Je
le regardais...il me regardait...c'était un être au corps chétif
de couleur gris souris, le dos un peu voûté, de longs bras, les
membres inférieurs maigres,longilignes, sans articulation
apparente...
C'était
il y a vingt trois ans....
Ce
matin là, j'avais décidé d'aller faire une balade dans le bois
situé près de chez moi. La nuit avait été courte et les
hurlements à la lune inexpliqués de mon chien Buck avaient entamé
tout mon potentiel nerveux. L'air était ambiant et le soleil
déversait ses rayons sur la prairie encore embrumée. Mon malamute
courait dans les hautes herbes pour atteindre l'orée, me traçant le
chemin à suivre parmi lupins et herbes folles.
Arrivé
aux premières broussailles, l'animal s'arrêta brusquement, resta
quelques instants comme figé puis il tourna sur lui-même en
poussant un hurlement long et ancestral. Je m'arrêtais, intrigué
par son manège. Il semblait réticent à entrer dans les premiers
branchages comme si une barrière invisible l'empêchait de
continuer. Puis, il s'accroupit et posa sa tête sur le sol.
-Buck !
Je
l'appelais mais il ne bougea pas comme tétanisé. Je m'avançais et
c'est là que je l'aperçus. Il était assis à même le sol, tout
tremblant. Il avait de grands yeux qui bougeaient sans cesse, d'un
noir profond, une tête disproportionnée au front haut et large et
sa bouche minuscule remuait faiblement comme s'il essayait de parler
mais dont aucun son ne sortait. Il agitait son bras vers le chien,
mu par un réflexe désordonné de protection face à cet animal qui
lui faisait face et dont il ne comprenait visiblement pas le langage.
Pour moi...Il avait peur.
Le
moment de surprise passé, je tentais une approche légèrement
conventionnelle en levant le bras à hauteur des épaules, main
ouverte.
_Ami....n'ayez
pas peur...lui...pas méchant....
Bref...des
paroles à mon goût un peu simplistes...car comment pourrais-je
espérer qu'il me comprenne !
Pourtant,
il n'en fut rien. Il me regarda et je captais sa réponse...son
coupé.
-Je
n'ai pas peur... seulement un peu surpris....
Télépathe....facétieux...
et franchement menteur ! Je le sens lorsque les gens ont
peur...une forte intuition acquise au cours de mes nombreux
reportages dans des régions conflictuelles...ça transpire tellement
que ça vous pénètre sans que vous y preniez garde ....jusqu'à
vous submerger.
En
fait, Il ne faut pas refuser la peur...il faut l'accepter lorsqu'on y
est confronté, être assez perméable pour la ressentir, assez fort
pour canaliser cette peur et réagir en conséquence, avant qu'elle
ne vous envahisse entièrement sinon elle vous traumatise et vous
subissez des années de thérapie qui brisent toute votre
existence...si ça ne vous tue pas !
Et
là, le petit être ressentait une peur qui le paralysait, ne sachant
comment s'en débarrasser....
Soudain,
il émit un son si aigu que mes tympans en conservent encore
aujourd'hui toute l'empreinte sonore. Buck aussi. Il fila entre mes
jambes à toute vitesse en direction de la maison après quelques
couinements de chien blessé. Désarçonné par cette « attaque »
, je restais paralysé quelques instants, agenouillé sur le sol, les
mains sur les oreilles. Lorsque je retrouvais un semblant de
lucidité, l'alien avait disparu.
Par
la suite, je suis retourné dans ce bois mais ne relevais aucune
trace de son passage. D'où venait-il ? Pourquoi était-il là ?
Ce jour là ? Où est-il parti ? Je ne le saurais peut-être
jamais.....
Une
chose est sûre...le petit être a su trouver le remède à cette
peur qui l'avait, provisoirement, envahi.....un réflexe absolument
efficace dont nous avons été, Buck et moi, les seuls et principaux
témoins.

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