En
quittant l'hôtel, je prends à droite dans Sathorn road pour
rejoindre l'Ambassade de France vingt mètres plus haut. Un véhicule
pétarade du côté de la banque Tisco, ce qui détourne mon
attention focalisée durant un moment par un homme en costume cravate
qui me suit depuis ma sortie de l'hôtel. Je m'arrête près d'un
pylône enlacé d'une centaine de fils téléphoniques qui partent en
tous sens, fais mine d'allumer une cigarette mais l'homme poursuit
son chemin, monte dans un véhicule garé sur l'aire de
stationnement mitoyenne et démarre pour se fondre bientôt dans la
circulation, fluide à cette heure de la journée.
Il
faut que je reprenne le contrôle de moi-même car les hallucinations paranoïaques
ne sont pas envisageables pour l'instant.
L'ambassade
est là, tout près. Un homme me précède, la trentaine, jean et
chemise à carreaux rouge, harnaché d'un sac à dos peu garni ;
nous avançons vers l'entrée face à la guitoune. Le garde a quitté
celle-ci et discute le bout de gras avec un jeune d'allure rétro...
lunettes cerclées, nœud papillon multicolore et cheveux gominés,
style des années 1920.
Je
les aborde coupant court à leur conversation ce qui semble les
irriter fortement mais je n'en ai que faire car si tout homme doit
être poli, il doit aussi être libre.
-c'est
pourquoi ? me demande le premier, d'un air désabusé
Tandis
que l'autre, plus prévenant :
-voulez-vous
un renseignement ?
Bien
sûr que je veux un renseignement....quelle question !
-Le
bureau de Mr Trier s'il vous plaît ?
-Vous
avez rendez-vous ?
-non !
mais c'est une urgence. Veuillez lui dire que je suis là.
fais-je en lui montrant ma carte.
Il
la prend délicatement entre deux doigts, la lit et me prie de le
suivre jusqu'au téléphone de la guitoune. Là, il compose un numéro interne,
balbutie mon nom et me rend ma carte...avec un air béat.
-Monsieur
Trier va vous recevoir de suite...2éme étage., un planton à
l'entrée vous conduira jusqu'à lui. L'ascenseur est au fond du
couloir à droite. Bonne journée..monsieur.
A
cause d'un papier, un simple bout de papier...que l'on tient...entre
deux doigts...un sésame en fait, nous pouvons nous fabriquer
n'importe quel personnage et le choyer de temps en temps car il ne
suffit pas de montrer la vérité, encore faut-il la rendre
aimable....
C'est
pourquoi je répond d'un sourire.
Deux minutes plus tard, je pousse la porte du bureau du notable français et, peut-être, mon sauveur...
Trier
est un homme sur la quarantaine. Il est bâti comme un lutteur de
foire, sa poignée de main est sèche et vigoureuse. Il dénote,
comme un malaise, dans cet environnement calfeutré, aseptisé, qui
sent encore la peinture récemment renouvelée.
Je
le verrais crapahuter en pleine jungle plutôt qu'assis derrière un
bureau. Cet anachronisme particulier ne semble pas l'affecter ;
il est courtois et me demande le motif de ma présence. Je lui expose
succinctement les faits. Il écoute attentivement et accepte même
l'idée que je puisse me servir de son fax pour envoyer le document
confidentiel à James. Puis, il me propose un café que j'accepte.
En
quittant la pièce, il me lance :
-Je
m'absente dix minutes....ça ira ? Je reviens plus tard avec
votre café.
-très
bien.....merci.
J'envoie
le fax. J'attends près de la fenêtre. Dehors, on voit bien
l'ensemble de la circulation à travers deux lamelles de la
persienne. Toujours peu de véhicules. Pas de signe particulier qui
me fasse penser qu'à l'extérieur on m'attend. Je pense à Mai. Je
lui avais dit dans cinq minutes et cela fait plus de vingt minutes
que je l'ai laissée. Je la sais raisonnable et de ne pas tenter de
me rejoindre...mais elle est aussi têtue... et mon absence qui
s'éternise......dépèches-toi James !
Un
cliquetis, le rouleau de papier qui se déverse attestent que mon
attente prend fin. La traduction de James a porté ses fruits mais il
y a matière à réflexion....Je lis.
Richard,
Comme
promis, je te livre dans les détails la traduction du document
ci-joint. La teneur semble d'ordre religieux. Pour faire court, il
s'agit de l'envoi de deux containers de marchandises désignées sous
le libellé de 5000 statuettes en terre cuite rouge pour une valeur
totale, je pense symbolique, de 54000 bahts, ce qui fait
approximativement 1600 dollars U.S. Le tout à l'ordre de Maître
Boonyasak, Wat Suwannaram, Bangkok Noi, Thaïland. Petite
particularité, un nom a été effacé dans l'adresse de destination
et remplacé par Maître Boonyasak mais j'ai réussi à le récupérer,
il s'agit de Shan Chiang Fu. J'ignore qui est ce personnage mais si
l'on rassemble tous les indices, je parierai ma chemise (et j'y
tiens) qu'il s'agisse d'opium. J'ai bien une idée en rapport avec le
personnage de Shan, mais il faut que tu viennes à
Singapour....important...Je vous attends.
Co-fraternellement.
James
Sur
ces entrefaites, Trier revient, un café encore fumant dans sa main.
-Vous
avez pu faire affaire ?
-Parfait
mais je vais devoir prendre congé, Mr Trier.
-En
vous remerciant de votre diligence.
-Bien
entendu, je reste votre obligé.
-Au
revoir.
Après
un handshake percutant, je le laisse derrière son bureau, le café
encore fumant dans sa main et retourne à l'hôtel.
En
ouvrant la porte, je pousse un ouf de soulagement. Mai a délaissé
la table pour le lit. Elle dort comme un ange, profondément. Dire
que dans peu de temps nous allons encore prendre l'avion....et Elle
qui voulait prendre des vacances à deux, les pieds dans l'eau, sans
soucis, sans problèmes.....
Je
m'assied dans le fauteuil. Laissons là dormir. Bah ! demain est
un autre jour....à Singapour.
Bonjour, toujours du suspense et j'attends la suite avec intérêt ! Bon mardi !
RépondreSupprimerJe savoure cette plongée dans le clair-obscur de cette histoire fantastique où tout est délicatement conté...! On sent le parfum de l' Extrême-Orient à chaque coins de rues que tu nous fais parcourir avec passion, on voudrait que cette histoire ne s'arrête jamais tellement elle est haletante. Vivement la suite...! bonne soirée cher ami Chris Daniels
RépondreSupprimerUn très bon suspense, on veut dire "Et après ?" Bon jeudi, amitié
RépondreSupprimerBonjour,
RépondreSupprimerEnfin, je retrouve l'adresse CORRECTE de ton blog, grâce à celui d'Elena. Car figure-toi que le lien que tu as mis dans ton dernier commentaire est faux.
Impossible de faire quoi que ce soit pour venir te lire, jusque là !
C'était dommage car ton récit est passionnant et tellement exotique pour moi, pure occidentale !
Je reviendrai bien entendu, lire la suite.
Bien amicalement.
(j'aime aussi la musique !)