Moon
était née dans un petit village du nord de la Thaïlande entouré
de collines boisées et de rizières-paliers accrochées à la
montagne. A son pied, tel un python serpentant en cet univers vert
coulait la Menam. Un petit diamant posé sur une mer d’émeraudes
disait-elle. Ses yeux se pailletaient de lucioles lorsqu'elle
parlait de son enfance heureuse parmi ceux qu'elle aimait.
Chris s’enivrait de chacune de ses paroles, envoûté lorsqu'il
partageait cette époque de sa vie au grand air parmi les chèvres
naines et les cochons bigarrés noir et blanc achetées au marché
de Vientiane ; il pataugeait avec elle dans la boue
rafraîchissante des rizières abreuvées de soleil en compagnie de
Mah et Gao, ses chiens faméliques si attachants ; ils
capturaient ensemble les geckos à queue jaune endormis sous les
bambous qu'elle revendait aussitôt à l'apothicaire du village
voisin contre un misérable bath....
Ses
parents étaient paysans et travaillaient dur pour assurer la
subsistance de toute la famille. Chris avait compris que ce qui
semble pénible pour lui et les occidentaux en général l'était
commun et quotidien pour ces gens simples et affables ; ainsi
la notion de pauvreté qui les définissait s'éloignait-elle de la
médiocrité...Il y avait toujours du riz et de la viande à la
« table » familiale même si les baths avaient du mal à
élargir l'escarcelle des Laan Panhi....
Le
dimanche était le plus beau jour de la semaine pour Moon, l'enfant
qu'elle avait été. Ce jour là, tout la famille descendait à
Krung Thep pour le marché aux fleurs dans un de ces vieux bus
chaotiques qui reliait Ayutthaya à la capitale. Le trajet était
long, trop long pour une enfant de huit ans parmi les sarongs aux
couleurs délavées, les exhalaisons, la ribambelle de paniers d'où
s'échappaient poulets et canards jacassants, les plateaux
d'orchidacées aux senteurs douceâtres presque inodores à cause de
la poussière qui s'engouffrait à travers les glaces à
demi-fermées.
L'atmosphère
pénible du voyage ne prenait fin qu'au sortir des derniers
bosquets, lorsqu'elle apercevait le tourbillon safrané des robes
monastiques longeant la route. Un sourire l'éclairait devant la
silhouette de la tante Zita drapée d'un sarong chatoyant telle une
princesse de rang au terminus du trajet.
Les
sentiments qui unissaient Moon et Zita étaient tout simplement
magiques et profonds même si ça ne gênait nullement Anap, son
demi-frère...c'était un garçon......
Zita
était depuis trente ans lingère de la famille royale ; avec
une vingtaine de jeunes filles sous sa tutelle, elle était chargée
de la coordination de l'office. Autant dire qu'elle avait essuyé
nombres de ministères et coups d'état sans en être nullement inquiétée.
C'est
parmi ces murs, la profusion de ces temples érigés de main
royale, son jardin aux nuances florales multicolores, les tsip tsip
lassants des cisticoles de l'étang et les manguiers savoureux
qu'elle passait le « plus beau jour de la semaine ».
Lorsque
le soir tombait, il était temps de regagner le village. Moon avait
un petit pincement au cœur lorsqu'elle voyait, à travers la
poussière soulevée par le vieux tacot, l'image de Zita adressant un
bref signe de la main. Elle fermait les yeux, soupirait en reposant
sa tête contre le bras de son père et commençait à penser au
prochain dimanche....avant de s'endormir, vaincue par la fatigue, les
rires et les bols de lait aux mangues arrosées de miel.
Bonjour, c'est un très beau récit sur Moon, C'est très dépaysant de lire des articles d'un pays aussi lointain et différent. Bonne fin de semaine, amitié
RépondreSupprimerJe pense que vous avez un très grand talent, il faut le faire connaître et aussi aller vers les autres blogs. Sur mon blog il y a un carnet d'adresses et il suffit de venir de ma part ou pas. Bon courage car au début c'est dur de démarrer. Amitié
RépondreSupprimerBonjour Chrisdaniels,
RépondreSupprimerElle est bien sympathique cette jeune Moon, et de olus elle porte le nom de l'astre de la nuit, - Attendrissante aussi la fascination de Moon pour sa tante Zita, tout l'opposé de sa propre vie.
Ne sachant pas ce qu'était un gekcos, je suis allée voir sur internet, ... un lézard, je ne les aurais pas aidé à les ramasser.
Très belle journée à toi.
Amitié
Prima