
-Sa-wàt dih ! nous dit-elle qu'elle accompagne du traditionnel waï, ce qui fait ressortir tout le charme de sa délicate silhouette. Elle nous invite à s'asseoir.

La pièce est petite, sobrement meublée, remplie de l'effluve d'un parfum occidental acheté hors de prix. Livres et cahiers sont posés à même sur le petit bureau d'acajou à la patine usée.
Quelques graphites, porte-plume et règle négligemment posés se mélangent dans un plumier défraîchi d'écolier garni d'un encrier noir....Un petit bouddah de granit gris semble la regarder, un sentiment voyeur d'inspiration divine qui l'apaise, la réconforte au vu du regard qu'elle y porte souvent, machinalement, comme pour se rassurer....
à croire qu'elle vit là depuis toujours tant cette pièce lui ressemble...
Comme pour s'excuser de l'étroitesse de cette intimité, elle nous dit qu'il y a longtemps qu'elle n'a pas reçu de visite de farangs, d'occidentaux de passage.
Mai baille involontairement et s'excuse auprès de Dinah de cette incivilité. J'adore ce savoir-vivre oriental, ce mélange de traditions et de coutumes où chaque geste et chaque chose échangés ont cette notion de respect mutuel, une déférence sans obséquiosité.
Il y a trois heures que nous avons atterri à Bangkok. Déjà, mes yeux s'imprègnent à nouveau de l'atmosphère brumeuse et matinale de la capitale.
Je retrouve des sensations oubliées comme un dépliant de voyage qui se déroule au gré de mes explorations passées.
C'est un fascinant pays au miroir double face dans un tain unique et sablé.

S’il possède l'artifice d'une aisance corrompue par l’âpreté et le vice, il revêt le masque d'un auguste fardé, illuminé et rieur que la tristesse ronge comme un cancer...
Heureusement, j'ai douce souvenance aussi de coins magnifiques, inoubliables, pleins de mystère et de grâce légère.

Je me souviens de gens simples, empreints de savoir-vivre, de savoir tout court, de tolérance et d'abnégation dans ce pays où la passion et la violence vivent communément sans débordement.

C'est une terre d'extrêmes au contraste somnolent imprégnée d'une agréable douceur de vivre où l'on aime se réfugier...

Chris n'avait pas été abusé par cette ambiance de carte postale. Il était venu y rechercher la seule chose qui comptait le plus pour lui : son âme sœur. Elle se prénommait Moon et elle avait vingt ans. Il l'avait connu.....

...que je vous explique....

A l'époque, j'étais en poste à Hong Kong. Chris était venu m'y retrouver le temps d'un week-end qui s'était prolongé et pour cause...
Un soir, nous avions été invités par Anderson, un de mes amis d'infortune qui s'était rendu acquéreur une dizaine d'années auparavant d'une ancienne maison chinoise sur Victoria Peak. Pour l'occasion, ce dernier avait mis les petits plats dans les grands.
Si nous nous étions taillés la part du lion, traiteurs et serviteurs avaient été surpris de s'octroyer aussi rapidement l'excédent du repas pantagruélique commandé par l'hôte... Anderson prévoyait toujours plus grand qu'il ne fallait....le festin aurait pu nourrir une famille de Kau Lung durant un bon mois.
Bref,

Sur la cinquantaine vieillissante, cet ancien baroudeur et ami ne se privait de rien, ce qui ne manqua pas de lui occasionner ce soir-là quelque désagrément de santé dont il se serait bien passé.

Victime d'un début d'infarctus, j'avais aussitôt appelé le docteur Loei, son médecin traditionnel. Connaissant l'humeur de son patient, ce dernier était arrivé illico, accompagné d'une ravissante petite assistante dont le charme ne laissa pas indifférent mon frère.
Après avoir fait transporter Anderson aux Soins Intensifs du Matilda International Hospital, j'avais regagné seul l'hôtel, laissant Chris en « pleine lune de miel « avec sa conquête.

Il était trois heures du matin lorsqu'il était rentré, excité comme un jeune étudiant et visiblement satisfait de la tournure qu'avaient pris les événements. Au milieu de toute cette frénésie adolescente, j'ai pu faire une synthèse ô combien élogieuse de ses dernières heures. Je vous livre in facto le contenu...



2 commentaires:

  1. Avec Moon on commence une autre histoire ou c'est moi qui ne suit pas bien ? Pourtant les personnages m’intéressent et je me sens prise dans l'étau asiatique !
    Bon lundi, amitié

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  2. Bonjour Chrisdaniels,
    Un récit qui se lit et fait rêver à un ailleurs... c'est magnifiquement conté, un chapitre qui nous laisse avide d'en lire la suite. Une belle rencontre, une belle histoire d'amour qui hélas...
    Très belle journée à toi.
    Amitié
    Prima

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