Après avoir laissé James au restaurant Waterfall, nous montons précédé du liftier qui s'occupe de nos bagages. Mai se dissipe en me montrant la tenue rouge brocardée de l'homme coiffé d'un “couvercle de fromage” comme elle dit. J'essaie de la raisonner de cette inconvenance qui ne lui ressemble pas mais j'ai du mal à tenir mon sérieux, le spectacle étant singulièrement drôle.
321. Le living et la chambre sont clairs, spacieux, climatisés. Il règne un parfum léger, suave et indéfinissable. La terrasse est assez grande, garnie de deux fauteuils et donne sur le Jardin. La vue est agréable. Tout semble tranquille.
Sous la douche, Mai me fait remarquer que j'ai omis de donner un pourboire au garçon d'ascenseur ce à quoi je lui réponds que, contrairement à la Thaïlande, les bakchich comme on les appelle sont bannis de Singapour.
-Ah bon ?!..Fait-elle, étonnée....
Rafraîchis, changés, “pomponnés” comme elle dit, nous gagnons le restaurant de l'hôtel où nous avons laissé James qui a entamé son deuxième cognac. Lorsqu'il nous voit, il se lève et vient vers nous.
-Afin de nous préserver des oreilles indiscrètes, j'ai pris la liberté hier soir après ton coup de fil de réserver une table dans le Jardin. Vous verrez....c'est plutôt insolite. Le couvert est mis pour deux...j'ignorais que tu allais m'inviter aussi ai-je demandé une petite collation pour moi tout-à-l'heure au barman.
Le déhanchement du petit tailleur indigo qui nous précède ne laisse pas insensible un James clownesque imitant lourdement l'exquise sensualité de la jeune serveuse.
Il s'arrête en voyant mon air désapprobateur qu'il accompagne d'un
-Toujours aussi coincé...Richard !
La jeune fille se retourne et me sourit. A-t-elle compris ? La plupart du personnel, dans les grands hôtels comme le Shangri-La, est polyglotte, clientèle internationale oblige. Se pourrait-il que notre petit minois comprenne notre langue ? Dans ce cas, la prudence est de mise... ou est-ce ma paranoïa qui s'éternise ?
En effet, James n'a pas menti en disant que l'endroit où nous sommes sensés déjeuner est insolite. Placée à plusieurs mètres du sol, une terrasse à balustrade supportant table et chaises est aménagée, accolée à un banian séculaire.
Une heure plus tard......
-Le service et les plats, d'excellente facture, sont à la mesure de la renommée du Shangri-La, comme toujours. Je ne m'étends pas sur le nom des plats ni l'excellente composition culinaire qui composent l'ensemble de la carte mais l'affaire qui nous intéresse ne souffre-t-elle pas d'être discutée ?....alors, maintenant James....je t'écoute !? dis-je en reposant le champagne.
James pose un instant son verre, sort de sa poche une enveloppe contenant des feuilles pliées en quatre et dactylographiées. Il prend une longue inspiration et commence à lire.
Nous écoutons attentivement l'explication fournie par James et sa conclusion. C'est un exposé assez concis et logique dans son développement avec des similitudes rejoignant mes propres suppositions de la veille à Bangkok.
Ainsi....c'est bien une affaire d'opium qui s'est mal passée. Pour faire court, Chris et Moon se sont trouvés là, au mauvais endroit, au mauvais moment...
-Donc, que je résume un peu avec tes conclusions et les miennes l'ensemble de l'affaire...d'abord...en quatre étapes...voyons si j'ai tout bien compris....
-Première étape : cet envoi de 5000 statuettes rouges en terre cuite entreposées dans deux containers sur les docks de Singapour et mis en cale sur le “Kebal Malacca”un bateau malaisien de Johor Bahru, lui-même en transit pour Bangkok. Le manifeste de transport indique comme réceptionnaire un certain Shan Chiang Fu, attaché culturel à l'ambassade d'Indonésie à Bangkok... un homme, semble-t-il, au passé douteux d'après la police Thaïlandaise...
-Seconde étape : Entre temps, j'ignore pourquoi cet homme a été discrédité par l'ambassadeur mais lors de la vérification des containers par la police malaisienne, le manifeste de transport est toujours au nom de Shan. Le nouvel attaché en place s'est alors contenté de faire gommer le nom de Shan (ne faisant plus partie de l'ambassade) et d'y faire mettre celui de Maître Boonyasak, le nouveau réceptionnaire des statuettes qui s'avère être aussi un de ses amis.
-Troisième étape : Mandaté par l'ambassadeur, ce même attaché culturel, suspicieux et trop zélé a réceptionné et fait vérifier le contenu des deux containers dès la livraison au temple. Futé, il s'est aperçu qu'il s'agissait de statuettes creuses contenant de l'opium, a procédé avec l'aide de la police à la réquisition des pains, privant le sieur Shan de son précieux transport.
-Quatrième étape : Le reste coule de source...Shan furieux d'avoir perdu sa précieuse marchandise et par peur de ses commanditaires, s'est vengé en assassinant le jeune attaché culturel et toute sa famille venue rendre visite à leur ami bonze. Au sortir de leur acte accompli, ils sont tombés sur Chris prenant Moon et eux, par la même occasion, en photo...une photo compromettante s'il en est...
-Conclusion : Chris et Moon ont été suivi tout le temps de préparer leur vengeance. Comme ils n'ont pas pu accomplir celle-ci à Bangkok pour différentes raisons que j'ignore, ils ont donc attendu l'instant propice que nos tourtereaux convolent en justes noces pour les Seychelles pour les assassiner. Un meurtre gratuit puisque la seule preuve les incriminant, la photo, était déjà aux mains de la police.
Pendu à mes lèvres, Mai et James écoutaient le développement avec attention jusqu'à ce que...
-il y a quand même une chose qui me chiffonne dans ton raisonnement.....Richard....pourquoi Shan s'est-il fait livrer ces containers au temple, sachant qu'ils seraient contrôlés par Maître Boonyazak. Il aurait pu choisir un entrepôt quelconque, ce n'est pas ce qui manque à Bangkok...
James soulève une question que je me suis déjà posé et la solution m'est venue tout naturellement. La Thaïlande comme les trois-quarts de ses voisins est inflexible sur le trafic de drogue et sur les trafiquants; ce mode d'exploitation est même punissable de mort dans ces pays. Pourquoi Shan prendrait le risque de se faire livrer des statuettes de Bouddha dans un entrepôt quelconque, méthode plus que suspecte pour la police thaïlandaise qui surveille toute arrivage venant de pays frontaliers... tandis qu'une vente de ces bouddhas à un temple attire moins l'attention, quitte à les récupérer rapidement et en toute quiétude, soit sur le chemin de livraison, soit lors de la réception. Mais dans cette affaire, il y avait un os et de taille : l'attaché culturel, un homme soigneux, mais débutant qui je dois dire a manqué de prudence par la suite. Il aurait dû prendre des dispositions pour préserver sa famille, chose qu'il n'a pas fait auprès de l'ambassadeur....Shan étant encore dans la nature.
Qu'en pensez-vous ?
Après cet interlocutoire enthousiaste, on aurait pu entendre une mouche voler si d'aventure il y en avait eu une, mais je n'ai que la vision d'un air béat et d'un sourire niais de Mai et de James demeurant bouche bée....
C'est là que je sus...que j'avais tout compris.
Est-ce que Maie est coupable de quelque chose ? L'histoire s'éclaircit et j'ai l'impression de lire un bon livre policier ou d'espionnage. Très prenant ! Bon lundi, amitié
RépondreSupprimerMai n'est coupable de rien, Elena, sinon de s'être moquée de la tenue vestimentaire du liftier, ce à quoi je l'ai quelque peu réprimandée tout en sachant que moi-même je n'étais pas insensible à son humour......
Supprimerl'affaire me parait bien compliquée à moi mais en Asie, rien n'est simple car tant de codes régissent les comportements ... Richard ne parait pas très à l'aise ... j'en viens à presque me demander s'il ne se méfie pas aussi de ... Mai et de James !!!
RépondreSupprimerMerci pour ton com ... j'ai découvert le jazz tardivement, à la fac, quand ayant déjà abandonné les discothèques, j'hantais déjà les boites de jazz et les cafés conc' du quartier St Jean à Lyon ...
bisous et bonne soirée
L'affaire semble compliquée mais l'explication fournie par Richard accrédite la thèse du hasard....tu sais...au mauvais endroit, au mauvais moment. Quant à Mai, elle est clean mais facétieuse, un petit air des tropiques qui tourne parfois la tête comme le foehn, ce vent chaud et sec qui descend des montagnes vers les vallées suisses. Quant à James, Richard étant son supérieur et ami, ils ont suffisamment de temps forts en commun que chacun donnerait sa vie pour l'autre. Je conçois que Richard n'est pas tout-à-fait un gai luron mais c'est un homme volontaire, responsable et tenace. De par ces trois critères, c'est un homme qui a un principe: il est fidèle en amitié ce qui fait de lui un homme dangereux.
Supprimerbisous et bonne soirée.
Pas facile à comprendre, je n'aurai pas aimé être enquêtrice. Le suspense m'a pris et je l'ai suivi mais tout n'est pas clair !
RépondreSupprimerBon mardi, amitié