-To !...
Viens !....
Richard
leva la tête. Les pieds disparaissant sous la ligne claire du lagon,
la chevelure gonflée par le vent iodé de la barrière de récifs,
l'enfant balayait de ses mains délicates le sable limoneux du
rivage, quêtant des coquillages nacrés du plus bel effet.
Diane,
allongée à ses côtés, livrée aux caresses perfides du soleil
tropical, somnolait. Sa peau satinée, dorée comme du miel,
imprimait sur l'ocre du front îlien une éphélide impudique.
Il
se redressa et laissant la nymphette bercée par l'alizé brunir en
intégral, il se dirigea vers l'enfant.
Huit
jours avaient passé. Il avait fait l'aller-retour jusqu'à
Washington, remis les documents accompagnés du rapport de mission à
l'Organisation. Son travail était terminé. Aussi avait-il décidé
de prendre un long congé et ce, malgré le refus et le chantage de
l'Administrateur.
C'est
ainsi qu'accompagné d'une amie et de sa fille, ils avaient pris
l'air deux jours après, s'accordant un périple autour du continent
océanique.
De
toutes les latitudes, les vingtièmes parallèles sont parmi les plus
beaux du monde. Ils avaient trouvé cette île surgissant des flots
après quelques errements. Richard n'en avait pas vu d'aussi magique.
De
la lisière des nuages, elle ressemblait à un navire encalminé. La
douceur du matin naissant avait ceint l'atoll d'une brume légère et
irisée. Le lagon transparent, le chatoiement des coraux vivaces et
l'eau bleutée constellée d'étoiles scintillantes avaient accroché
leur regard, envoûtant les éphémères voyageurs qu'ils étaient.
Séduits
par le charme nouveau de l'instant, ils avaient amerri à quelques
encablures de l'île, le long d'un chenal d'accès.
Maintenant,
le Havilland, flatté par la brise de mer, attendait comme un signe,
l'empreinte d'une mélancolie salvatrice pour repartir.
Le
sable brûlant crissait sous ses pieds. Il s'approcha de l'enfant.
-To !...c'est
quoi, ça ?...dit la fillette
L'insecte,
muni de longues pattes, courait sur l'eau tel un patineur sur glace,
cherchant à éviter le doigt curieux qui cherchait à l'attraper.
-C'est
un halobate...Anh Dào...plus communément appelé punaise
d'eau...précisa le reporter.
Richard
avait prononcé le mot magique...punaise. L'enfant retira prestement
son doigt et laissa l'insecte poursuivre son chemin dans le lagon. Il
sourit, amusé par le manège.
Un
sifflet admiratif fusa derrière eux. Diane, décente, s'était
approchée en catimini, surprenant leur conversation...à quatre
pattes.
Richard
la tira par le pied, la faisant tomber puis il s'assit sur elle, la
bloquant de ses cuisses puissantes. Il se pencha, l'embrassa
doucement, croisant ses doigts dans les siens. Soudain,
-...un
ennemi à trois heures ! S'écria-t-elle en riant.
Anh
Dào se jeta contre eux, taquine, se joignant à leur naïve et
sincère hilarité. Il y eut un silence. Alors l'enfant avança
doucement sa main, décroisa leurs doigts pour la glisser lentement
entre les leurs.
Richard
se mit à repenser à leur première rencontre. Cinq ans déjà.
Diane travaillait comme interprète aux Nations Unies.
Célibataire
avec un besoin irrépressible d'avoir un enfant, de préférence
adopté. En effet, elle estimait qu'il y avait suffisamment
d'orphelins de par le monde pour préférer égoïstement en
concevoir un pour soi_
Un
enfant était un enfant, quelle que soit sa nationalité ou sa race.
Ils ont autant sinon plus besoin d'amour à donner comme à
recevoir.... disait-elle.
Elle
avait donc contacté l'association les
enfants du Mékong pour
parrainer, dans un premier temps, une petite fille du Viet-Nam en vue
d'une prochaine adoption. Un an plus tard, munie de toutes les
accréditations nécessaires, elle était prête à aller la
chercher à Hanoi, au Tonkin.
Richard
avait été chargé par le Sous-secrétaire de l'accompagner pour
récupérer l'enfant prénommée Anh
Dào,
ce qui signifie Fleur
de cerisier.
L'affaire
n'avait pas été simple. Comme toutes les administrations en période
trouble, il y avait une mauvaise communication. Diane parlait six
langues dont le vietnamien et pourtant le dialogue avait du mal à
passer. Le pays sortait tout juste de la guerre contre l'impérialisme
français et
des révoltes éclataient en territoire du sud.
Il
n'était pas question de se laisser abuser par une autre
administration occidentale....disaient-ils
Depuis
1955, le pays était une poudrière. L'insurrection était aux portes
de Saïgon et les conseillers militaires américains dépêchés par
les Etats-Unis tentaient de résoudre le problème à grand renfort
de diplomatie dans un pays opposé à toute forme d'ingérence
extérieure...au demeurant sans résultat.
*
Diane
avait mal choisie son époque pour aller chercher l'amour d'une
enfant......
Enfin,
à force de palabres, de quiproquos, de désorientation
administrative due aux prémices d'un conflit fratricide, ils avaient
réussi à récupérer l'enfant, apeurée, traumatisée par nos
incessantes et stériles allers et venues à l'orphelinat....La
pauvre Anh Dào était venue à se demandait à quelle sauce elle
allait être mangée....on mangeait bien du chien....pourquoi pas
Elle... se disait-elle....
Néanmoins,
après un mois de vie commune, toute crainte avait disparu. Avec
beaucoup d'amour, Diane avait conquis sa petite Fleur de
cerisier.....
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