mardi 29 juillet 2014

Retour à Bangkok



Nous entamons le deuxième jour au Shangri-La. Mai bénéficie des nombreux services de l'hôtel liés à l'esthétisme et au bien-être du corps. 

Quant à moi, je ronge mon frein, dans l'attente de repartir à Bangkok afin d'y trouver des réponses aux questions que je me pose encore.
Pour sa part, James a regagné après le restaurant son bureau de Singapour, son Golf-Club et ses habitudes de vieux garçon.

Mai semble déçue. Elle a bien essayé de m'inciter à la suivre sur le chemin de la détente mais cette affaire accapare encore tout mon esprit.

Donc, pour me rattraper, le soir après le dîner sur la terrasse du Waterfall, je prends sa main et lui fait part de ma décision....nous retournons à Bangkok dès le lendemain. En effet, J'ai hâte de voir le nouveau responsable de l'ambassade de Thaïlande. Après avoir passé plusieurs coups de téléphone importants, j'ai pu prendre rendez-vous avec ce monsieur qui, paraît-il, serait en mesure de m'éclairer favorablement. C'est ce qu'il me fallait. Mai n'a pas d'objection. Ses deux séances de relaxation lui ont fait le plus grand bien. Elle trouve cela dommage mais me connaissant, elle sait se montrer magnanime..... ce n'est que partie remise.

Après une nuit calme...pour Elle...et agitée...pour moi, l'aube se lève sur Singapour. Le paon blanc du jardin a déroulé son éventail de plumes immaculées, quelques martins pécheurs multicolores sautent de branche en branche à la recherche du premier déjeuner du matin et l'on entend des loriquets à gorge rouge s'abreuvant du nectar des fruits de la veille laissés par l'intendance de l'hôtel, remisés près de la mangeoire aux oiseaux.


11 heures 33- Le vol 125 de la compagnie JetStar vient de s'élever au-dessus de la mégapole tentaculaire. Nous avons un petit pincement au cœur de ne pouvoir y rester plus longtemps. Singapour est vraiment une ville agréable, paisible, moderne sans trop qu'elle en devient presque euphorisante....


 ...dans deux heures, nous atterrirons sur le tarmac de Don Muang. Mai somnole déjà, affublée de son cache yeux. Je regarde par le hublot le fuselage avaler la piste interminable pour bientôt s'élever vers les nuages alourdis de tâches sombres. La main de Mai se pose sur la mienne comme une caresse apaisante et je ferme les yeux.

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Assis dans le large fauteuil de l'ambassade, j'expose pour la ixième fois mon interprétation, sous l’œil bienveillant de Mai. Face à nous, Monsieur Réginald Hanson demeure silencieux, regard fixe et attentif, coudes posés sur le bureau massif du diplomate.....et mains jointes.

-Le bateau s'appelle le « Kebal Malacca » et appartient à un armateur malaisien résidant à Johor Bahru en Malaisie.
Au départ, il était ancré à Singapour. Les containers avec 5000 statuettes rouges en terre cuite étaient entreposés Gate 17.
Le manifeste de transport indiquait comme réceptionnaire le sieur Shan Chiang Fu, attaché culturel à l'ambassade d'Indonésie de Bangkok avec livraison au wat Suwannaram.
Au moment où les containers étaient encore sur les docks de Singapour, Shan Chiang Fu fut limogé par son ambassadeur et remplacé par un jeune et nouvel attaché culturel.
Une semaine plus tard, la marchandise a été mis dans la cale de ce Kebal Malacca en partance pour Bangkok.

Monsieur Loubet, le nouvel attaché culturel, mandaté par l'ambassadeur, en reprenant les affaires en instances de son prédécesseur est tombé sur la photocopie du manifeste de transport avec le nom de Shan Chiang Fu comme réceptionnaire des 5000 statuettes.
L'affaire lui sembla louche. Il fit alors changer par téléphone et avant le départ du Kebal Malacca pour Bangkok par les autorités du port de Singapour le nom du bénéficiaire : Monsieur Shan Chiang Fu par celui de Maître Boonyazak, le véritable résident du wat Suwannaram de Bangkok.
Ensuite le « Kebal Malacca » parvenu dans les eaux thaïlandaises fut arraisonné en pleine mer par la police portuaire de Bangkok ; les containers furent descellés et les marchandises furent scrupuleusement contrôlées.
Les policiers avec leurs chiens renifleurs s'aperçurent très vite que les statuettes étaient creuses et qu'elles contenaient des boulettes d'opium.
Le tout fut alors réquisitionné, mis sous scellé et un mandat d'arrêt international pour trafic de drogue fut lancé le jour même sur le sieur Shan Chiang Fu.
Quelques jours plus tard, ce dernier étant toujours en fuite, privé de sa précieuse cargaison était toujours recherché et par les autorités et par ses commanditaires qui voulaient lui demander des comptes.

Il fit la chose qui lui semblait nécessaire pour se racheter vis à vis de ces derniers, à savoir laver l'affront qu'il avait subi et attendre le moment où le nouvel attaché se rendrait au temple pour voir son ami, Maître Boonyazak, et l' assassiner. Ce jour fatidique arriva. Mais Monsieur Loubet avait amené au temple ce jour-là toute sa famille, à savoir sa femme et ses deux filles Pour ne pas laisser de témoins gênants, Shan, ignorant la pitié a préféré se débarrasser de tout le monde.
Pendant ce temps, sur l'avenue quasi déserte, Chris, mon demi-frère prenait des photos, comme le font tous les touristes, de sa compagne et impressionna sur pellicule en toile de fond la sortie des assassins à la fin de leur méfait.
Mis au courant du meurtre de façon fortuite par un policier, mon frère a fait le rapprochement avec la photo prise devant le temple et s'est empressé de la confier aux autorités. Le lendemain, la presse a publié la photo de Shan en tant que responsable du massacre du wat Suwannaram.

Mon frère et Moon, insouciants du danger qui les guettait, ont continué leur balade dans Bangkok sans s'apercevoir qu'ils étaient épiés par Shan et ses hommes de main qui n'attendaient qu'une chose : le moment idéal de les supprimer, chose qu'ils n'ont pas pu faire à Bangkok. C'est mon principal point d'interrogation.....Bref,
Jusqu'au moment où mon frère décida de partir pour les Seychelles afin de demander à Moon de l'épouser. C'est sur le parvis du lieu saint que Shan perpétra son crime. Meurtre gratuit puisque je vous l'ai dit précédemment, la photo compromettante était déjà entre les mains de la police....
Alors, la question que je vous pose...monsieur Hanson...où en est le dossier ?

Je m'arrête. Il y a un long silence. Puis, le plénipotentiaire se lève et s'éclipse une minute pour revenir, en toussant légèrement, un dossier à la main,. Puis, il a cet air dubitatif....qui précède une question mais elle ne vient pas de lui mais de moi.
-ça n'intéresse plus personne....n'est-ce pas ?...il y a trop longtemps ?....dis-je en le regardant

-Vous vous trompez, Monsieur Desmond.....à l'époque, j'étais jeune attaché d'ambassade et cette affaire avait retenu toute mon attention et m'avait touché au plus haut point et pour cause...j'étais le parrain d'Abigail, la plus jeune des filles de Monsieur Patrick Loubet, le jeune attaché culturel...mon ami, et j'ai été longtemps très affecté par leurs disparitions et puis....et puis, il y a eu celle qui faisait suite, c'est-à-dire celle de votre frère et sa compagne....aux Seychelles.

L'homme qui nous fait face semble sincère. Grand, la cinquantaine, il est tiré à quatre épingles. Il est habillé d'un costume bleu nuit à la coupe parfaite, d'une chemise blanche rehaussée d'un mini foulard bleu serti d'un anneau d'argent. Il a la coupe en brosse et son visage est franc, volontaire. Seuls signes de reconnaissance, un mini pin's jaune et vert accroché en décoration à un pan de sa veste ainsi qu'une chevalière aux initiales R et H. Pas de montre. Ses yeux, d'un bleu profond semblent embués de larmes retenues.
Telle est la description de l'homme que je suis venu voir pour connaître la suite donnée au meurtre de mes deux disparus.

Après m'avoir écouté attentivement, il reprend le dossier qui me semble bien léger et pousse un soupir d'impuissance....

-Comprenez moi, Monsieur et Madame Desmond, cette affaire est partie aux archives un mois plus tard .
Alors, offusqué, J'ai demandé personnellement par l'intermédiaire de mon supérieur de l'époque, la réouverture du dossier. Sollicité par votre serviteur, un rapport circonstancié des faits m'est parvenu de la police de Mahé sans aucune conclusion .
Quatre années ont passé et le dossier était en attente dans mon service jusqu'à ce qu'il soit classé définitivement il y a deux ans après la mort de Shan Chiang Fu, lequel fut abattu lors d'un coup de filet militaire à la frontière sino-thailandaise....
D'ailleurs... Monsieur Desmond...je vous ai attendu longtemps et comme vous pouvez le constater, le classeur est déjà plein de poussière....

Mai, à côté de moi, me prend le bras...futile réconfort d'une vengeance avortée. Nous avons vu les photos aux couleurs délavées prises lors du raid ainsi que celle du meurtrier de Chris et Moon sur le théâtre des opérations. Des pièces à conviction qui n'admettent aucun doute sur leur authenticité...il s'agit bien de Shan...

...la messe est dite.

Nous n'avons plus qu'à recommencer à vivre....ç’aurait été le souhait de Chris...et Moon l'aurait approuvé.

Dehors, le soleil darde ses rayons sur la Menam. Au loin, on aperçoit déjà de gros nuages qui s'amoncellent. L'air est chaud et humide...nous sommes en juin, la saison des pluies va commencer.

-Il est temps de voler vers un ciel plus clément. Dis-je à Mai .... Pourquoi pas les Antilles...St Martin par exemple, mon amie Caroline qui est partie en Chine nous prêtera bien sa résidence du Marigot...J'ai besoin de me changer les idées....Qu'en penses-tu...ma belle eurasienne ?

-C'est une bonne décision...mon cœur...c'est une bonne décision... me répond-elle....partons...nous n'avons plus rien à faire ici.



3 commentaires:

  1. Bonjour, j'ai tout compris, tu es très clair dans ton épilogue. Triste histoire que tu nous contes et une justice qui n'en est pas une. Amitié

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  2. Bonjour Chrisdaniels,

    C'est bien la fin que je voyais poindre, si ce n'est que justice ne fut pas vraiment rendue ... Il est triste de mourir le jour qui aurait du être leur plus beau souvenir. Bien que je fus un peu fatiguée ces temps -ci, j'ai bien souvenir que Moon a été assassinée avec son ami le jour de leur mariage ?
    Très belle journée à toi,
    Amitié.
    Prima

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    1. Bonsoir Daniela,
      Tu as tout-à-fait raison pour Moon. Amitié et à bientôt.

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