L'amie
de Mai et de Richard s'appelle Dinah.
-Sa-wàt
dih ! nous
dit-elle qu'elle accompagne du traditionnel waï, ce qui fait
ressortir tout le charme de sa délicate silhouette. Elle nous invite
à s'asseoir.
La
pièce est petite, sobrement meublée, remplie de l'effluve d'un
parfum occidental acheté hors de prix. Livres et cahiers sont posés
à même sur le petit bureau d'acajou à la patine usée.
Quelques
graphites, porte-plume et règle négligemment posés se mélangent
dans un plumier défraîchi d'écolier garni d'un encrier noir....Un
petit bouddah de granit gris semble la regarder, un sentiment voyeur
d'inspiration divine qui l'apaise, la réconforte au vu du regard
qu'elle y porte souvent, machinalement, comme pour se rassurer....
à
croire qu'elle vit là depuis toujours tant cette pièce lui
ressemble...
Comme
pour s'excuser de l'étroitesse de cette intimité, elle nous dit
qu'il y a longtemps qu'elle n'a pas reçu de visite de farangs,
d'occidentaux de passage.
Mai
baille involontairement et s'excuse auprès de Dinah de cette
incivilité. J'adore ce savoir-vivre oriental, ce mélange de
traditions et de coutumes où chaque geste et chaque chose échangés
ont cette notion de respect mutuel, une déférence sans
obséquiosité.
Il
y a trois heures que nous avons atterri à Bangkok. Déjà, mes yeux
s'imprègnent à nouveau de l'atmosphère brumeuse et matinale de la
capitale.
Je
retrouve des sensations oubliées comme un dépliant de voyage qui se
déroule au gré de mes explorations passées.
C'est
un fascinant pays au miroir double face dans un tain unique et sablé.
S’il
possède l'artifice d'une aisance corrompue par l’âpreté et le
vice, il revêt le masque d'un auguste fardé, illuminé et rieur que
la tristesse ronge comme un cancer...
Heureusement,
j'ai douce souvenance aussi de coins magnifiques, inoubliables,
pleins de mystère et de grâce légère.
Je
me souviens de gens simples, empreints de savoir-vivre, de savoir
tout court, de tolérance et d'abnégation dans ce pays où la
passion et la violence vivent communément sans débordement.
C'est
une terre d'extrêmes au contraste somnolent imprégnée d'une
agréable douceur de vivre où l'on aime se réfugier...
Chris n'avait pas été abusé par cette ambiance de carte postale. Il
était venu y rechercher la seule chose qui comptait le plus pour
lui : son âme sœur. Elle se prénommait Moon et elle avait
vingt ans. Il l'avait connu.....
...que
je vous explique....
A
l'époque, j'étais en poste à Hong Kong. Chris était venu m'y
retrouver le temps d'un week-end qui s'était prolongé et pour
cause...
Un
soir, nous avions été invités par Anderson, un de mes amis
d'infortune qui s'était rendu acquéreur une dizaine d'années
auparavant d'une ancienne maison chinoise sur Victoria Peak. Pour
l'occasion, ce dernier avait mis les petits plats dans les grands.
Si
nous nous étions taillés la part du lion, traiteurs et serviteurs
avaient été surpris de s'octroyer aussi rapidement l'excédent du
repas pantagruélique commandé par l'hôte... Anderson prévoyait
toujours plus grand qu'il ne fallait....le festin aurait pu nourrir
une famille de Kau Lung durant un bon mois.
Bref,
Sur
la cinquantaine vieillissante, cet ancien baroudeur et ami ne se
privait de rien, ce qui ne manqua pas de lui occasionner ce soir-là
quelque désagrément de santé dont il se serait bien passé.
Victime
d'un début d'infarctus, j'avais aussitôt appelé le docteur Loei,
son médecin traditionnel. Connaissant l'humeur de son patient, ce
dernier était arrivé illico, accompagné d'une ravissante petite
assistante dont le charme ne laissa pas indifférent mon frère.
Après
avoir fait transporter Anderson aux Soins Intensifs du Matilda
International Hospital, j'avais regagné seul l'hôtel, laissant Chris en « pleine lune de miel « avec sa conquête.
Il
était trois heures du matin lorsqu'il était rentré, excité comme
un jeune étudiant et visiblement satisfait de la tournure qu'avaient
pris les événements. Au milieu de toute cette frénésie
adolescente, j'ai pu faire une synthèse ô combien élogieuse de ses
dernières heures. Je vous livre in facto le contenu...
Avec Moon on commence une autre histoire ou c'est moi qui ne suit pas bien ? Pourtant les personnages m’intéressent et je me sens prise dans l'étau asiatique !
RépondreSupprimerBon lundi, amitié
Bonjour Chrisdaniels,
RépondreSupprimerUn récit qui se lit et fait rêver à un ailleurs... c'est magnifiquement conté, un chapitre qui nous laisse avide d'en lire la suite. Une belle rencontre, une belle histoire d'amour qui hélas...
Très belle journée à toi.
Amitié
Prima