Nous
entamons le deuxième jour au Shangri-La. Mai bénéficie des
nombreux services de l'hôtel liés à l'esthétisme et au bien-être
du corps.
Quant
à moi, je ronge mon frein, dans l'attente de repartir à Bangkok
afin d'y trouver des réponses aux questions que je me pose encore.
Pour
sa part, James a regagné après le restaurant son bureau de
Singapour, son Golf-Club et ses habitudes de vieux garçon.
Mai
semble déçue. Elle a bien essayé de m'inciter à la suivre sur le
chemin de la détente mais cette affaire accapare encore tout mon
esprit.
Donc,
pour me rattraper, le soir après le dîner sur la terrasse du
Waterfall, je prends sa main et lui fait part de ma décision....nous
retournons à Bangkok dès le lendemain. En effet, J'ai hâte de voir
le nouveau responsable de l'ambassade de Thaïlande. Après avoir
passé plusieurs coups de téléphone importants, j'ai pu prendre
rendez-vous avec ce monsieur qui, paraît-il, serait en mesure de
m'éclairer favorablement. C'est ce qu'il me fallait. Mai n'a pas
d'objection. Ses deux séances de relaxation lui ont fait le plus
grand bien. Elle trouve cela dommage mais me connaissant, elle sait se
montrer magnanime..... ce n'est que partie remise.
Après
une nuit calme...pour Elle...et agitée...pour moi, l'aube se lève
sur Singapour. Le paon blanc du jardin a déroulé son éventail de
plumes immaculées, quelques martins pécheurs multicolores sautent
de branche en branche à la recherche du premier déjeuner du matin
et l'on entend des loriquets à gorge rouge s'abreuvant du nectar des
fruits de la veille laissés par l'intendance de l'hôtel, remisés
près de la mangeoire aux oiseaux.
...dans deux heures, nous atterrirons sur le tarmac de Don Muang. Mai somnole déjà, affublée de son cache yeux. Je regarde par le hublot le fuselage avaler la piste interminable pour bientôt s'élever vers les nuages alourdis de tâches sombres. La main de Mai se pose sur la mienne comme une caresse apaisante et je ferme les yeux.
11
heures 33- Le vol 125 de la compagnie JetStar vient de s'élever
au-dessus de la mégapole tentaculaire. Nous avons un petit pincement
au cœur de ne pouvoir y rester plus longtemps. Singapour est
vraiment une ville agréable, paisible, moderne sans trop qu'elle en
devient presque euphorisante....
...dans deux heures, nous atterrirons sur le tarmac de Don Muang. Mai somnole déjà, affublée de son cache yeux. Je regarde par le hublot le fuselage avaler la piste interminable pour bientôt s'élever vers les nuages alourdis de tâches sombres. La main de Mai se pose sur la mienne comme une caresse apaisante et je ferme les yeux.
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Assis
dans le large fauteuil de l'ambassade, j'expose pour la ixième fois
mon interprétation, sous l’œil bienveillant de Mai. Face à nous,
Monsieur Réginald Hanson demeure silencieux, regard fixe et
attentif, coudes posés sur le bureau massif du diplomate.....et
mains jointes.
-Le
bateau s'appelle le « Kebal Malacca » et appartient à un
armateur malaisien résidant à Johor Bahru en Malaisie.
Au
départ, il était ancré à Singapour. Les containers avec 5000
statuettes rouges en terre cuite étaient entreposés Gate 17.
Le
manifeste de transport indiquait comme réceptionnaire le sieur Shan
Chiang Fu, attaché culturel à l'ambassade d'Indonésie de Bangkok
avec livraison au wat Suwannaram.
Au
moment où les containers étaient encore sur les docks de Singapour,
Shan Chiang Fu fut limogé par son ambassadeur et remplacé par un
jeune et nouvel attaché culturel.
Une
semaine plus tard, la marchandise a été mis dans la cale de ce
Kebal Malacca en partance pour Bangkok.
Monsieur
Loubet, le nouvel attaché culturel, mandaté par l'ambassadeur, en
reprenant les affaires en instances de son prédécesseur est tombé
sur la photocopie du manifeste de transport avec le nom de Shan
Chiang Fu comme réceptionnaire des 5000 statuettes.
L'affaire
lui sembla louche. Il fit alors changer par téléphone et avant le
départ du Kebal Malacca pour Bangkok par les autorités du port de
Singapour le nom du bénéficiaire : Monsieur Shan Chiang Fu
par celui de Maître Boonyazak, le véritable résident du wat
Suwannaram de Bangkok.
Ensuite
le « Kebal Malacca » parvenu dans les eaux thaïlandaises
fut arraisonné en pleine mer par la police portuaire de Bangkok
; les containers furent descellés et les marchandises furent
scrupuleusement contrôlées.
Les
policiers avec leurs chiens renifleurs s'aperçurent très vite que
les statuettes étaient creuses et qu'elles contenaient des boulettes
d'opium.
Le
tout fut alors réquisitionné, mis sous scellé et un mandat d'arrêt
international pour trafic de drogue fut lancé le jour même sur le
sieur Shan Chiang Fu.
Quelques
jours plus tard, ce dernier étant toujours en fuite, privé de sa
précieuse cargaison était toujours recherché et par les autorités
et par ses commanditaires qui voulaient lui demander des comptes.
Il
fit la chose qui lui semblait nécessaire pour se racheter vis à vis
de ces derniers, à savoir laver l'affront qu'il avait subi et
attendre le moment où le nouvel attaché se rendrait au temple pour
voir son ami, Maître Boonyazak, et l' assassiner. Ce jour fatidique
arriva. Mais Monsieur Loubet avait amené au temple ce jour-là toute
sa famille, à savoir sa femme et ses deux filles Pour ne pas laisser
de témoins gênants, Shan, ignorant la pitié a préféré se
débarrasser de tout le monde.
Pendant
ce temps, sur l'avenue quasi déserte, Chris, mon demi-frère prenait
des photos, comme le font tous les touristes, de sa compagne et
impressionna sur pellicule en toile de fond la sortie des assassins à
la fin de leur méfait.
Mis
au courant du meurtre de façon fortuite par un policier, mon frère
a fait le rapprochement avec la photo prise devant le temple et s'est
empressé de la confier aux autorités. Le lendemain, la presse a
publié la photo de Shan en tant que responsable du massacre du wat
Suwannaram.
Mon
frère et Moon, insouciants du danger qui les guettait, ont continué
leur balade dans Bangkok sans s'apercevoir qu'ils étaient épiés
par Shan et ses hommes de main qui n'attendaient qu'une chose :
le moment idéal de les supprimer, chose qu'ils n'ont pas pu faire à
Bangkok. C'est mon principal point d'interrogation.....Bref,
Jusqu'au
moment où mon frère décida de partir pour les Seychelles afin de
demander à Moon de l'épouser. C'est sur le parvis du lieu saint que
Shan perpétra son crime. Meurtre gratuit puisque je vous l'ai dit
précédemment, la photo compromettante était déjà entre les mains
de la police....
Alors,
la question que je vous pose...monsieur Hanson...où en est le
dossier ?
Je
m'arrête. Il y a un long silence. Puis, le plénipotentiaire se
lève et s'éclipse une minute pour revenir, en toussant légèrement,
un dossier à la main,. Puis, il a cet air dubitatif....qui précède
une question mais elle ne vient pas de lui mais de moi.
-ça
n'intéresse plus personne....n'est-ce pas ?...il y a trop
longtemps ?....dis-je en le regardant
-Vous
vous trompez, Monsieur Desmond.....à l'époque, j'étais jeune
attaché d'ambassade et cette affaire avait retenu toute mon
attention et m'avait touché au plus haut point et pour
cause...j'étais le parrain d'Abigail, la plus jeune des filles de
Monsieur Patrick Loubet, le jeune attaché culturel...mon ami, et
j'ai été longtemps très affecté par leurs disparitions et
puis....et puis, il y a eu celle qui faisait suite, c'est-à-dire
celle de votre frère et sa compagne....aux Seychelles.
L'homme
qui nous fait face semble sincère. Grand, la cinquantaine, il est
tiré à quatre épingles. Il est habillé d'un costume bleu nuit à
la coupe parfaite, d'une chemise blanche rehaussée d'un mini foulard
bleu serti d'un anneau d'argent. Il a la coupe en brosse et son
visage est franc, volontaire. Seuls signes de reconnaissance, un mini
pin's jaune et vert accroché en décoration à un pan de sa veste
ainsi qu'une chevalière aux initiales R et H. Pas de montre. Ses
yeux, d'un bleu profond semblent embués de larmes retenues.
Telle
est la description de l'homme que je suis venu voir pour connaître
la suite donnée au meurtre de mes deux disparus.
Après
m'avoir écouté attentivement, il reprend le dossier qui me semble
bien léger et pousse un soupir d'impuissance....
-Comprenez
moi, Monsieur et Madame Desmond, cette affaire est partie aux
archives un mois plus tard .
Alors, offusqué,
J'ai demandé personnellement par l'intermédiaire de mon
supérieur de l'époque, la réouverture du dossier. Sollicité par
votre serviteur, un rapport circonstancié des faits m'est parvenu de
la police de Mahé sans aucune conclusion .
Quatre
années ont passé et le dossier était en attente dans mon service
jusqu'à ce qu'il soit classé définitivement il y a deux ans après
la mort de Shan Chiang Fu, lequel fut abattu lors d'un coup de filet
militaire à la frontière sino-thailandaise....
D'ailleurs...
Monsieur Desmond...je vous ai attendu longtemps et comme vous pouvez
le constater, le classeur est déjà plein de poussière....
Mai,
à côté de moi, me prend le bras...futile réconfort d'une
vengeance avortée. Nous avons vu les photos aux couleurs délavées
prises lors du raid ainsi que celle du meurtrier de Chris et Moon sur
le théâtre des opérations. Des pièces à conviction qui
n'admettent aucun doute sur leur authenticité...il s'agit bien de
Shan...
...la
messe est dite.
Nous
n'avons plus qu'à recommencer à vivre....ç’aurait été le
souhait de Chris...et Moon l'aurait approuvé.
Dehors,
le soleil darde ses rayons sur la Menam. Au loin, on aperçoit déjà
de gros nuages qui s'amoncellent. L'air est chaud et humide...nous
sommes en juin, la saison des pluies va commencer.
-Il
est temps de voler vers un ciel plus clément. Dis-je à Mai ....
Pourquoi pas les Antilles...St Martin par exemple, mon amie Caroline
qui est partie en Chine nous prêtera bien sa résidence du
Marigot...J'ai besoin de me changer les idées....Qu'en
penses-tu...ma belle eurasienne ?
-C'est
une bonne décision...mon cœur...c'est une bonne décision... me
répond-elle....partons...nous n'avons plus rien à faire ici.
Bonjour, j'ai tout compris, tu es très clair dans ton épilogue. Triste histoire que tu nous contes et une justice qui n'en est pas une. Amitié
RépondreSupprimerBonjour Chrisdaniels,
RépondreSupprimerC'est bien la fin que je voyais poindre, si ce n'est que justice ne fut pas vraiment rendue ... Il est triste de mourir le jour qui aurait du être leur plus beau souvenir. Bien que je fus un peu fatiguée ces temps -ci, j'ai bien souvenir que Moon a été assassinée avec son ami le jour de leur mariage ?
Très belle journée à toi,
Amitié.
Prima
Bonsoir Daniela,
SupprimerTu as tout-à-fait raison pour Moon. Amitié et à bientôt.