" Infime,oblong et virginal, le riz avait glissé de sa chevelure lisse. L'homme, cet imparfait maladroit, avait pris la main de la jeune femme dans la sienne en complice d'un acte sacré.
Dans le fragile
espace qui les entourait, de ce rare lien subtil précepte d'une
envolée naissante, ils avaient perdu peu à peu conscience de
l'immanente réalité à laquelle ils allaient devoir se plier le
cérémonial terminé, mais que leur importait....n'étaient-ils pas
merveilleux dans cette arrogante jeunesse, si naïvement vulnérables
dans ce qui leur était, en cet instant, nécessaire ?
A travers l'image
d'un bonheur focalisé de sensations étranges et inconnues, le
souffle volontaire d'une portière claquée à la hâte, l'alizé
inquiétant s'était levé, balayant dans l'envol de son suaire
fallacieux l'agora du lieu saint. La voûte s'était assombrie sur le
parvis, recouvrant d'un voile opalescent sa robe de lumière.
Prés
du lieu, sous l'ombrage d'un banian torturé, un kitara perché sur
l'épaule d'un chaman semblait restituer les paroles du vieux sage
tant son chant d'éloquence était un chant d'amour.
L'homme avait
tenu son bras, enserré dans un tourbillon continu et crépusculaire.
Il l'avait entraînée sur l'allée d'argile, sentant à chaque pas
le murmure divin lui déchirer l'échine. Combien de fois s'était-il
plié, se dérobant sans cesse aux senteurs douceâtres et glacées
des roses azalées ? Brusquement, il avait eu la sensation qu'un
corps d'adolescente recouvrait le sien de son linceul funeste ;
ses yeux cerclés de bistre s'étaient voilés. Il avait eu le temps
d'apercevoir ceux de sa compagne, fixes, qu'une impression bizarre
l'avait envahi. Tourné vers l'Inconnu, leur regard semblait étonné,
détaché et muet.....
En ricochets
vermeils, deux roses s'étaient épanouies sur leur poitrine. Les
grains oryzatiques s'étaient échappés en vagues tremblantes de ses
cheveux soyeux.
Déméter commençait à fleurir sous les tropiques.
L'astre du jour avait effleuré ses lèvres fébriles d'un ultime
baiser.....
Plus de six années
ont passé et je n'ai jamais pu oublier ce jour où ils ont été
assassinés. Revenir à Hong-Kong, lieu où ils se sont connus, grâce
à moi, ne pouvait que me procurer une indicible envie de vengeance
et d'écoeurement.
Le trafic est
intense. Je lui fais signe d'arrêter et nous descendons....
-No
tip !...sorry ! Lui lance-je en payant la course....
Le taxi nous
ayant déposé dans le parc, face à l'hôtel, nous faisons quelques
pas et contournons le véhicule en jetant un coup d'oeil circulaire
et discret....vieux réflexe...
Mai suit, amusée du manège.
Rien n'a
véritablement changé. Le hall est toujours immense et désuet. Même
disposition, même gens peut-être, gère plus âgés en apparence, un peu moins
obséquieux, le terme ...14 ans...c'est encore
long...sans parler de l'angoisse de l'avenir pour les
Hong-Kongais...incertain.
Un occidental
tiré à quatre épingles, costume alpaga et panama, lit le Times en
fumant un long cigare, créant des volutes de fumée qui n'enferment
que lui...et son fauteuil de cuir rouge aux accoudoirs lustrés.
Après avoir
signé la réservation, laissé nos passeports, nous montons aux
étages, précédés par le liftier alourdi de nos deux sacs de voyage. Au
second, le couloir est resté le même, parqueté en points de
Hongrie et recouvert en son centre d'un tapis de velours rouge un peu plus élimé. Chambre 218. J'ouvre la fenêtre pendant que
Mai donne un bakchich au gamin. Je m'attarde un instant sur le trafic
de Chatham Road et branche le climatiseur...bien souvent c'est la
bête noire de tous les hôtels. Par chance, il marche.
-Je prends une
douche....tu viens ? Dit Mai
Je
n'ai qu'une
hâte, prendre cette douche, me délasser dans des bras aimés, ne
serait-ce qu'une minute...oublier durant un instant... mais j'attends
quelqu'un.
-Plus
tard...Mai...j'attends un paquet. Lui réponds-je.
Quelques minutes passent qui semblent des heures. On frappe à la porte.
-paquet express pour vous... sir!
Je me détends tel un ressort et ouvre la porte. Le chasseur me remet une grande et épaisse enveloppe brune à mon nom, envoyé par un certain Anderson.
Le
document est entre mes mains. Je vais peut-être comprendre pourquoi
les évènements se sont précipités de façon tragique, il y a plus de six
ans sur cette île paradisiaque, où deux êtres que je chérissais y ont
laissé la vie. J'avais en mains le journal de Chris, une parcelle
autobiographique de ses dernières années.
Je prends une bonne inspiration, pose le document sur le lit et attends Mai.
Qu'est devenue Soo et Kim ? Maie et toi formez un beau couple. Quelles sont les nouvelles de ton frère que tu viens de recevoir mais je saurai la prochaine fois. La chaleur humide est difficile à supporter. Bon lundi, amitié
RépondreSupprimerUne bien triste fin pour ce qui aurait dû être le début d'un bonheur... deux roses, oui mais de sang. Il doit être difficile d'oublier.
RépondreSupprimerJe me suis un peu égarée sur ce billet, je l'avais lu dimanche, il me fallait le relire et, sauf erreur, la présentation ne me semble plus la même. C'est ce qu'il m'a semblé après avoir déposé un commentaire un peu plus bas.
C'est magnifiquement écrit, il ne t'est jamais venu à l'idée d'écrire un livre et de le faire éditer ?
Amitié
Prima
Avec quel talent le narrateur nous décris cette fabuleuse histoire où les charmes et les terreurs du Moyen-Orient sont mis en avant avec Mai en hôte principale...!
RépondreSupprimerj'attends avec impatience la suite de ce fabuleux destin....!
Amitiés à bientôt
J'espère que tu en feras un livre que tu publieras. Qui a assassiné et pourquoi ? Je suis trop cartésienne pour deviner. Amitié
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