Prés de Vung-Tau, une plage...Le vent souffle vers les collines Nui-Lon. La musique monocorde d'une cithare jaillit du village, ponctuée de rires d'adultes. Tapi prés du vieux promontoire de bois, elle me parvient en échos altérés par la marée.
Cette nuit est si dense, si noire que je pourrais la ramasser pour m'en faire un manteau d'invisibilité car la Faucheuse a encore frappé du côté de la Villa Blanche, prés des collines de Ben-da.
Je me demande pourquoi Mai est en retard, ce qui ajoute à mon angoisse de la veille et me rend nerveux. Pour me rassurer, je cherche sur le sable l'empreinte de ses pas et cette quête inutile aiguise ma vision...les bougainvilliers au fond à droite du chemin de traverse d'où Mai devrait arriver..les barques à fond plat à gauche des bougainvilliers...cette constatation calme mes craintes.
Voilée, la lune parfois se découvre et j'aperçois le phare Hai-dang placé en sentinelle des collines. Une marouette de passage chante au coeur de la nuit; Son chant pressant me fait penser à elle.
Les embruns de la Mer de Chine, chargés de chagrin, répandent la mélancolie ; je suis entraîné malgré moi dans cette angoisse aveugle qui me reprend et qui m'habitue aux tons noirs et blanc ; je lutte pour ne pas me laisser convaincre par elle. Cette vision profonde et obsédante du trou noir ravive les souvenirs de notre dernière rencontre...la douceur de sa peau, le reflet métallique de sa chevelure de jais, les subtils lentigos au creux de ses reins mais aussi l'expression de son regard caressant, rayonnant dés qu'elle arrive, triste dés qu'elle s'en va.
Je me laisse guider un instant le long de cette obscurité qui devient monochrome....
Soudain, elle est là, prés de moi. Absorbé par les sensations qui m'entourent, je ne l'ai pas vu arriver ; je sens ses mains pleines de douceur affleurer mon visage ; j'ai peur, en entendant la cithare, de la voir disparaître...
.....
Doucement, je m'éveille. Il fait jour. Mai est toujours là, contre moi. Un soleil timide filtre au travers de la jalousie. J'ai soif de lumière et de couleurs...les cris plaintifs des mouettes s'élèvent survolant l'hôtel. Il est temps de se lever, on frappe à la porte....
chrisDaniels21
P

Bonjour, avec quel ravissement ton voyage au bout de la nuit nous entraîne vers les fragrances des parfums de la mer de Chine avec pour tout bagage le mot "'Amour," partager par le doux murmure du cri des mouettes rieuses...!
RépondreSupprimerBravo pour ce bel article.
je reviendrai te revoir pour partager avec toi la suite de ton voyage au bout de la nuit. Amités
l'ami Gégouska